Covid-19, une épreuve à traverser et changer de cap

La pandémie mondiale du Covid-19 trouve sa réponse dans l'arrêt de toutes les activités non nécessaires au soins et à l'alimentation. L'occasion exceptionnelle pour ceux/celles qui ne doivent pas se rendre à leur travail de ralentir de fait cette course permanente dans notre société tournée vers le travail dévorant et la surconsommation aliénante. Est-ce possible ?

Cette fois, nous y sommes : La pandémie mondiale du Covid-19 trouve sa réponse dans l'arrêt de toutes les activités non nécessaires aux soins et à l'alimentation sans exclure un durcissement supplémentaire. Un black-out semi-complet qui ouvre une période exceptionnelle pour des semaines voire plusieurs mois. L'occasion exceptionnelle pour ceux/celles qui ne doivent pas se rendre à leur travail, de ralentir de fait cette course permanente dans notre société tournée vers le travail dévorant et la surconsommation aliénante (« produis, consomme et ferme ta gueule »). Il est temps d'utiliser ce temps pour se poser, prendre en compte les exigences fondamentales qui émergent de cette situation d'urgence en terme d'organisation de notre société et de nos vies, prendre une certaine mesure des bouleversements à venir non limités à cet épisode pourtant majeur et mondial, bouleversements que nous pouvons et devons collectivement orienter sauf à verser dans l'autoritarisme croissant ou le chaos.

Changer de cap

 A la réflexion, cette pandémie qui nous affecte, inquiète et parfois angoisse, pourrait être au bout du compte un événement se révélant aussi par de multiples côtés positifs, pas seulement comme une sorte de dernier avertissement - que ne manqueront pas de souligner les collapsologues et convaincu.e.s de l'effondrement inéluctable - mais comme une possibilité de redresser la barre du navire et suivre un tout autre cap qui dépendra de notre mobilisation dans un contexte bien différent. Il y aura bien un avant et un après Coronavirus et nous ferons en sorte qu'il en soit ainsi.

 Pour l'heure, il faut faire avec cet arrêt de plus en plus profond de la vie habituelle et s'organiser pour rester à la maison ou travailler malgré le risque et pour les soignants tenir cette ligne de front. Nous ne sommes pas au bout des dispositions contraignantes ni des conséquences sanitaires. Des disparitions vont se produire que nous ne soupçonnons pas, anciens ou plus jeunes. Nous en découvrirons le bilan qui pourrait être très lourd sans parler du bilan économique et sur l'emploi.

Le maintien des élections municipales

Le maintien des élections municipales est l'expression de décisions de politicards qui n'ont pas voulu les reporter, en dépit de l'explosion prévisible et prévue de l'épidémie. Les conditions d'un deuxième tour en pleine phase épidémique pourrait se payer cher en terme sanitaire et démocratique : de la contagion possible à la non-légitimité obtenue sur une minorité de votants, sans parler des recours multiples possibles auprès des tribunaux administratifs. Le Conseil d'état pourrait-il annuler l'ensemble de ces élections ? Ne pourrait-il pas considérer qu'une abstention massive entache cette élection ? L'abstention par âge sera un révélateur du choix si du moins se tient ce second tour... Gageons qu'elle sera très élevée aux âges avancés, dénaturant ce scrutin. Elles devaient être annulées voilà quinze jours au plus tard. Maintenant c'est la pire des situations. Quelle imprévoyance !

D'autres épidémies surgiront si...

La communauté scientifique des infectiologues savait depuis belle lurette qu'une pandémie ferait irruption. Elle s'y attendait sans savoir quand, c'est chose faite. Nous y sommes et ce n'est qu'une première fois. D'autres épidémies surgiront si les conditions d'émergence ne sont pas modifiées en profondeur, ce qui, pour le moins, prendra du temps ! De la même manière, les conséquences de celles-ci peuvent être largement aggravées ou réduites selon les politiques menées et la mobilisation des populations. De façon générale, les raisons de l'émergence sont connues :

  •  Le défrichement inconsidéré d'espaces naturels occupés par des espèces sauvages (conjointement aux populations natives pourchassées et volontiers exécutées) permet aux germes de sortir de leurs écosystèmes locaux pour passer la barrière d'espèces et aboutir à l'espèce humaine. Combien d'espèces invasives déjà sur notre sol ? Combien de nouvelles maladies émergent dans les cultures grâce et en dépit des traitements chimiques intensifs ?
  • La mondialisation effrénée et inconséquente a amené des échanges de matières et de produits d'un bout à l'autre de la planète et dans tous les sens, organisant notamment une dépendance des approvisionnements notamment vis-à-vis de la Chine, continent-monde et du sud-est asiatique.

  • Ce tableau sur fond de misère, de pauvreté, de dénuement que les guerres incessantes, le réchauffement climatique, la corruption, alimentent et aggravent tandis que les systèmes de santé nationaux sont souvent dépassés nécessitant la perfusion d'ONG et de concours internationaux conséquents (ex : Ebola).

  • La gangrène des régimes totalitaires et autoritaires, au premier rang desquels la Chine qui se distingue par sa taille et sa prétention à gérer le monde avec ses « valeurs », désinformations et dénis, violences et emprisonnements de masse : Oïghours, Tibet, et cet opthmalmologue Li Wenliang qui a été arrêté à Wuhan le 1er janvier avec sept autres médecins pour avoir tenté d'alerter la communauté médicale sur l'émergence et la dangerosité de ce virus avant d'en mourir, fait établi malgré la censure chinoise que tente de maquiller ces imposteurs.

Il n'est pas difficile de se douter que ces conditions ne vont pas évoluer radicalement à court terme, même s'il s'agit d'y travailler, d'abord par un dynamisme démocratique qui fait défaut hors contestation de la rue, dans les entreprises et les administrations depuis près de deux ans, seule expression de la démocratie vivante. Il s'agit donc bien de réduire les conséquences des événements épidémiques (comme ceux du réchauffement climatique) tout en agissant sur leurs causes sauf à se livrer à une fuite en avant sans fin.

Nouveau temps de conquêtes démocratiques ?

 L'épidémie ne fait que commencer a dit le Président. Certes, mais encore et davantage, les conséquences de cette épidémie ne font que commencer. Gageons que des bouleversements majeurs interviendront dans l'organisation des sociétés et notre vie quotidienne. Des changements sur lesquels nous pouvons et pourrons peser si nous comprenons que l'Histoire est à nouveau en marche ; son souffle a changé de direction, boostée par ce temps exceptionnel de quelques semaines à quelques mois. Tout ou presque s'est arrêté dans un temps suspendu, en apnée sur le vide du monde et de nos existences, masqué par le trop plein. La situation que nous traversons, comme beaucoup de pays, peut être comprise comme un état de siège d'où peut émerger une nouvelle Libération et un nouveau temps de conquêtes démocratiques et sociales pour peu que nous poussions en ce sens en laissant haines, divisions, intolérances, insultes, mépris, domination et volonté d'hégémonie pour retrouver le chemin d'une unité dans l'action sur une unité programmatique. Le Conseil National de la Résistance l'a fait. Nous devons relever ce défi. Il est à la hauteur des enjeux. A défaut, bricolage désespéré, camouflé par la rhétorique des tranchées.

Fraternité, coopération, solidarités

 Dans sa déclaration solennelle du 12 mars, notre Président a exprimé une rupture avec le Président qu'il fut en visite à la Pitié-Salpétrière le 27 février interpellé par le neurologue François Salachas, membre du collectif inter-hôpitaux  :

 Par trois fois, il parle de « solidarité » ou « solidaires », cite la fraternité comme valeur supérieure (retour en force du troisième terme de notre devise nationale ?) : « .C'est cela, une grande Nation. Des femmes et des hommes capables de placer l'intérêt collectif au-dessus de tout, une communauté humaine qui tient par des valeurs : la solidarité, la fraternité... ». Et lui au-dessus de ces valeurs réservées au bon peuple, ou pas au-dessus ?

 Et presqu'à la fin, des mots forts auxquels ce serviteur de la finance et des cours ne nous avait pas habitué ! « … interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie... ». C'est pas un gauchiste ou un syndicaliste ou un Gilet jaune qui parle, c'est Macron, notre Président. A peine croyable ! se serait-il converti grâce au Coronavirus ? Etrange pouvoir de ce morceau d'ADN...

Nous savons nous, que le modèle capitaliste de développement détruit tout et tue en toute impunité sauf exception exceptionnelle dûment constatée : liens sociaux, protections sociales, emplois et productions, éco-systèmes, paysans, planète, emplois, travailleurs et populations empoisonnées aux pesticides et tant d'autres produits industriels. Je n'en crois pas ma vue ni mes oreilles. Rappelons : Comme ses prédécesseurs, il a poursuivi et aggravé les économies drastiques sur le dos de la santé en fermant des hôpitaux de proximité, des services, des lits, en supprimant des emplois, en refusant d'entendre depuis plus d'un an les alertes pathétiques des praticiens et des soignants. Maintenant, il les encense comme des héros et s'aperçoit qu'il faut protéger les soignants pour qu'ils puissent continuer à soigner. Il a sacrifié le système de santé sur l'autel des économies budgétaires en le traitant comme une vulgaire entreprise à faire du profit : « Réduire les coûts » règle unique appliquée par droite et gauche confondue.

Pour l'heure, personne n'aborde la terrible question de la submersion du système de santé sous le volume des cas graves. « Le peuple n'a pas à savoir, il ne peut pas comprendre, il s'affole » pensent-ils tous. Ils ont abaissé les digues et maintenant veulent que ces soignants résistent au raz-de-marée qui s'annonce. Dans la possible, probable submersion des moyens mis en œuvre si des millions de personnes sont infectées, se pose et se posera la question du choix des malades à sauver, à mettre sous les respirateurs artificiels. Qui va décider ? N'est-ce pas un enjeu démocratique majeur ? Doit-on le laisser à ces politiques qui ont sacrifié le système de santé ? Eux, ils s'en tirent toujours bien dans ces hôpitaux de luxe, militaires ou étrangers.

Ce Président de la République pourrait-il entendre enfin ? Il est vrai que la menace du virus ne préserve aucune personnalité fut-elle éminente, députés et ministres et même certains dirigeants déjà contaminés. De quoi faire peur quand même. L'ampleur de ce bouleversement qui en est à l'acte I est tel que tout peut arriver pendant et surtout après : la colère du peuple et de ces sans-culottes et sans-dents aussi. Cet épisode de confinement de plus en plus dur, aux effets incertains peut être l'occasion de réflexions sur ses choix de vie, sur l'avenir de ses enfants à protéger dans un nouveau mode de vie à bricoler au plus vite. Il peut provoquer la volonté d'agir et de s'engager pour un autre avenir que celui tracé par ce monde financier et ses serviteurs au seul service des archi-fortunés méprisants, monde financier qui asphyxie la vie sur Terre que nos descendants devront affronter.

Plan d'urgence pour la santé, plan de reconstruction du système de santé étendu

Après cette lutte faite d'abnégation, d'énergie et de volonté de tenir et contenir, ces soignants, combattants en première ligne ne se contenteront plus de promesses, d'économies mais exigerons les moyens de leur combat qu'ils n'ont pas aujourd'hui. La Nation le leur doit. Ils ne sont pas des héros, terme facile qui ne coûtent pas un euro, mais des travailleur.se.s rivé.e.s à leur tâches parce qu'iels ont consciences de l'absolu nécessité de leur combat.  Nous attendons donc que, pour joindre les actes à la parole, ce Président proclame dès à présent un collectif budgétaire substantiel pour l'hôpital, organise un réseau de maisons de santé et de soins pour recevoir les urgences simples de proximité et réserver l'hôpital aux cas lourds et graves. Bref un plan d'urgence avant un plan solide pour un solide système de santé. C'est maintenant qu'il faut annoncer ce plan d'urgence et celui à construire avec les organisations professionnelles et syndicales. Passé l'épidémie, passées les bonnes intentions et la brosse...un petit coup de com' et on s'en sort. Maintenant ! pas après, Monsieur Macron. Nous croyons les faits plus que les paroles. On connaît la chanson. Des faits, maintenant !

Dissoudre l'Assemblée Nationale pour donner du souffle à la France et aux français

 C'est le moment de dissoudre l'Assemblée Nationale pour remettre les pendules à l'heure et repartir sur une base plus saine qu'une chambre avec une majorité parlementaire qui doit tout au boss, majorité servile, robotisée, à bout de souffle et d'arguments, qui a avalé toutes les couleuvres et ne croit plus en lui. Le Roi s'entoure de courtisans, de valets, en monarchie comme en République. Bref, la dissolution pour vivifier la démocratie, la République, donner du souffle à la France et à son peuple. Les réformes rejetées seraient ainsi suspendues jusqu'après ces élections, histoire de lancer une vraie négociation sur la durée, marquant ainsi un tournant du quinquennat qui pourrait surprendre : planche de salut honorable qu'il s'agit de saisir avant un nouveau rejet encore plus massif en cas de volte-face après. Ce Président cherche une porte de sortie qui le grandisse ? elle est là : dissolution ! La colère du peuple pourrait être dévastatrice à revenir à l'avant sans rien changer ou encore pire en faisant semblant de changer. Cet épisode tragique peut donner à tou.te.s une énergie à s'engager et à agir pour obtenir des changements conséquents et rapides aux antipodes du capitalisme triomphant et agressif. Le vent a tourné et il se lève pour faire face plus largement aux conséquences de toutes les menaces qui pèsent sur nos vies et l'avenir collectif, barque commune, pour mettre en question ce système financier et économique mondialisé et prédateur de toutes les formes de vie, développé exclusivement pour le seul profit immédiat et massif d'un petit nombre de nantis qui se croient à l'abri.

Ne serait-il pas temps de changer de République ou faut-il donc une épreuve encore plus grande comme toujours en France quand il s'agit de faire évoluer la Constitution en passant au numéro suivant ?

Des réseaux de solidarités de proximité

Déjà, des réseaux de solidarité de proximité se mettent en place pour pallier à la garde des enfants à domicile. Déjà les parents ne confient plus les petits-enfants aux grands-parents pour éviter la gravité d'une éventuelle contagion. Le voisinage immédiat peut se développer pour l'alimentation. Solidarités et précautions pour les aînés s'organisent dans la difficulté et la nécessité. Ainsi, pour être plus efficaces en cette période difficile, les solidarités s'invitent dans un monde capitaliste tout entier tourné vers la compétition qui favorise toujours les plus gros, les plus riches, les plus rapaces. Elle  isole, fragmente, vulnérabilise, laisse le plus faible sur le carreau. A l'inverse cette pratique de la coopération et des solidarités de proximité se découvre comme les meilleurs moyens d'affronter l'avenir et les épreuves parce que, collectivement nous pouvons affronter. Seul c'est une illusion vendue par ceux à qui profite le crime.

A l'issue de cette période, mobiliser dans un contexte nouveau plus favorable

Cette possibilité de changer de cap tient à notre capacité à mobiliser dans un contexte renouvelé qui deviendra de fait plus favorable après cette épreuve qui ouvre les yeux sur l'organisation bancale de nos sociétés malgré et à cause de la stimulation permanente à passer sa vie à gagner du fric pour consommer toujours plus de produits toujours plus périssables, toxiques et destructeurs de vie, in fine de la nôtre. Travailler, consommer, fermer sa gueule ? Et la vie elle est où ? Nous l'expérimentons dans l'épreuve.

 La Santé, la Justice, l'Education ne doivent plus être placées dans la logique du marché c'est-à-dire dans la seule optique comptable. Tous les domaines doivent être réévalués pour « faire nation » et tenir aux coups de vent. Celui-ci n'est que le premier mondial.

Cette épidémie est une alerte, un feu rouge clignotant, une sirène que nous - monde - avons grand intérêt à voir et entendre. Ils devront rectifier sérieusement cette politique qui pousse le monde à sa perte. Il faudra les pousser, toujours pousser en sachant nous-même, mettre en énergie colère, rancoeur et parfois haine, une énergie pour construire peu à peu sans prédation, sans concentration des richesses. Bref, après la peur et la mobilisation collective, ne pas se laisser berner, oublier et mépriser. Nous en sommes revenus au Conseil National de la Résistance forgé pendant l'Occupation. A nous d'inventer, d'écrire, après cette guerre sanitaire et politique d'impulser une nouvelle Libération et un nouvel horizon qui ne crucifie plus ce monde, le seul à notre disposition pour en prendre soin.

 

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