La situation après ce parcours législatif brutal
Après ce refus constant du méprisant de la République de retirer sa réforme des retraites face à la mobilisation syndicale historique et pacifique depuis trois mois - demande partagé par 70 à 80% de la population -, après ce passage en force à l'Assemblée et au Sénat couronné par l'onction servile du conseil constitutionnel et la promulgation dans la foulée d'une loi certes constitutionnelle mais aucunement démocratique et légitime, injuste et finalement injustifiée avec des raisons qui n'en sont pas pour satisfaire un marché qui ne le demandait même pas, Macron a ouvert une boîte de Pandore qu'il ne refermera pas quoique toujours sûr du pouvoir de son verbe comme cette allocution du 20h ce 17 avril le promet où les mensonges et le déni de sa politique aux services des puissants ne lui ôtent pas le culot de se dire proches et soucieux des plus humbles. Sa porte est ouverte sur le vide. Il n'est plus crédible sur aucune de ses affirmations mais toujours content de lui. Ses promesses renouvelées n'engagent que les crédules.
La fracture est ouverte, béante, entre ce dirigeant à l'étoffe de dictateur et le peuple qui porte un regard lucide sur ce qu'est réellement ce président néfaste au pays et à sa population, en France et à l'étranger. Rappelons-nous son raid d'un an pour conquérir la présidence en 2017. Tout y était de la méthode Macron, celle du hussard qui fonce le plus vite possible vers son objectif et dans le tas sans se soucier de ce qu'il provoque de chaos, de violences, de fractures avec une arrogance de tous les instants et l'orgueil démesuré de celui qui a raison contre tout le monde.
Il rejoint une liste déjà longue de présidents finalement détestés qui disent toute la nocivité de cette Constitution qui sacralise l'Elysée contre les représentants du peuple et le peuple dépossédé de toute maturité et intelligence lui-même : Sarkozy, Hollande et celui-ci, champion toutes catégories qui croit encore à la magie de son verbe contre toute l'évidence des faits qui parlent d'eux-mêmes : destruction une à une des protections sociales (assurance-chômage, code du travail, retraite) accélération des emplois précaires et déshumanisés, surveillance et violences policières renforcées (Bure, Sainte-Soline, manifestations en tous genres...) et minage démocratique en renforçant sans cesse l'étendue des vastes pouvoirs du président impérial ménagés par la Constitution de la Cinquième République, portés au rouge.
Cette Constitution, élaborée en pleine guerre d'Algérie après la vacance d'un pouvoir déconsidéré et la trahison d'un Guy Mollet, qui se voulait « de gauche », n'a jamais su changer hors troubles graves ou révolutions. Elle est une impasse démocratique arrivée à son terme, l'extrême-droitisation d'un pouvoir au main d'un seul homme qui ne s'embarrasse pas du désir du peuple . A ce titre, il déroule le tapis à la fille LePen pour 2027 et son idéologie dont l'Histoire rend compte avec des peuples qui en ont payé le prix exorbitant. L'absence d'un·e présidentiable alternative de toute la ou les gauches, si elle demeurait, donnerait toute crédibilité à cette Marine sous la seule raison que tous ayant démontré leur nocivité, pourquoi pas l'essayer. On n'essaie pas le fascisme ni le néo-fascisme qui ne grignotent pas mais, dans le drame, bouffent tout.
Parvenu à ce point de fracture, la rigidité inflexible de cette séquence délétère peut amener des doutes compréhensibles sur le sens ou l'efficacité des luttes à mener, des interrogations sur l'intérêt de s'engager dans l'action, militant·es ou activistes. Voici quelques éléments pour, peut-être, dépasser le doute et poursuivre cette lutte plus que jamais vitale.
Lutter sans attendre la victoire jamais garantie
La victoire : bien entendu, la victoire est ce qui est toujours attendue dans la lutte. Elle n'est pas, loin de là, toujours atteinte ou atteinte si partiellement qu'elle fait croire à un échec. Ainsi ne pas – encore - avoir obtenu le retrait, peut sembler un échec quand la mobilisation, la crédibilité, la force de l'intersyndicale, l'opinion publique, la démonstration d'un président qui a perdu toute crédibilité - et pour longtemps - ont réussi au plus haut point. C'est une formidable réussite ! Le mouvement social a tout gagné. Alors inutile ?
Nous savons tous et toutes que Macron ne veut pas s'arrêter là : se profilent la loi immigration, le dépeçage du RSA, la réforme du lycée professionnel etc... sans parler des décisions de politiques industrielles comme la construction de six nouveaux EPR (quand celui de Flamanville est toujours hors budget et délai, celui de Finlande en tout début de fonctionnement) qui engageraient tout le XXIième siècle sans débat, par le vouloir du Prince, sans parler des décisions qui ne sont pas prises pour lutter contre le dérèglement climatique. Elles ne sont pas qu'adaptation au changement du climat mais simultanément et puissamment lutte contre les causes de ce dérèglement qui accélère encore le déclin massif de la bio-diversité, condition du vivant, rend vulnérable l'accès à l'eau, à l'énergie, à l'alimentation dans un chaos d'inondations, de sécheresses, de submersion, d'incendies, de températures sans cesse plus élevées (avec son horizon probable des 50 degrés en France), de déplacements de population et j'en passe.
Et déjà, nous entendons ici et là que cette réforme en annonce une plus fondamentale encore où il faudrait passer à la capitalisation ! Ils se croient tout permis. Nous serions vraiment vaincus si nous ne poursuivions pas ce combat pour le retrait. Il veut passer à autre chose, tourner sa page presto vu qu'il passe un sale moment alors pas de repos quand c'est lui qui a mis le feu aux poudres de son château pour son bon plaisir.
L'engagement dans la lutte donne espoir
L'engagement dans la lutte et nos résistances sont la condition minimale pour ralentir, freiner, saboter, stopper ces politiques, pour promouvoir d'autres possibles, des alternatives, des directions plus justes, plus humaines, plus égalitaires, aptes à relever les défis si nombreux de ce siècle. Sans ces engagements dans toute leur diversité, ce n'est plus un boulevard qui s'ouvrirait mais une autoroute pour les puissants afin d'asservir sans limite la grande masse de l'humanité pour le profit d'une petite partie d'élu·es.
Bien sûr, l'énergie peut manquer, la fatigue, psychique et physique peut venir dans l'intensité et la durée de cette lutte présente mais rien ne devrait ébranler la conviction que sans la lutte, tout serait perdu faute de combattants. Si tout était perdu, le monde, notre pays s'abîmerait dans le chaos, la violence destructrice et les souffrances inapaisables. Avec elle, l'espoir est possible, des victoires partielles gagnées. L'Histoire est tissée de victoires partielles et provisoires, de décisions qui, un moment, engagent vers un avenir meilleur. Avec l'espoir, nous pouvons gagner tant de luttes, mêmes partielles et provisoires, finalement trouver ce sens du collectif qui nous donne l'énergie et fait vivre un peu de cette humanité que nous voulons construire depuis si longtemps.
La lutte est inscrite dans la durée
La lutte n'est pas un sprint ; l'engagement dans la lutte, dans les résistances n'est pas un feu de paille sauf à proclamer une radicalité en mots qui abandonne vite sans bousculer le réel. La durée est une donnée majeure de nos luttes pour obtenir gain de cause. Tant d'éléments du contexte peuvent changer qui débloque brusquement des situations parfois interminables. Alors tenir, ne rien lâcher de cet espoir qui est résistance. La retraite à soixante ans fut une longue lutte qui pouvait paraître interminable et pourtant elle devint réalité comme tant d'autres conquêtes ouvrières et sociales. Elles ont la vie dure parce que nous sommes là. Je ne verrai pas le fruit de ces luttes longues mais ce que nous avons eu en droits et en lois positives ce sont de plus anciens qui les ont arrachées. Sans ces luttes, tout volerait en éclat et vite avec en plus l'argument de la nécessité jamais démontrée quand ce n'est pas le contraire.Nous sommes collectivement un moment de cette lutte pour une humanité de solidarité, de fraternité et de liberté. Chacun·e est invité·e à y prendre part et de tenir collectivement. C'est l'intelligence du collectif, de la rue et des organisations réunies qui arrivent à vaincre les puissances protéiformes de la consommation à outrance, du profit maximal pour quelques-uns et de l'individualisation forcenée des responsabilités et des comportements assujettis.
L'apaisement social Macron, c'est le retrait et le référendum. Les beaux discours, c'est du bla-bla qui n'abusent plus que son miroir aux alouettes. Il a mis le feu au quinquennat, nous ne l'éteindrons pas !