Processus constituant populaire permanent via le R.I.C et lettre aux maires

Samedi 13-02 devant la mairie de Clermont-Ferrand dans le froid hivernal et glissant une étrange cérémonie symbolique s'est tenue avec un groupe de manifestants tenant des pancartes encore inconnues au nom du Mouvement Constituant Populaire pour une lettre au maire débutant ainsi : « Citoyen, je te parle en frère humain, parce que c’est ton coeur dont j’ai besoin, au-dessus de ta discipline... »

Samedi midi, devant la mairie de Clermont-Ferrand dans le froid hivernal et glissant, une étrange cérémonie symbolique s'est tenue avec un groupe de manifestants tenant des pancartes encore inconnues au nom du Mouvement Constituant Populaire (M.C.P.) pour lire une lettre adressée au maire débutant ainsi « Citoyen, je te parle en frère humain, parce que c’est ton coeur dont j’ai besoin, au-dessus de ta discipline... »

Qui est ce groupe MCP ? Que veut-il ? D'où vient-il ? Pourquoi cette cérémonie ?

Le groupe et sympathisants devant la Mairie © Georges-André Photos Le groupe et sympathisants devant la Mairie © Georges-André Photos

 Le Mouvement Constituant Populaire est une nouvelle organisation née à l'automne dernier autour de la revendication d'un Référendum d'Initiative Citoyenne (R.I.C.) Constituant. Sur son site, il s'affiche "pour un processus constituant populaire permanent".

Le R.I.C, revendication portée au devant de l'actualité par les Gilets Jaunes, apparu dès 2005, se décline en différentes versions selon sa destination. Tous ont en commun de vouloir une démocratie directe par l'intervention des citoyens pour ne plus laisser le pouvoir aux élus. Abrogateur, il pourrait abroger une loi ; législatif, il pourrait proposer un texte de loi ; révocateur, il pourrait révoquer un élu. Le dernier né « RIC constituant » veut donner pouvoir « aux citoyens » à travers le R.I.C. de modifier tout ou partie de la Constitution. Il entend donc, dans un premier temps, inscrire cette possibilité dans l'article 89 de la Constitution (89 comme 1789).

La version 10/12/20 du document intitulé « un processus constituant populaire permanent pour une vraie démocratie en France » précise : «... une nouvelle façon de faire de la politique : rassembler largement hors des partis, sans projet législatif, dans l'unique objectif de créer les conditions idéales de la démocratie. Car le MCP estime que la démocratie n'existe pas en France … Cette mesure permettra à des groupes de citoyens d’initier des révisions constitutionnelles et à l’ensemble du corps électoral de les approuver ou de les rejeter, afin de contrôler les règles du pouvoir. »

"Les conditions idéales de la démocratie" ; la « vraie démocratie » dans la France « sans démocratie » ? It's a long way to go semé d'embûches... Une pancarte proclame : « En démocratie, le peuple n'a pas tort ou raison … il décide ».  La question n'est-elle pas toujours : qui parle au nom du peuple sans usurper ce titre comme l'Histoire l'a montré dramatiquement de tous côtés ? Vaste débat.

Ne voulant pas porter de masque quand j'en portais un, j'ai rencontré en plein air le 12 février, Cristina, Claudine, Dara et Francis, « qui se connaissaient déjà », quatre membres du récent groupe MCP-Clermont-Ferrand : pas des débutant.e.s en action militante, certaines portent encore le Gilet Jaune.

En plein air, au frais et à distance © Georges-André Photos En plein air, au frais et à distance © Georges-André Photos

 

Il a déclaré : « Il faut partir du fait que la démocratie en France fonctionne mal depuis un certain temps. La voix du peuple n'est pas entendue....C'est un mouvement de fond qui ne va pas s'arrêter quelque soit l'avenir de notre mouvement. Il faut que le peuple reprenne la main sur la Démocratie. La Nation c'est le peuple souverain. » Le traité de Maastricht et le référendum perdu non contraignant et celui de Lisbonne a laissé des traces.

« C'est une action de longue haleine . C'est considérer qu'on est responsable du monde qui se construit aujourd'hui, on est partie prenante. Il faut considérer les gens comme des adultes. C'est un engagement. On se réintéresse à la politique, on refait du lien. L'enjeu est de sensibiliser de plus en plus de gens ». « Education populaire », « médias indépendants, alternatifs pas liés au pouvoir », E. Chouard, inspirateur du mouvement, connu pour ses positions sulfureuses et "Le Gouv" sont cités...

Elles expliquent qu'une opération va se dérouler ce samedi partout en France en direction des citoyens-maires, histoire - pour le MCP - d'apparaître pour la première fois publiquement et d'accroître son « maillage territorial ». « Les groupes locaux ne doivent pas être trop grands. Ainsi dans la région, il y a un groupe à Clermont et un groupe au Puy-en-Velay ».

Opération Citoyen-maire - samedi 13 février

Rencontrer physiquement le maire de Clermont-Ferrand, Olivier Bianchi, n'a pas été possible pour répondre à l'action nationale dans les temps. Il est donc organisé dans cette petite rue devant la marie, une cérémonie symbolique avec un faux-citoyen-maire et une vraie lettre envoyée au « vrai » maire avec une probabilité de réponse qui provoque des moues éloquentes : on n'y croit pas trop ! Dommage !

Une longue lettre qui utilise quelques-unes des façons de parler d'après le 14 juillet 1789 : le tutoiement pour le citoyen-maire : « Je te tutoie comme on se tutoyait entre citoyens pendant la Révolution française ; c’est un tutoiement plein de respect et de fraternité. »

La vidéo rend compte de l'ensemble de la cérémonie. Vers la fin, on entend le bruit d'un pétard : c'est un mariage avec quelques personnes ! Il faut aussi laisser passer quelques automobiles sur cette voie étroite qui pourrait être piétonne !

Cérémonie symbolique - lettre au maire © Georges-André Photos
Le constat est sans appel : « Je t’interpelle aujourd’hui, Citoyen Maire, parce que l’heure est grave : faute d’une constitution digne de ce nom, faute de contrôles sérieux, faute d’un pouvoir populaire capable de reprendre la main sur son destin, certains de nos représentants, les plus éminents, les plus puissants, se croient tout permis et s’en prennent aujourd’hui aux droits humains les plus fondamentaux, à nos libertés, à notre intimité, à notre intégrité, ils dévastent et ruinent le pays de la façon la plus arbitraire, opaque et irresponsable.... »

Plus loin dans la lettre (nationale ?), ses auteurs tentent de montrer au maire l'intérêt d'une alliance pour des « votations » locales : « Nous avons besoin de toi, Citoyen Maire, pour nous aider à préparer une transition, une transformation démocratique, qui rende enfin possible et durable un processus constituant populaire. Comment le maire d’une commune peut-il aider ses concitoyens à résister à ces abus de pouvoir ?
Nous avons besoin que tu nous aides à organiser nous-mêmes nos votations : il nous faut des bureaux de vote, des panneaux d’affichage, les listes électorales, des urnes, et surtout la liberté pratique d’organiser nous-mêmes des RIC, des référendums d’initiative citoyenne qui, comme leur nom l’indique, ne sont pas d’initiative parlementaire ou politicienne mais bien populaire. Citoyen Maire, ton destin est commun avec celui des autres Citoyens. Fais connaître cette alarme pacifique autour de toi.... »

La lettre est signée du « Citoyen Constituant inconnu ». N'est-ce pas une référence hasardeuse au "soldat inconnu" qui ne présagerait rien de bon ?

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