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Billet de blog 19 mai 2023

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Marche des Fiertés 2023 : « Il n'y a pas de féminisme sans nous »

"Il n'y a pas de féminisme sans nous" est certainement la pierre angulaire de cette marche des fiertés 2023 à Clermont-Ferrand ce 13 mai. Marche colorée réussie aux couleurs arc-en-ciel avec près de 1500 personnes. La sécurité a tenu une place importante dans un contexte de violences LGBT+ en croissance. La joie et le plaisir d'être ensemble revendicatifs et déterminé·es.

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"Il n'y a pas de féminisme sans nous" est certainement la pierre angulaire de cette marche des fiertés 2023 à Clermont-Ferrand ce 13 mai. « Nous » ce sont les lesbiennes, gays, bi, trans, queer, travailleuses et travailleurs du sexe, non-binaires et plus encore. La marraine de cette nouvelle marche des fiertés a d'ailleurs commencé sa déclaration liminaire par de joviaux "bonjours" multiples montrant par là la multiplicité des situations bien au-delà de la binarité normative. Ecoutons-la :

Une large affluence de près de 1 500 personnes, majeur·es et mineur·es, ont participé à cette édition 2023 pour un long périple festif dans la ville, réuni·es au parc Lecoq dès 14h30. Pas toustes du Puy-de-Dôme comme nous l'avons constaté mais d'Auvergne et aussi de départements hors région.

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Au départ Jardin Lecoq © Georges-André Photos

« Il n'y a pas de féminisme sans nous » comme nous l'a précisé Virgule, toute fleurie, avant la dispersion et marraine d'honneur qui s'est présentée « meuf trans originaire du Sénégal » en des termes qui devraient peser lourd dans la conscience de la radicalité proclamée dans bien des cortèges et des actions revendicatives.

« Il n'y a pas de lutte féminisme sans un féminisme inclusif c'est à dire un féminisme qui comprend également les femmes musulmanes, également les travailleuses du sexe, également les personnes racisées, également les personnes trans et en particulier les femmes trans. Le féminisme c'est quelque chose qui doit être absolument inclusif et qui doit comprendre tout le monde parce qu'à partir du moment où il y a exclusion du cercle des personnes qui peuvent se dire féministe, d'une partie de la population, alors à partir de là, on a déjà perdu. A partir de là, si le féminisme commence à reproduire en son sein les inégalités et les discriminations qu'on trouve dans les sphères qui sont justement pas féministes, et bien on se retrouvera toujours perdants, perdantes et à la fin ce sera toujours le patriarcat qui gagnera ! »

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Virgule, marraine de la marche 2023 porte haut les couleurs arc-en-ciel © Georges-André Photos

Sortant entre les grilles du parc, la banderole de tête au slogan limpide "Votre tolérance, on n'en veut pas, nos droits, on les prendra" offre l'image d'une poussée qui ouvre grandes les portes de droits revendiqués. Elle exprime une conscience aigüe de sa condition, une revendication ferme de droits à conquérir et le respect de chacun dans la solidarité de tous les opprimé·es.

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La fierté ouvre les grilles et l'avenir © Georges-André Photos

La sécurité d'abord

Dès le départ, l'impeccable organisation a insisté sur la sécurité pendant et après la marche : un service d'ordre, une équipe de Médic (son témoignage ci-dessous), une brigade anti-sexisme avec un véhicule-repos sont les éléments du dispositif dynamique de sécurité mis en place avec des précautions données au micro au début des prises de parole. La montée de l'extrême-droite et ses néo-nazis cogneurs agressifs, les agressions sexuelles de tous ordres, le sexisme ordinaire, iels les connaissent, y compris en cortège comme rappelées. Les consignes ont été données aux photographes présent·es pour éviter de poster photos ou vidéos qui ne seraient pas consenties en raison de nombreux jeunes, notamment mineur·es sans out, qui ne veulent pas être dévoilé·es ainsi, via une photo ou une vidéo publiée. La sécurité a été le pare-feu du rassemblement et de la marche permettant l'expression de la joie et de la fierté de manifester ensemble, avec cette élégance rare qui marque l'attention à l'autre c'est-à-dire à toustes.

Témoignage Infirmière Medic :

Toutes les photos publiées sur ce billet répondent à cette consigne de sécurité qui est respect des personnes présentes et de leur lutte.

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Fontaine, fontaine un jour peut-être ... de ton eau © Georges-André Photos

Intervention-ouverture de Béryl, queer et strass (Syndicat du Travail Sexuel) Auvergne-Rhône-Alpes

Cette nouvelle marche des fiertés a mis en avant les travailleuses sexuelles du STRASS, trans et queer qui, à travers leur porte-parole, Beryl, queer et Tds, référente STRASS Auvergne-Rhône-Alpes, a exprimé toute la condition d'une lutte ostracisée, la violence de n'être pas entendue mais méprisée ou rejetée au prétexte d'être putes - terme repris et revendiqué - quand iels sont des personnes qui ont une parole à entendre, y compris une parole politique.

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Les queer anglophones, fier·es et heureux·es dans ce moment d'adelphité © Georges-André Photos

Queer Auvergne a rassemblé le pôle dédié aux personnes exilées qui ont dû partir de leur pays anglophone d'origine contraintes et forcées pour éviter la persécution, la torture ou pour plusieurs un danger de mort. Certain·es ont l'asile politique, d'autres la réclament.


Revendicative cette marche colorée à souhait est aussi festive et joie avec des sourires, des émotions visibles sur les visages, un bonheur partagé. C'est frais, c'est direct comme une île de bonheur dans un océan de menaces, de rejet, d'agressions, de droits insuffisants, de blessures intimes.

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Une force impressionnante Avenue Blattin © Georges-André Photos

La situation des LGBTQIA+ est exprimée par plusieurs dans une double évolution de la population : à la fois, une acceptation plus large de cette différence qui, peu à peu, gagne du terrain mais en même temps une radicalisation d'une autre partie de la population qui rejettent ou haïssent et ne veulent rien savoir que la supposée supériorité du « blanc » cis franchouillard catho, volontier multiphobe d'une France fantasmée immuable .

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Explicites ! © Georges-André Photos

En somme, comme nous le constatons chaque jour, partout et en tout milieu, la radicalité proclamée avec la certitude de détenir la pleine vérité annonce des affrontements effaçant la possibilité du débat au profit de l'exclusive effaçant la possibilité d'accord, de la brutalité plus que fraternité et de boucs-émissaires toujours renouvelés. Nous nous éloignons de la construction d'une société plus humaine par l'intolérance érigée en radicalité pointilleuse et exclusive qui ne souffre d'aucune pondération, d'aucun apaisement. La tolérance est-elle encore une qualité quand elle ne signifie plus pour beaucoup que baisser ses prétentions, accepter la domination et se soumettre ? L'intolérance serait-elle un signe de radicalité bienvenue pour un futur désirable ? Ah quel futur !

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© Georges-André Photos

Les paroles et les actes de ces marcheurs fiers d'assumer et de montrer la variété de leurs différences au-delà des agressions, des blessures et des souffrance souvent masquées par un « çà va bien », disent pourtant la simplicité possible des rapports humains, une fraternité (ou adelphité pour les puristes) bien réelle et pourtant si rare au-delà du déclaratif quand l'expression en est possible.


Voir  : « La violence anti-queer » (diffusée le 11 avril sur Arte, n'est plus en replay mais en boutique Arte)

Lire l'excellent ouvrage d'Arnaud Alessandrin qui montre l'évolution du droit et son inachèvement, de la transexualité à la transidentités, du traitement médical contraint à celui choisi : « Sociologie des transidentités » Ed° Le cavalier bleue

Lire : "Traitement fait aux prostitué·es et travailleur·ses du sexe : une scie inadmissible"

et l'édition spéciale de Médiapart : "Droits LGBTQI+ : au cœur de l’offensive réactionnaire"

- Contre les LGBTQI+ et les migrants, l’extrême droite à l’offensive
- La transidentité, cible obsessionnelle de l’extrême droite américaine 
- Locaux dégradés ou tagués : de Tours à La Réunion, la visibilité LGBTQI+ attaquée
- Homophobie, transphobie : dix ans après le mariage, la lutte continue

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