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Billet de blog 18 oct. 2021

Inclusion, mission essentielle pour accompagnantes précaires et mal traitées (1)

À la veille de la grève des accompagnantes d'élèves en situation de handicap (AESH) pour revendiquer de vrais moyens pour un vrai métier, nous publions une série de billets sur ces femmes essentielles qui assurent la réalité de l'inclusion scolaire. Une profession s'est levée qui devra sortir de la précarité pour assurer pleinement cette mission fondamentale de l'école aux côtés des enseignants.

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À la veille d'une journée de grève des accompagnantes des élèves en situation de handicap (AESH) pour revendiquer une école inclusive avec de vrais moyens pour un vrai métier, nous publions une série de billets pour les moyens de l'inclusion scolaire des enfants en situation de handicaps. Elle implique la reconnaissance statutaire et salariale d'une profession qui s'est inventée, se révèle partout indispensable pour faire vivre une inclusion scolaire réussie et non-violente. Un bref rappel de cette courte histoire éclaire le présent.

De la notion d'intégration à celle d'inclusion

Point de départ, en 1975, la loi d'orientation sur les personnes handicapées a introduit la notion d'intégration éducative, la scolarisation des enfants et jeunes en classes ordinaires de préférence aux structures spécialisées qui prévalaient alors.

Les dispositions de la loi ont laissé à l'avenir de décider des moyens à prendre pour rendre faisables et pour l'ensemble ces dispositions. Elles ont heurté alors de front une conception de l'école qui visait à écarter et non à intégrer. Il a fallu bien des mobilisations s'appuyant sur ces principes notamment des parents d'enfants en situation de handicaps pour avancer dans cette scolarisation et par suite, bien des textes réglementaires pour avancer peu à peu, à petits pas partiels en ce sens. La demande sociétale s'est imposée avec, de la part des budgets alloués, le maintien d'un sous-investissement permanent des moyens à mettre en œuvre pour réussir cette politique aussi légitime qu'ambitieuse.

La loi d'orientation sur l'Education de 1989 marque le développement de l'expression « intégration scolaire » avec une phrase bien timide : « L'intégration scolaire des jeunes handicapés est favorisée. » (article 1). Cette politique d'intégration va montrer très vite ses limites, à la fois conceptuelle et par les carences de moyens et structures. En 1991, les classes d'intégration (CLIS) sont créées dans le primaire et en 95, les Unités pédagogiques d'intégration (UPI) en collège et lycée, devenus par la suite Unités localisées pour l'inclusion scolaire (ULIS – 2010).

C'est en 2003, qu'un début de reconnaissance de professionnels spécifiques pour la scolarisation des élèves en situation de handicap est validé par la création, au rabais, des Assistantes de Vie Scolaire, « ancêtres » des AESH.

Trente ans après les limitations conceptuelle et pratique de l'intégration éducative puis scolaire, la notion d'inclusion scolaire s'est imposée même si ce terme ne figure pas dans la loi de 2005 mais est récupérée par celle dite réforme Blanquer. Sur ces notions lire : L’inclusion scolaire en question(s). Impacts sur les pratiques enseignantes

Tout enfant, tout adolescent doit être scolarisé

Depuis la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, « la participation et la citoyenneté des personnes handicapées prévoit que tout enfant, tout adolescent présentant un handicap ou un trouble invalidant de la santé a le droit de s'inscrire dans l'école de son quartier » ou si cela est impossible, dans une école spécialisée.

Les accompagnantes des élèves en situation de handicap (AESH) sont créées en 2013. La nécessité vitale sur le terrain de ces nouveaux personnels qui portent la responsabilité première de l'inclusion de ces élèves, a fait exploser ses effectifs et ce n'est pas fini. En 2020, 117 000 AESH accompagnent au quotidien ces élèves dans les classes ordinaires, quand le nombre d'élèves passe « de 118 000 en 2006 à près de 361 500 en 2019. Une partie d’entre eux ont besoin d’un accompagnement quotidien ». (Alternatives économiques, juin 2021)

Les nouvelles prolétaires

Ces assistantes sont des femmes à 93%. Pas étonnant avec les conditions qui leur sont faites :

  • précarité : du contrat aidé (CUI) au CDD 1 ans puis maintenant au contrat 3 ans, précaire toujours précaire...

  • 98% ont un temps partiel imposé : sur la base de 35 heures, elles sont recrutées pour 24h/hebdo ou moins, horaire hebdomadaire des enfants à l'école primaire ce qui donne une rémunération de 62% du temps plein (quand le DSDEN 63 en règle 60% d'office!),

  • le salaire est une vraie misère : pour 24h/hebdo, 765,75€ par mois ! Les femmes seules sont à la peine et c'est peu dire !

  • En plus, « on » leur dit de travailler plus pour gagner plus en gardant des enfants ou faire des ménages ! Ils se moquent de ces femmes. De quoi hurler au mépris, au sexisme et à l'exploitation !

  • pour corser le tout de cette exploitation de femmes en quête de ressources, la mise en œuvre des PIAL (pôles inclusifs d'accompagnement personnalisées) pour une gestion bureaucratique et flexible des AESH : Au lieu de suivre un·e enfant ou deux en propre, affectées sur le pôle, elles pourront, du jour au lendemain, être envoyées dans une autre école pour quelques heures de façon à donner ces quelques heures à un peu tous les enfants qui en nécessitent bien plus au mépris des notifications MDPH* et du lien entre l'enfant et l'accompagnante. C'est se moquer de ces professionnelles, des familles, en premier lieu abîmer ces enfants et leurrer avec des discours.

Bref une caricature d'emplois pour femmes corvéables, dévalorisées, précaires, pour un salaire indigne. Massivement féminisé, ce métier connaît maintenant des difficultés de recrutement à ces conditions. Le PIAL finit de décourager, amène son lot de démissions : Trente-trois pôles dans le Puy-de-Dôme, chacun sous la direction d'une coordinatrice qui ne peut que répartir la pénurie en saupoudrant les heures pour colmater : dans ce département, il manquerait 7% de temps AESH par rapport aux notifications MDPH (heures accompagnées). Recruter ? Sur Pôle-emploi des offres. Parfois, face à l'impossibilité d'obtenir un accompagnement faute d'accompagnantes, des parents tentent de recruter… Il y aurait 140 élèves notifiés qui n'ont pas d'accompagnantes. La mutualisation des heures ne fait que distribuer un peu sans donner tout ce qui est préconisé. Et pendant ce temps, les enfants restent à la maison ou trouvent d'autres solutions non scolaires.

Sur le Puy-de-Dôme, le journal "La Montagne" écrit ce 18 octobre : "La rentrée des élèves en situation de handicap est perturbée dans le Puy-de-Dôme. Une centaine d’entre eux ne bénéficie pas de l’aide humaine à laquelle ils ont droit. Et sont peu ou mal scolarisés...". [Le directeur départemental des services de l'Education Nationale], Michel Rouquette "estime qu’à l’heure actuelle, il faudrait recruter une quarantaine d’AESH de plus dans le Puy-de-Dôme pour couvrir les besoins notifiés par la MDPH. « Et peut-être, dans un mois, ce sera soixante », craint-il en anticipant les démissions et arrêts maladies." On ne saurait mieux dire d'une situation d'urgence.

Sans formation sérieuse qui arrive bien après le recrutement (parfois un an après), elles ont inventé et inventent jour après jour une profession qui émerge, prend une place centrale dans le paysage des accompagnements devenus nécessaires. Des éducatrices aux côtés des enseignants.

Sans ces emplois, sans les compétences fines développées en situations complexes par ces femmes exploitées et prolétarisées, il n'y aurait pas, il n'y aurait plus d'inclusion dans aucune classe. Chevilles-ouvrières de l'inclusion, elles sont bien souvent oubliées, invisibilisées, mal traitées, y compris parfois dans des établissements scolaires.

Les familles des centaines de milliers d'enfants inclus, les associations ne s'y trompent pas et sont solidaires. Il faudra que la Nation (et le pouvoir quel qu'il soit) sache enfin reconnaître la compétence acquise et nécessaire dans ces situations complexes, le professionnalisme de ces intervenantes et enfin, élever cet emploi au rang de profession (recrutement, formation, salaire) en milieu éducatif à égalité avec les auxiliaires médicaux de la santé.

Des missions et des femmes © Collectif AESH 63

La situation depuis août 21

Les perspectives de recrutement en CDI sont inscrites comme possibilité et non obligation, dans un nouvel arrêté du mois d'août mais au terme de deux contrats de trois ans et sans prendre en compte toutes les années d'ancienneté dans la fonction (les contrats aidés, CUI notamment).

La nouvelle échelle indiciaire est caduque à peine publiée : Trois cent euros en dessous du seuil de pauvreté, échelle indiciaire au-dessous du Smic, pour un temps partiel imposé si ce n'est multi-employeurs !

Le temps complet de 35h est hors d'atteinte quand les 24h sont déjà du temps complet.

19 octobre jour de grève nationale

Demain 19 octobre, les AESH, accompagnantes pour l'inclusion scolaire mobilisées pour une grande journée de grève seront dans la rue à Clermont-Ferrand. Le collectif AESH créé en juin 2021 réunissant syndiqués et non-syndiqués, les organisations syndicales FSU, FNEC-FP-FO, CGT Educ'action, SNALC, SUD Education, SNCL-FAEN appellent à la grève, à un rassemblement devant le rectorat (11h) et à la poursuite de la mobilisation (Assemblée générale à 14h), à « mener le débat avec les personnels ».

11h – Rassemblement devant le rectorat (avenue Vercingétorix)
12h - Délégation reçue au rectorat
14h - Assemble générale

Dans les prochains billets, nous relaterons cette journée, apporterons des témoignages qui disent la réalité de cet accompagnement, les compétences acquises et mises en oeuvre.

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* MDPH ; la maison départementale des personnes handicapés. C'est elle qui au terme d'un processus décisionnel apporte une notification en heures individualisées ou, maintenant en heures mutualisées qui masquent le manque d'heures et d'accompagnantes.

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