Georges-André
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Billet de blog 20 oct. 2021

Nous vivons la préhistoire de l'inclusion scolaire ! (3)

Succès pour ce rassemblement AESH du 19 octobre et dans plus de 80 villes. Les panneaux de carton donnent le ton entre les revendications et l'inclusion sans souffrance, entre lassitude et nécessité. Les organisations syndicales, Handi Cap-école disent avec vigueur la détresse de ces professionnelles qui ne sont pas respectées par l'état-patron, le gâchis d'une inclusion à trou et au rabais.

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Sur la grille du rectorat © Georges-André Photos

Le rassemblement devant le rectorat ce 19 octobre des Aesh, rassemblées dans leur collectif, des syndicalistes du SNES et SUIPP-FSU, FNEC-FP-FO, CGT Educ'action, SNALC, SUD Education a été un vrai succès avec un nombre impressionnant de participants dépassant largement la centaine, une première d'ampleur sur Clermont-Ferrand pour ces AESH en colère exprimant tout autant leur désarroi et leurs difficultés à subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles avec ces salaires de misère totalement indignes. De nombreux cartons portés sur le dos le disent. Des bulletins de salaire sont affichés pour en démontrer l'indignité et la difficulté extrême d'en vivre. Reçues en délégation au rectorat, le constat est amer. En substance, pas de sou c'est le ministère qui décide. Le fameux état-employeur ...  Consulter le blog de Daniel Calin très complet.

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Boulot de liens, payés de rien

Revalorisation : Cette AESH a gagné 750,22€ pour 24h/semaine fin août 21. Revalorisée, elle a touché fin septembre 756, 99€. Ne comptez pas, c'est exactement 6,67€ supplémentaire. De quoi faire un plein de gaz-oil, régler l'augmentation du gaz et de l'électricité... préparez un gâteau à Noël ? tout juste  !

Carrière : Cette AESH engagée AVS sur la base de 70% en 2008 était payé 767,32€. Son bulletin de salaire sur un contrat AESH de 60%  en 2019 donne une rémunération de 755,73€, soit une baisse de salaire conséquente pour un si petit salaire où tout est à compter ; un contrat horaire à prendre ou à laisser, qu'elle n'a pas choisi !

Agnès : Quand j'ai débuté l'accompagnement des enfants en situation de handicap, il y a 14 ans, j'ai été embauchée juste au dessus du smic. Mais une fois dans la grande maison, pour notre rémunération, nous dépendons du point-indice commun aux enseignants. Ce dernier a un sérieux problème de gel de ce point !!! Si bien que des AESH embauchées de nombreuses années après moi ont un salaire  équivalent au mien qui n'a pas bougé, gelé qu'il est ! De plus, les années avant ma dernière année en CDD, je ne pouvais faire plus de 24 heures qui est souvent la norme maintenant. De par ces raisons et de par l'inflation, je gagnais bien mieux ma vie en 2009 qu'aujourd'hui... 6 ans de période d'essai pour un CDI qui vous fait perdre du pouvoir d'achat chaque année, faut aimer notre job!!!

Lire ici

Lassitude et tristesse face à l'adversité quotidienne © Georges-André Photos

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Pendant la réception de la délégation, les leaders syndicaux de ces organisations ont prononcé leurs vibrants plaidoyers pour ces personnels et les conditions d'un accompagnement inclusif réel. Tous condamnent les Pial comme saupoudrage de moyens qui habille léger Pierre en déshabillant bien Paul sans égard pour les notifications horaires de la MDPH, dues au familles et aux enfants, sans égard pour les Aesh déplacés du jour au lendemain.

Ils et elles demandent un vrai statut et une revalorisation conséquente de ces misérables salaires généreusement accordés pour un temps partiel imposé.

Des mesures absolument nécessaires pour arrêter démissions et turn-over bien compréhensibles notamment de femmes seules qui ne peuvent en vivre avec leurs enfants. Chacun s'accorde à défendre la scolarisation des enfants et ados en situation de handicap mais aussi des étudiants rappelée par la représentante de l'UNEF.

Une conquête sociale qui n'en est qu'à ses débuts et qui bouleversera positivement la place du handicap dans l'ensemble de la société. Une AG des personnels s'est tenue dans l'après-midi pour trouver les modalités de poursuite de ce combat pour une profession au service des élèves. la FSU précise : « L'exaspération, le sentiment d'abandon et la souffrance s'expriment partout. Près de 80 démissions ont été enregistrées pendant l'été dans notre académie : 23 en CDI et 53 en CDD. »

Reflets partiels du rassemblement © Georges-André Photos

La porte-parole du collectif Aesh, Marie-Hélène, résume la situation au plus près de ces personnels, de leur désarroi, leur colère, leur volonté à assurer cette mission en professionnelle avec la force des mères qui savent combien le lien est une force pour avancer.

Ce collectif a été créé créé au printemps dernier « pour défendre nos valeurs, la reconnaissance de notre métier et dénoncer le manque de moyens criant donné à l'inclusion des élèves en situation de handicap. Le 3 juin dernier a été une journée de mobilisation nationale importante des Aesh. À ce moment-là, le gouvernement faisait sa publicité autour de la mise en place des P.I.A.Ls, et déclarait fièrement que désormais les Aesh feraient partie intégrante des équipes éducatives ! Il déclarait également qu'il y aurait une coordination de ces équipes (Aesh, enseignants, et personnels du secteur médico-social) permettant de mieux répondre aux besoins des élèves. Par ailleurs, en guise de reconnaissance professionnelle, il instaurait une grille indiciaire nous garantissant, au bout de trente ans de carrière, un salaire encore en-dessous du seuil de pauvreté !

Discussions entre syndicalistes et Aesh © Georges-André Photos

Le constat qui s'impose en cette rentrée est qu'il n'y a aucune volonté du Ministère d'agir en faveur de l'école inclusive !

  • L'organisation en PIAL s'avère être une gestion chaotique de la pénurie de moyens ! Les coordonnateurs se retrouvent à devoir dispatcher des heures d'accompagnement selon l'urgence ! Le nombre d' élèves notifiés par la MDPH augmente, mais les embauches d'Aesh ne suivent pas !
    C'est un jeu de chaises musicales qui s'est enclenché pour cette rentrée ! Les élèves ayant une notification d'aide mutualisée se retrouvent dépouillés d'accompagnements pour palier les besoins des élèves notifiés individuellement ! Même ces élèves-là peuvent se retrouver sans aide humaine !

  • Les Aesh sont ballottées à droite et gauche, pour assurer ces heures saupoudrées sur un nombre de plus en plus important d'établissements, et pour un nombre de plus en plus important d'élèves ! Quel suivi digne de ce nom pourrait être assuré dans ces conditions ? Il faut savoir qu'à ce jour, dans le département du Puy de Dôme, il manque 7% d'Aesh, ce qui signifie 140 élèves notifiés par la MDPH qui ne sont pas accompagnés !

    Derrière ces chiffres, ce sont des drames qui se jouent : Des familles contraintes d'entamer des démarches administratives complexes pour faire respecter le droit de leur enfant à la scolarisation. Certaines déposent même des annonces pour rechercher des Aesh ! Là encore, ce sont les familles les moins favorisées, les plus démunies pour faire valoir leurs droits, qui paient une double peine !

    AESH en détresse.... oui en détresse ! © Georges-André Photos

Mais la pénurie, ce n'est pas seulement le manque d'AESH. Il y a un manque institutionnel : la fameuse « équipe éducative » réunissant les professionnels de l'école, et du secteur médico-social pour élaborer des projets et assurer un suivi régulier de l'inclusion scolaire n'existe pas ! Une E.S.S. [équipe de suivi de scolarité] par an pour faire le point, c'est largement insuffisant ! Les AESH n'y sont même pas toujours convié-e-s ou écouté-e-s ! Les enseignant-e-s référent-es sont surchargé-es, débordé-es, et il en faudrait plus ! Evidemment ! Il n'y a par ailleurs toujours aucun de temps de concertation prévu entre enseignant-e-s et Aesh, aucune analyse de la pratique ! Et toujours pas de remplaçant-e si nous sommes absent-e-s !

Nous vivons la préhistoire de l'inclusion scolaire !

Une idée pour parents désemparés ... qui donne des résultats © Georges-André Photos

 A.V.S, puis AESH, nous sommes cependant sur le terrain depuis 15 ans ! Durant toutes ces années, nos missions auprès des élèves sont devenues indispensables. Sans nous, pas d'école inclusive ! Nous sommes en grève aujourd'hui, et beaucoup des élèves que nous accompagnons ont dû rester chez eux ! Nous aidons les élèves dans leurs apprentissages scolaires, nous favorisons leur bien-être, leur autonomie dans tous les domaines, nous les accompagnons psychologiquement. Leurs profils et leurs besoins sont tous différents, leur comportement peut être violent, nous nous adaptons et faisons sans cesse évoluer nos pratiques.

 Et pourtant nos compétences professionnelles ne sont toujours pas reconnues. Notre salaire ne nous permet pas de vivre, encore moins de faire vivre une famille ! La formation qui nous est proposée, quand elle a lieu, est minimale : 60 heures pour une approche généraliste et théorique, se déroulant maintenant en visio pour plus d'économies encore !

Ce manque de reconnaissance est une maltraitance, pour nous comme pour les élèves ! C'est pourquoi nous devons obtenir la création d'un statut d'Educateur Scolaire Spécialisé, correspondant à notre métier ! Un statut ! Une formation ! Et un vrai salaire !"

On a en gros ... très gros © Georges-André Photos

L'inclusion à tout prix

"Aesh pendant 5 ans, j’ai d’abord accompagné des jeunes dans un lycée agricole privé puis plusieurs élèves dans des écoles maternelles, primaires et dans un collège.  Quand j’ai commencé, j’ai envie de dire «bien sûre», je n’ai eu aucune formation. Comme c’est le
cas pour ce métier, on arrive sur le terrain et il faut faire avec nos ressources professionnelles et le peu d’information que l’on nous communique sur les élèves que l’on accompagne. La «formation» de 60h n’est venue que 2 ans plus tard, encore en distanciel et en raccourcie à cause du Covid. La place d’Aesh au sein de l’équipe éducative est souvent problématique, nous n’avons pas une formation qui pourrait nous permettre d’avoir le crédit de notre professionnalisme au yeux des enseignant.e.s, aussi nous devons le gagner d’arrache-pied.

J’ai vécu la rétention d’information sur les élèves que j’accompagnais ; la «remise à ma place» (laquelle d’ailleurs c’est toute la question) dans le lien avec les parents ou dans ce que je pouvais proposer comme aménagement ; pas d’invitation, ni de concertation pour les conseils de classe au collège ; difficile prise de parole lors des ESS (réunion annuelle de l’équipe éducative) seul moment pourtant ou notre parole professionnelle pourrait être écoutée etc. On marche sur des oeufs pour ne pas empiéter sur les plates bandes des enseignant.e.s., qui à leur décharge ne savent pas trop non plus quelle est notre place. La faute à cette formation qui manque tant et de laquelle pourrait découler un statut qui lui-même permettrait la reconnaissance pleine et entière de ce métier. Ainsi nous serions moins fragiles dans des situations de non intégration à l’équipe éducative et ce métier tellement indispensable, le nombre exponentiel des inclusions le montre, aurait enfin une réelle place et reconnaissance dans le milieu éducatif.

La République triomphante de nos élites © Georges-André Photos

J’ai démissionné cette année car je ne me voyais pas évoluer dans ce métier, j’avais le sentiment de palier à une réalité de l’inclusion à tout prix. J’ai pris cela comme une forme de maltraitance pour les élèves d’abord, leurs familles et moi-même. Le jeu des chaises musicales pour les postes en début d’année scolaire en est aussi le reflet. On est prévenues 1 semaine avant la rentrée de notre affectation et pour ma part pas de poste à moins de 3/4 d’heure de chez moi, sans frais de déplacement, sur une paye de 621€ net, car j’étais à 50%, il ne reste pas beaucoup d’argent à la fin du mois. C’est aussi cela la réalité de ce métier et l’évolution de ces dernières années ne va pas dans le bon sens : plus d’élèves à accompagner en même temps, des changements fréquents en cours d’année (en décembre 2020 on m’a enlevé 7h d’accompagnement d’un élève au collège pour remplacer des collègues sur l’accompagnement d’une petite de maternelle dont j’étais la 4ème AESH depuis septembre!).

Espérons que la mobilisation prenne de l’ampleur et que toutes les personnes dévouées au bien-être des élèves en situation de handicap puissent être soutenues dans leur travail, reconnues et valorisées. Il en va de l’avenir de la société que nous souhaitons, inclusive et respectueuse et toutes et de tous. »

Handi Cap'école solidaire et revendicatrice

Eléonore - Handi cap'école © Georges-André Photos

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