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Billet de blog 20 mars 2022

NON à la Guerre, solidarité avec Ukraine et opposants russes

Troisième manifestation pour la paix en Ukraine ce samedi à Clermont-Ferrand. Une détermination et une mobilisation qui s'étend en marche ou en dons et hébergements. Tania née de mère russe et père ukrainien, avec frère et famille en Ukraine, nous donne à entendre et ressentir les effets de la guerre dans une famille qui souffre. Elle espère que la solidarité s'inscrira dans le temps.

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Sous le soleil et une température de 18° ce samedi 20  à 15h, la troisième manifestation pour la paix en Ukraine, la "Marche pour la paix", a donné rendez-vous à la place de l'Europe (Chamalières) pour, en ligne droite, se diriger jusqu'à la place de Jaude.

Le visage même de l'Ukraine et des Ukrianien·nes © Georges-André Photos

Outre banderoles, pancartes et drapeaux agités sous un ciel ensoleillé et une température de printemps, des feuilles blanches furent brandies : au début de l'agression russe, les opposants à cette guerre fratricide manifestaient avec banderoles et pancartes explicites pour exprimer leur engagement. Aussitôt emmenés et malmenés par la Police de Poutine pour emprisonnement et risquant 15 ans de prison, ils en vinrent peu à peu à agiter une simple feuille blanche pour le signifier.

C'est ce symbole de la feuille blanche valant refus de la guerre qui est repris durant cette marche en solidarité avec ces opposant·es russes emprisonné·es par ce pouvoir absolu du criminel et clan Poutine.

Marche solidaire pour la paix de la place de l'Europe à Jaude © Georges-André Photos

La mobilisation contre cette guerre qui, au-delà de la tragédie du pays et du peuple ukrainien dans le sang et les larmes et l'opposition héroïque de manifestants russes, nous concerne directement avec ses conséquences aujourd'hui et demain. Elle est encore plus imposante que la précédente du 8 mars avec davantage d'Ukrainien·es reconnaissables ou pas, avec coiffe traditionnelle ou pas, tenant carton en langue ukrainienne ou drapeau jaune et bleu mais aussi davantage de personnes qui ne sont pas des habitué·es des manifestations clermontoises. Au total, plusieurs centaines de personnes, peut-être six ou davantage qui ont arpenté les rues en criant leur solidarité. Un encouragement à mobiliser davantage encore dans la rue sans méconnaître la formidable mobilisation dans les associations, pour l'envoi de colis, pour l'hébergement, par le temps et l'argent. En fin de manifestation, Ella, Ukrainienne et interprète en langues slaves en Auvergne, co-fondatrice de l'association "Agir ensemble pour l'Ukraine" nous en parle :

Vérifier ses sources et donner de son temps © Georges-André Photos

Tania, ukrainienne auréolée d'une couronne de fleurs est installée en France depuis sept ans. Elle travaille comme professeur de physique/chimie. Elle manifeste avec sa fille, étudiante à l'UCA. De père ukrainien et de mère russe, elle exprime ici sa détresse, sa tristesse voilée, son espoir et sa détermination à travers les péripéties de sa famille en Ukraine et en Russie. Elle s'est exprimée dans un français maîtrisé et aborde sans retenue cette guerre à partir de sa vie familiale, ce qui donne à entendre et ressentir détresse, tristesse, peur et courage.

"Je suis originaire de Kharkiv et enfin hier dans la nuit, mes parents sont arrivés ici. Je les ai récupéré pas loin de l'autoroute A71. C'est un monsieur qui va au Portugal qui amène des réfugiés. Il a eu la gentillesse d'amener mes parents. Donc je suis très contente de les revoir.

Ils ont contacté des fois des amis qui sont restés à Kharkiv. Ils ont l'information que dans l'immeuble et dans leur appartement qui se situe au 8ème étage, il n'y a plus de fenêtres, parce que l'onde de choc a cassé les fenêtres. C'était il y a cinq jours et aujourd'hui, on se sait pas même si notre immeuble est toujours là. Ils sont très fatigués. Hier, ils ont dormi toute la journée et aujourd'hui leur moral est un peu mieux, mais ils sont très fatigués.

Ella et la guerre inpensable © Georges-André Photos

Q : Vous avez pu parler avec eux de ce qu'ils ont vécu à Kharkiv ces derniers jours ?

Non, j'essaie de ne pas trop parler parce que ma maman elle commence à pleurer tout de suite, dès qu'on parle de ce sujet de la guerre, les larmes tombent et je préfère attendre qu'elle prenne un peu ses repères, qu'elle se calme et peut-être qu'au bout de quelques jours on pourra parler.

Q : Comment peut-on aider, nous, citoyens?

Pour la solidarité en France, je remercie tous les français qui font les collectes pour l'Ukraine, les médicaments, la nourriture , les vêtements et les couches pour les enfants tout. Merci beaucoup, j'espère que cette solidarité va continuer au cours du temps. Merci, merci beaucoup à tous les Français. Hier j'ai parlé avec une amie qui est ici aussi en France mais elle parlé avec un ami qui est à Tchernihiv. Ils ont dit qu'il y a des gens qui meurent de faim. Ils manque horriblement de nourriture. C'est cette information que j'ai eu au téléphone hier. Donc la situation est difficile et j'espère que les français vont restés solidaires très longtemps avec l'Ukraine.

Tania à droite ceinte du drapeau ukrianien © Georges-André Photos

Q : Vous parler d'envois de médicaments, de nourriture et de vêtements éventuellement, y a t il d'autre forme de solidarité possible ?

La meilleure forme serait de fermer le ciel pour que les avions russes ne bombardent plus mon pays. Malheureusement ce n'est pas possible pour le moment si j'ai bien compris. C'est pas au niveau des français qu'on peut faire cette démarche, mais c'est l'Otan qui pourrait le faire et aujourd'hui, il ne le font pas et c'est difficile pour les ukrainiens de vivre cette réponse négative.

Des colis oui, mais aussi par exemple des logements pour les Ukrainiens en France et quand vous proposer des logements, s'il vous plait, inscrivez-vous sur les sites où ils font des listes de gens qui proposent des logements et accueillez les Ukrainiens qui viennent ici, qui fuient la guerre et j'espère que c'est pas pour longtemps honnêtement. Merci"

La paix ! LA PAIX ! Au départ et à l'arrivée © Georges-André Photos

Dans un deuxième temps, elle parle de son frère resté en Ukraine avec femme et enfants...

"... Je voudrais parler aussi de mon frère qui est aujourd'hui encore en Ukraine et sa femme qui ne voulait pas quitter son mari et finalement ils restent ensemble mon frère, sa femme et ses deux filles 10 ans et 6 ans. La fille aînée a eu 10 ans le 12 mars et quand ils sont sortis un peu pour se promener ils ont trouvé une fontaine, elle a mis un peu de petite monnaie en disant "Je veux au plus vite possible retourner à Kharviv dans ma maison". Elle a fait ce voeu pour son anniversaire, et j'espère que ce voeu aura lieu le plus vite possible.

Mohanad et Ella poing levé © Georges-André Photos

Q : sa femme et vos nièces n'ont pas voulu partir seules puisque les hommes ne partent pas ?

Exactement. Les hommes ne partent pas, les hommes défendent leur terre et les femmes ne veulent pas laisser leurs hommes. Ma belle soeur est restée avec son mari et avec ses deux filles. Aujourd'hui c'est leur décision. J'ai expliqué que je peux les accueillir, je les attends toujours à n'importe quel moment mais pour le moment ils ont pris cette décision de rester ensemble. Aujourd'hui, mon frère et toute sa famille n'est plus à Kharkiv, ils sont plutôt à l'ouest. Mais il fait la défense d'Ukraine à sa façon comme il peut aider, car il ne sait pas tuer les gens comme beaucoup de monde, comme il a dit "je veux pas faire ça, je peux faire autrement pour défendre mon pays". Malheureusement, je n'ai plus d'information précise parce que je sais que mon quartier était presque rasé avec les bombardements. Je sais que dans mon appartement au 8ème étage, il n'y a plus de fenêtre et je ne sais pas si l'immeuble est encore là ou pas. Tous les gens, tous les amis qui n'étaient pas loin de notre immeuble sont partis. Ils ne sont pas là.

Toute l'Ukraine entre fleurs, destructions et courage héroïque © Georges-André Photos

Q : A votre niveau, pouvez-vous envisager la fin de cette guerre ?

C'est difficile à prévoir, c'est difficile à dire parce qu'on sait que le dirigeant du pays agresseur est imprévisible. Aujourd'hui c'est très difficile à dire. Parce qu'il parle qu'il essaie de négocier. Est-ce qu'il fait semblant ? Il propose des couloirs [humanitaires] vers son pays, vers le pays agresseur, est-ce que vous trouvez que c'est normal ? Quelqu'un arrive chez vous : il tue votre famille, il fait brûler votre maison et après il dit "Non, Non, moi je suis une gentille personne, venez chez moi"; C'est ça qui se produit en Ukraine aujourd'hui.. Prévoir la fin de cette guerre Aujourd'hui ? J'espère juste que ça va pas durer très longtemps. J'espère !

La force de la mobilisation pour la paix © Georges-André Photos

Q : Que pensez-vous des russes et des russes qui manifestent contre cette guerre ?

En Russie, on sait tous que c'est pas évident de manifester aujourd'hui, toutes les petites manifestations qui essaient d'avoir lieu en Russie, elles sont tout de suite arrêtées, les gens sont tout de suite arrêtés.
Par contre, je peux vous dire une chose. Ma maman, elle est russe, mon père, il est ukrainien. Dans la famille, on n'a jamais eu le souci de parler russe ou ukrainien. Depuis le début de la guerre, j'ai essayé de contacter ma famille du côté de ma mère qui est en Russie, qui se trouvent à Belgorod. Ils ont reçu quelques photos de bombardement. Ils ont répondu que c'est une provocation. Quand j'ai dit que leur tante, leur cousin avec ses filles sont dans le sous-sol et qu'ils se cachent des bombardements, ils ont dit "Quel dommage !", juste deux mots dans le réseau social : Quel dommage et ils m'ont bloqué sur le réseau social. Maintenant je ne peux même plus communiquer avec ma famille et je dirais que je n'ai plus de famille du côté de ma mère. Je refuse parce que c'est pas normal même s'ils ont d'autres informations. Ils peuvent analyser une information qui est à 180° contraire. La vérité se trouve quelque part au milieu et ils ont refuser de faire ça et pour moi de mon côté, il n'y a plus de famille en Russie pour moi ! "

Mohanad pour le Comité départemental de la Paix © Georges-André Photos

Le Comité départemental pour la paix et l'appel à cette marche est signé par : Amis du Temps des Cerises - AFPS 63 - ATTAC 63 - La CIMADE - EELV 63 – FSU 63 - Génération.S - La France Insoumise 63 - Parti de Gauche 63 - Ligue des Droits de l'Homme - LDH Billom- UNEF Auvergne - NPA 63 - Nouvelle Donne - PCF 63 - MJCF UEC - Nous aussi - PS 63 - UCL 63 - UD CGT - Union Syndicale Solidaires Auvergne – RESF 63

Il tient à chacun de se mobiliser pour eux, pour elles, pour nous, avant que trop tard et pas faire le gros dos qui ne protègent pas de la guerre et ses conséquences qui pourraient être encore pire et point besoin d'en rajouter. D'autres marches, d'autres mobilisations suivront. La rejoindre ?

Un enfant écrit l'avenir sur le pavé de la place © Georges-André Photos

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