Spot sur artistes pour marche colorée et bien plus

Du spectacle, musiques, danses, théâtre de rue, tout pour revendiquer haut et fort à plus de 1200 ce samedi de marche colorée IIème : la Culture pas la consommation effrénée. Oyez et regardez ces moments retrouvés. La Culture est dans tous les lieux. Elle était dans les rues de Clermont-Ferrand et y reviendra. La suite, tous les jours à la Comédie. Vous êtes attendu.es. Ils doivent vivre et créer.

(Extrait de poème et dialogues : Sophie Lannefranque - voir fin de billet)

Braves gens des villes et des campagnes qui passaient par ici, par hasard ou tout autre raison, oyez la nouvelle du samedi dernier sans la fièvre qui jadis faisait recette, oubliée depuis quelques mois et pour l'autre, des années soixante-dix, depuis bien des décennies :

J'ai le regret d'indiquer aux personnes chagrines que cette Marche colorée, de ce samedi funeste dernier 17 avril de l'an, deuxième du nom, a réuni des artistes du monde entier de la Culture de la région venant des Combrailles ou du Livradois et même de Clermont-Ferrand ou peu s'en faut. Artistes mais aussi de tousses ceusses qui font marcher la machine et la tambouille ou gratte le stylo avec un clavier bien tempéré depuis ce siècle classique ("ceusse" n'étant pas tout-à-fait épicène mais néanmoins non genrée pour éviter les ires des lecteurs des anti-incluse-writing sans mécontenter les pro dont je suis, ce qui agace moult certains).

Fort de ces 1200 à 1400 olibriusses chantant, dansant, remuant du popotin et des cheveux en bataille, gais comme des pinsons (Prévert demandait pourquoi, question restée sans réponse) grimé.es du poil et du menton et davantage sous masque de carnaval, en costume ciselé du spectacle, pas celui en trois pièces, même de luxe qui n'en vaut pas une seule, donnée avec son monde inside et sur scène (basckstage aussi)...

« L’enfant est artiste, l’artiste est génie de son art mais le vrai génie c’est rester enfant toute sa vie.  
On est retraités, on a du temps
pour la culture, pour les concerts, pour la lecture.
Maintenant notre vie est coupée.
Même de la famille, des amis.
Voilà. On se promène tous seuls.
Sans culture on est des gens morts.
La vie manque d’émerveillement, de perspectives, de questionnement…
Tu sors du quotidien, tu crées…
dans le vide intersidéral !
NON Les lieux culturels ne sont pas des clusters ! Prouvé scientifiquement.
S’il n’y a pas de lieux pour la culture, la culture sera dans tous les lieux ! »

Musique et marche au départ en une longue vidéo pour tout voir et savoir - 10mn © Georges-André Photos

Le pire pour vous, chagrineux, migraineux et amers (rassurez-vous je coche parfois à deux mais jamais à trois, nul n'est tout-puissant) c'est que l'ambiance ne fut pas détestable sous un soleil bien nécessaire. Même sans exagérer, elle fut des plus détendue, gaie, joviale, dansante, chantante dans la marche et par arrêt, à l'écoute pour un spectacle dit magnifiquement sur propos pertinent quand l'autre donnait à trépigner ou danser et qu'en haut la banderole malmenée par le vent amenait le frisson des trapézistes sous chapiteau. Les cirques aussi sont fermés. Que deviennent les circassiens et les cirques  ? A cette aune mesurons ce besoin du socius et des cultures qui font la culture.

« La culture c’est un truc puissant. Ta culture raconte qui tu es. Ça fait notre histoire, nos identités…
ça rassemble, ça s’inspire tout le temps. Toute la culture, même la cuisine.
Corinne Masiero, elle a une grande gueule mais c'est franc du collier, elle défend son métier et elle a eu raison.
Je veux pas faire de tape à l’œil. Trouver des formes qui parlent aux gens.
Mais aussi laisser une empreinte, un écho de liberté, de parole.
L’art ça me permet de survivre, chaque jour, d’augmenter la joie.
Ce qui me manque c’est les fins de concerts (et les milieux de concerts aussi).
Boire une bière là, juste à côté

Parc Lecoq le printemps. Du coup des personnes ont suivies © Georges-André Photos

En tous points une réussite : dense, brouillonne, en retard sur l'horaire (mais sans train à prendre on s'en accommode sauf avec l'âge qui fait les genoux) et puis riche, diverse, colorée en dedans et dehors un moment même avec des flics qu'on appelle policiers à pied ou vélo (mais le vent a fait tomber deux vélos au milieu de la chaussée, j'ai craint pour le vélo) et qui sont d'abord des travailleurs quand ils ne cassent pas les têtes ou qu'ils ne se comportent pas comme certains gradés pourraient laisser supposer. S'en prendre à eux, c'est con, bête et méchant en ce cas.

« L’Agora c’est la possibilité pour CHACUN de participer à la gestion de la cité !
Montons des conseils citoyens !
Réquisitionnons des terrains, des friches non utilisées !
Construisons des lieux neufs !
Partageons de la vie, des communs, populaires !
Toutes les expérimentations !
Que la population développe ses solutions !
Apprendre à discuter, avoir une analyse, poser des réflexions ça te fait …évoluer.
Tant qu’il y a de la lutte, y’a de l’espoir ! »

Musée Bargoin, la danse donne des ailes à chacun.e © Georges-André Photos

Des chansons, de la danse, du spectacle et cette interminable chemin de la mairie à la place de Jaude d'affiches de pub piquées dans les sucettes de la ville qui en compte une série (mais ça rapporte au budget municipal) pour les assembler l'une après l'autre au prix d'efforts que je ne pourrai plus me permettre mais pas de pub en vérité ; des détournées de leur fonction en portant d'autres slogans bien « climatiques ». La pub, cette injonction à consommer ! Cette expression fait mouche et pile poil. Au fait combien de mètres ? Des centaines ! pour le savoir exactement, faites les cent pas puis un autre prend le relais et ainsi de suite jusqu'à bon port et envoyez votre réponse sous pli cacheté à : Service climatique anti-pub - ANV-COP1 et autres organisations "climat compatible avec la vie sur terre". Le Père Noël fera le reste à Libourne - 33. En tous cas, fallait les voir se hâter prestement et légèrement à dérouler des longueurs incertaines puis scotcher au sol puis aller plus loin, recommencer et ainsi de suite. Du vrai boulot ... mais après, qui a ramassé la longue livrée d'écologie sur goudron ?

La joie, le déhanché, la bouille riante et rayonnante, que du bonheur sous le soleil bien nécessaire (j'insiste, c'est pour le remercier) de ces hommes et ces femmes qui, une musique dans l'oreille, se mettent à sautiller et plus encore et de diverses manières.

« On y est
fondus aux tourbes des forêts
Sous nos pieds tanguent les grands fonds
Tu sens ?
La houle enflant
Et le cri des baleines
T’entends ?
La même haleine
que nous monstres humains
Ecumant de plastoc
Le même amour des vagues
Rendez-vous à la plage là d’où on est sortis ! »

(poème "Une couche de mots")

Tout en haut, la banderole? Faut y aller ! © Georges-André Photos

Une anecdote rigolote : au jardin Lecoq, le camion sono s'est engouffré tandis que les deux barques de tête (l'une des plasticiennes de l'école d'Art et l'autre de Culture en danger 63) ont pris la tangente sur la route pour rejoindre la Pyramide. Mais pour sortir de Lecoq, y'avait qu'un battant du portail ouvert ! Screugneugneu, makach ! Peut pas passer l'camion et la foule c'est tout juste, avec ce goulot d'étranglement. Ben pourtant le trajet a été validé par la préfecture. Couac ! On sait pas qui ni comment ni pourquoi (et on s'en fout) mais quelqu'un a dû oublier que pour ce portail à deux battants, fallait ouvrir les deux ! Donc : arrêt dix/douze minutes pour démarrage en côte pour tous (piéton c'est plus simple).

Dans la dense foule qui danse, les oreilles traînantes ont pu entendre à plusieurs reprises que certain.es sont bien venu.es pour la sortie, le spectacle, la gaieté et pas plus mais suffisant. Alors mobilisons par ces trois piliers du bonheur retrouvé !

« Elle dit : en ce moment je rêve d’empathie. De gens qui comprendraient ce que vivent les autres.
Il dit : je faisais des pneus. Toujours été heureux. Dans les bureaux, faut dire. Maintenant c’est devenu pire. Y’a rien pour ceux qui arrivent. Alors, je suis dehors.
Elle dit : je suis infirmière, mon métier c’est le soin. Approcher l’autre, c’est se rapprocher de soi-même. Ça donne sens à ta vie, quand elle est un champ de ruines. Sept ans à célébrer ça. Sept ans à voir cette île sacrée se désagréger.
Il dit : je suis étudiant, militant pour l’égalité. Un combat quotidien. Aujourd’hui je suis révolté contre un système qui opprime, un système qui vole, qui tue et qui mutile.
Fleuriste ! Va m’expliquer pourquoi moi, je reste ouvert ! Essentiel, Dieu a dit ! Faudrait changer de système. T’es d’accord ? On est deux.»

Elles et ils en mettent plein la vue et font claquer des mains © Georges-André Photos

Oh miracle, ô magie du spectacle retrouvé, sur les marches de la cathédrale en pierres (noires) de Volvic, une horde de théâtreux, tous beaux comme des sapins de Noël décorés, nous attendaient avec un texte d'une force et d'une simplicité, d'une interprétation collective jusqu'au bout des ongles et de voix fortes qui ont suscité le silence sous la froidure et la fatigue venue, mais quel silence ! Entrecoupé parfois, à l'approbation de la foule semble-t-il, d'un rite si particulier que nous savons même pas le nommer : il s'agit de frapper habilement ses mains l'une sur l'autre indistinctement ou à tour de rôle pour en obtenir un bruit comme comme un claquement venu du fond des âges qui n'a de fond que le nom (car sans fond). Rien à voir avec les mains en marionnettes réservées aux petits. Ce pourrait être pourtant et éviterait ce fracas sonore en fin de concert pour un visuel des plus fin et néanmoins intense. Bon chacun voit ! Je suis tout prêt à m'amender pour cette proposition.

Moment magique :écoute et silence © Georges-André Photos

Et si le spectacle vous tente, ne restez pas tout seul la prochaine fois : venez vous chagriner pour ce qui vaut le coup et amener du monde. Plus on sera, plus vite on ouvrira et si on s'aime encore, on s'reverra... peut-être.

Bien sûr notre camarade Mohanad a, sur la place de la Victoire, juste après Lipsync déclaré ses quatre piliers qui font de cette - maintenant - loi « Sécurité globale » une machine de guerre contre les libertés (en attendant la suivante pour conforter les principes républicains, mensonge éhonté de ceux/celles qui nous prennent pour des billes, des nazes et des nigauds) mais sono ou pas sono, passer après Lipsync c'était une gageure ! Mission accomplie mais attention flottante. Qu'importe, nous sommes tous dans la même galère !

It's a long way de pub mais légèrement détourné des sucettes à deux balles © Georges-André Photos

et pour suivre cette occupation de la Comédie à Clermont-Ferrand : http://cultureendanger63.com/

Merci à Sophie Lannefranque, autrice des textes insérés qui, elle aussi, se débrouille pour survivre comme elle peut mais elle écrit quand même et d'autant plus.

Les textes ci-dessus sont issus de témoignages recueillis depuis les premiers jours de l’occupation, dans la comédie « habitée" et au-dehors, par plusieurs comédiennes-crieuses associées au projet. Sophie Lannefranque s’est employée à « tisser » cette matière verbale afin d’en extraire un grand « poème du peuple » qui se mue en texte poétique dans sa deuxième partie pour tenter de trouver un élan, un horizon après les cris.

Ce travail est à l’image d’une certaine idée, voire une idée certaine qu'elle se fait de la culture : un passage de relais permanent, un alambic de paroles, un écho du vivant sous toutes se formes, le lieu nécessaire, respirant, où les lueurs crues du réel peuvent s’orchestrer, se démultiplier, s'affirmer. Un rêve de symbiose populaire et créative !

Présentation-contexualisation écrite par Sophie que nous remercions vivement.

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