Teuf pour danser, culture pour travailler, tous en scène et en révolte

Ce samedi 13 février comme dans bien des lieux en France, une manifestation en musiques a regroupé, une nouvelle fois, professionnels de la culture et teufeurs pour danser, crier et se rappeler au bon souvenir d'une exigence de liberté, de fête et de travail. Sous surveillance policière bien visible, un bel après-midi pour les manifestant.e.s bien habillé.e.s et assoiffé.e.s !

Ce samedi 13 février comme dans bien des lieux en France, une manifestation en musiques a regroupé, une nouvelle fois, professionnels de la culture et teufeurs pour danser, crier et se rappeler au bon souvenir d'une exigence de liberté, de fête et de travail.

Sur la place de Jaude à Clermont-Ferrand, au rendez-vous de 13h, pas un chat manifestant, juste sept ou huit fourgons de gardes-mobiles sagement alignés, tout près mi-trottoir, mi-chaussée, sur l'avenue des Etats-Unis, visible de la place. Sur celle-ci, des véhicules de Police en divers endroits complètent le dispositif avec des policiers à vélo, à pied, ou en deux-roues motorisés. La veille, le préfet a interdit non la manif mais l'usage de « musique amplifiée ». Au fond, on peut se demander pourquoi interdire si ce n'est quelque chose en sus de diverses restrictions de liberté déjà bien installées. Bref, personne à 13h. Vont-ils venir ? Serait-ce annulé ? Choix d'un autre lieu devant le dispositif de « maintien de l'ordre » ? Enlevons le suspense sans attendre : l'ordre (mais lequel ?) à aucun moment ne fut troublé sinon quelques oreilles plus disponibles à d'autres variétés musicales que diffusées. Les pigeons, tout à leur occupation alimentaire, n'ont pas bronché.
Enfin, plus tard, des véhicules klaxonnant à qui mieux mieux, genre mariage du samedi, ont déboulé de la rue dite place Sugny avec des gens, jeunes pour la plupart mais pas seulement, loin de là ! Bref quatre véhicules, fourgon, camionnette ou voitures avec chacun sa sono se sont garés sur le bas côté de la Place pas loin du dispositif mentionné en bonne harmonie quoique les fourgons des gardes-mobiles sont venus se garer sur la place bien en vue à effet dissuasif ou avertissement.

Il en a fallu du temps pour fixer les nombreuses pancartes sur les véhicules, avec un rien d'improvisation et brancher les sonos aux groupes électrogènes portables sans parler des discussions sur "que faire dans les conditions décrites ?" Brusquement, le premier véhicule – tous tournés dans le sens rue Blatin - a démarré très lentement pour se trouver bloqué à un véhicule de Police qui barrait cette rue et chacun a donc fait un demi-tour impeccable sur l'espace rue et voie de tram. Ils s'en sont allés par où ils sont venus tandis que le véhicule de Police barrant à mi-hauteur la rue vers la Préfecture prenait la tête du cortège pour ouvrir la route ; un dispositif apparemment sommaire bientôt complété par deux motards ménageant un itinéraire tandis que moult policiers visibles ou non visibles maintenaient ou suspendaient un moment la circulation pour le passage de la manifestation. A un moment, un policier à vélo seul barrait la route : bien courageux quoique ses collègues ne soient pas si loin.
Dès lors, les sonos ont craché et chacun.e a choisi son style de musique pour s'en aller derrière la bonne sono et danser tout son saoul. Ce fut une longue pérégrination au long des avenues, rues et ruelles de la ville, propre à fatiguer ou contenter, selon ses besoins. De la rue des Sablons à la place Delille, puis rue Montlosier, la teuf manifestante a battu son plein.

Qui sont donc ces manifestant.e.s ?
Ecoutons deux témoignages parmi d'autres tout-à-fait représentatifs. Ils parlent à ceux/celles qui veulent comprendre au-delà des idées toutes faites.

Interview de deux professionnels de la culture

Intreview de deux professionnels de la culture et du spectacle © Georges-André Photos

Interview d'un teufeur

Teufeur © Georges-André Photos

Le parcours au long de rues inusitées

Au long de ce parcours inattendu, trois intervenant.e.s ont abordé les sujets qui fâchent. Gaëlle rue Montlosier a parlé abondamment de la liberté d'expression dont on ne parle que « pour Charlie » quand tant de situations bâillonnent, étouffent ou simplement amènent à se censurer avec des lois qui les organisent et surtout pas de travail pour cause dite sanitaire quand celle-ci est surtout prétexte et opportunité à imposer des restrictions arbitraires plus que nécessaires. Vous pourrez écouter cette vidéo dans le montage-photo du lieu.

Rassemblement et préparation manifestation © Georges-André Photos

Deux autres interventions ont eu lieu derrière le Palais de Justice. La répression pour l'un qui a rappelé qu'un 1er mai à Nantes pour faire cesser la musique une charge policière inutile fut criminelle : Steeve Caniço en est mort noyé. L'autre, pour dire au Pouvoir que la jeunesse lui fait peur, que son unité fait peur et bien d'autres propos à écouter. Nous les signalerons au fil des montages vidéo/photos.

Le long parcours inattendu et inusité © Georges-André Photos

Après le Palais de Justice, le cortège manifestant est passé place de La liberté devant la Maison du Peuple pour s'engager dans la rue Gabriel Péri. Impossible de revenir place de Jaude, le dispositif policier l'interdit. La manifestation est conduite dans un endroit plus discret au cas où. Finalement, c'est sur le parking des bus aux Salins que la manifestation se gare pour y avoir été dirigée. Très vite des policiers et voitures de Police apparaissent.

Sur le parking, la teuf se poursuit dans une sorte de kermesse festive au son techno ou hard-rock ou d'autres plus minoritaires. Sont bien sympas et pas méchants, parfois - si rarement – couillon comme l'embiéré avec son doigt sur l'objectif qui m'a entendu sonner les cloches ! Sympa cette pleine jeunesse qui cherche à la vivre dans la liberté menacée aujourd'hui et après par les chamboulements à venir, avec ces professionnels qui disent leur désarroi, leur colère de ne pouvoir travailler pour ne pas périr, menacés de couler dans l'indifférence de qui gouvernent sauf en « paroles, ...paroles … paroles ... »  Oui il a bien un risque de révolte de la jeunesse au-delà des conditions diverses des multiples groupes pour n'être pas entendu. La jeunesse ne dure-t-elle pas que le temps de la révolte, pour travailler, pour étudier, pour faire la fête, pour aimer, pour vivre dans un monde déréglé qui année après année s'enfonce dans le vol de l'avenir ?

Kermesse ou teuf, s'amuser et se défouler ! © Georges-André Photos

Vers 17h, les fourgons des gardes-mobiles se rangent sur le côté boulevard Pasteur. Aussitôt, ceux-ci s'équipent et se déploient. Déjà des policiers sur un autre côté portent grenades lacrymogènes et LBD. Les forces de l'ordre ont encerclé le parking déjà propice à une nasse, contrôlant les sorties des manifestants, bloquant une rue. Devant ce déploiement de force, manifestant.e.s et véhicules décident de dégager le parking et rentrer après cet après-midi réussi et festif. Un témoin de la presque dernière minute me signale : « les policiers étaient toujours à l'écart, sans signe d'hostilité. ». Et si l'affrontement n'était pas la bonne manière d'assurer le maintien de l'ordre ... si on veut le maintenir ?

En montage photos commentés et avec vidéos des trois interventions

Rassemblement et préparatifs

Photos commentées : rassemblement, préparatifs, dispositif policier, départ © Georges-André Photos

Départ et parcours jusqu'à Montlosier

Départ dans l'autre sens © Georges-André Photos

En Photos de la Préfecture à la place Delille © Georges-André Photos

De Montlosier au Palais de Justice (juste derrière !)

Intervention de Gaëlle et en photos jusqu'au Palais de Justice © Georges-André Photos

Et l'arrivée dans une belle place presque déserte pour une fiesta tout schuss et tranquille

Vidéo des deux interventions - Photos d'ambiance festive et décontractée aux Salins © Georges-André Photos

Pancartes © Georges-André Photos

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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