Mille et plus sur les chemins de la Culture et des libertés à Clermont

Plus qu'une manifestation ce 20 mars à Clermont, un événement qui fait date. Exceptionnel de se retrouver côte côte. Tous en scène pour un périple de 7 heures dans la ville, sur la place au frais et au chaud, se retrouver dans et avec spectacles et revendications mêlées. A chacun de choisir son programme : pour tous les goûts et même des somptueux ! Chapeau l'artiste : c'est toi, c'est nous !

Billet mode d'emploi. M'étonnerait beaucoup que vous puissiez, même avec bonne volonté, tout regarder. Normal : faut choisir. On n'a pas le temps ou l'énergie ou l'envie. C'est un magasin où rien ne s'achète mais quand même avec rayons et rangements. Choisissez ou grapillez ! vous pourriez faire quelques intéressantes découvertes. Et si vous avez des insomnies, jetez un regard sur certaines vidéos qui vont vous donner de quoi rêver !


Une manifestation colorée était prévue et promise, ce fut bien plus que cela. A l'appel des dix-huit organisations syndicales et associatives et de la coordination « Culture en danger », au moins mille manifestant·es avec des dizaines d'artistes, plasticiens, techniciens ont créé l'événement de ce 20 mars : un grand moment de fête et de manifestation dans un bonheur retrouvé, partagé, dans la solidarité consciente de sa nécessité et de sa force que les visages et les corps illustrent dans leurs chants, leurs danses, leurs cris, leurs courses.

Une brèche s'est ouverte dans le mur de la restriction bête et méchante et celle de nos libertés. Elargissons-la enfin !

Si vous n'aviez qu'une seule vidéo à regarder et écouter : Sébastien pour la "Culture en danger" : La vraie et définitive trahison de Macron par rapport à la démocratie c'est bien ce que Sébastien pointe : "C'est inadmissible ! Pendant notre crise, le gouvernement continue dans le Parlement à voter des lois alors que nous sommes tous coincés et qu'on a très peu de libertés. Alors les lois sécuritaires c'est dégueulasse de voter çà, la loi sur l'assurance-chômage c'est dégueulasse de voter çà alors qu'on ne peut pas se rassembler tous dans des manifs comme on le voudrait. C'est pas normal, il faut que çà s'arrête. Il faut qu'on soit vraiment en crise sanitaire et qu'on s'occupe que de la crise sanitaire et les lois on verra plus tard. Ils ne le font pas. Ca c'est pas normal, c'est inadmissible." Oui, Macron devait, devrait  suspendre sine die tous ces projets de lois liberticides et s'occuper de la crise sociale et sanitaire plutôt que d'en profiter comme opportunité bien commode. Au lieu de cela, il pousse tous ces avantages à contraindre et dissoudre nos libertés. MORATOIRE absolu tant que dure cette pandémie !

A la mi-journée, Sébastien prend la parole pour la coordination "Culture en danger" © Georges-André Photos

L'événement en sept heures

Durant sept heures, de 10h à 17h bien passées, cet évènement majeur a connu trois moments : la manifestation du matin, de 10 heures à 12h15/30 de la Maison de la Culture où se trouve "La Comédie" à la préfecture et la place de Jaude, centre tellurique des très diverses manifestations (en plus elle est sur un volcan !). A l'avant de cette manif, la partie "Culture" avec ses compagnies, ailes et talents déployés pour le plaisir des yeux, des oreilles, du coeur et plus encore. Après, derrière la banderole maintes fois utilisée "Retrait total du projet de loi Sécurité Globale" qui n'est presque plus un projet de loi et qui ne suffit plus pour retrouver nos libertés. A la mi-journée, de 12h30 à 13h30, des compagnies et artistes se sont produits sur la place, spectateurs·trices et artistes uni·es dans un même élan de retrouvailles. Pour l'après-midi, prévus dès 13h30 en fait à partir de 14h15, se sont succèdés sur la place, des moments de déclarations des organisations (par trois) en alternance avec des moments artistiques avec orchestres, comédiennes... largement appréciés. Un moment de  débriefing collectif  était prévu à La Comédie après cette journée qui, d'ores et déjà, fait date.

Vous trouverez la plupart des vidéos des déclarations politiques en fin de billet. Priorité au spectacle. 

Entendez Mr Loyal : Entrez entrez dans la manif-fête du 20 mars à Clermont-Ferrand, vous êtes les bienvenu.es. Vous n'en croirez pas vos oreilles et pas même vos yeux. Elles vous régaleront par leur prouesse d'être ici, ils vous régaleront par leur prouesse d'être là, et vous et nous parmi eux. Ils nous manquaient tant ces artistes, nous leur manquions tant, nous le public. Nous les retrouvons ensemble dans la rue, dans les mêmes rues et en même temps, parcourant la ville, sur la grand place durant ces heures précieuses pour que ces lieux nécessaires, essentiels, inutiles soient enfin réouverts et les rues ouvertes aux spectacles de rue, et tous ces professionnels de la Culture enfin reconnu·es comme la force qui va et nourrit , qui fait défaut dramatiquement aux pays qui les ignorent, les écartent, les laissent sans le sou, les asservissent. Entrez, entrez, en vidéos et en photos, sans masques et sans distance sanitaire sauf critique.

La manifestation enchantée, enchanteresse du matin

Rassemblement et Démarrage avec demi-tour droite

Le démarrage c'est se retrouver tandis que d'autres organisent, chacun·e à son affaire © Georges-André Photos

Enfin de l'air, enfin du beau
Très vite, les artistes entrent en piste. La compagnie Elixir de Vichy nous en met plein les yeux. Ouf et merci, on a failli sécher sur place depuis un an !

La Compagnie Elixir nous en sert une bonne rasade © Georges André

Libertés et culture à retrouver, pas sans lutter : "ö rage, ô désespoir, ô réformes ennemies" ... ai-je donc tant vécu pour vivre cette infamie ?

La musique au-dessus du flôt © Georges-André Photos

Tout au long du cortège enjoué, spectacle et musique !

Trois moments de grâce et de beauté © Georges-André Photos

Mais la manif colorée Culture avance et avance encore... musique maestro !

De rue en rue, bientôt le Préfecture © Georges-André Photos

A la préfecture ... avec le vent mais musique encore

Jadis, Michèle Bernard, cette si grande autrice-compositrice-interprète pratiquait "Musik à l'usine" l'été venu. A Clermont c'est musique à la préfecture (devant pas dans !). Ont-ils apprécié et même seulement entendu ?

Reconnaitrez-vous certains airs ? un indice pour un morceau ... © Georges-André Photos

Et Mahanad pour la L.D.H pris la parole, souriant souvent et grave quelquefois mais discours bien frappé. Avec sa conviction intacte et une énergie de vieux briscard, il décrit les quatre piliers des textes qui mettent à la trappe nos libertés

Les deux premiers : la proposition de loi « Sécurité globale » qui marque un tournant historique vers une surveillance généralisée de la population, menaçant aussi la liberté de la presse et celle d'observer librement l’action publique ; le deuxième ce projet de loi « confortant le respect des principes de la République » qui vise à mettre sous contrôle arbitraire toutes les associations et leurs membres... La suite, avec son franc-parler direct et sans fioriture, nous dit ce danger immédiat qui n'est ni illusion ni exagération :

Mohanad pour la Ligue des Droits de l'Homme © Georges-André Photos

Les spectacles de mi-journée durant la pause

La Compagnie Elixir régale :

Vous en reprendrez un bien une coupe, en musique çà ne se refuse pas ? © Georges-André Photos

La danse prend le dessus : HK a encore frappé !

Danser encore ? Faut pouvoir travailler ! © Georges-André Photos

Théâtre-image : Tiré du "Théâtre de l'opprimé" inventé par le dramaturge brésilien Augusto BOAL dans les années soixante pour contrer la propagande de la dictature militaire brésilienne. Les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître mais Bolsonaro si ! dans une situation emblématique, les personnages sont figés (d'où image) Les spectateurs sont invités à réagir et expliciter leur interprétation. Les diverses opinions amènent la discussion. Augusto Boal ,  nous t'appelons de nos voeux et de nos cris. D'outre-tombe tu nous regardes, tant de dictateurs qui se cachent dans la peau du sauveur suprême ! Voici une image :

Personnes figées = image. Spectateurs amenés à régagir sur la situation et on en discute © Georges-André Photos Personnes figées = image. Spectateurs amenés à régagir sur la situation et on en discute © Georges-André Photos

Le Lip Sync Challenge réinvente le playback : Ceux-là ont voulu démarrer leur activité en 2020. Bien mal joué ! elles et ils nous en mettent plein les mirettes.

Danse endiablée qui remue tripes et jambes © Georges-André Photos

L'après-midi artistico-politique ou politico-artistique

Les premières interventions politiques prévues à 13h30 ont débuté plus tard. Un rien de rupture de rythme qui a laissé partir quelques personnes. A 13h30 étaient prévues : La France Insoumise 63, Force Ouvrière 63, Libre Pensée 63. Les professionnels de la Culture ont tout d'abord explicité leurs revendications soit la déclaration adoptée le 15 mars au début de l'occupation de "La Comédie".

Les professionnel·les de la culture réclament © Georges-André Photos
La France Insoumise avec Alparsian COSKUN, soutient sans réserve la réouverture des lieux culturels
LFI pour la réouverture des lieux culturels © Georges-André Photos
"Le programme de la Commune de Paris dont nous fêtons le 150ème anniversaire, c'est le nôtre aujourd'hui " déclare Pascale Guyot au nom de F.O. 63. et dit où sont aujourd'hui les Versaillais..."gouvernement de menteurs et de truqueurs"
Pascale Guyot dit l'actualité de la Commune de Paris © Georges-André Photos
Lucide et vigilante, La Libre Pensée avec Jacques Marche dit l'enjeu de ces lois anti-libertés et la politique qui se donne les moyens légaux pour asservir :

« … Avec cette loi [confortant les principes républicains] , le gouvernement s’en prend à deux lois complémentaires qui sont les fondements de notre démocratie : la loi de 1901, sans laquelle les associations n’existeraient pas, et la loi laïque de 1905, fruit du combat des libres penseurs. Le gouvernement remet en cause la laïcité institutionnelle établie en 1905 car sa loi stigmatise les citoyens français de religion musulmane : mais c’est aussi une loi à caractère concordataire qui s’attaque à la liberté religieuse en particulier, et à la liberté de conscience d’une façon générale... Le gouvernement remet en cause la liberté associative et la liberté syndicale définie par la loi de 1901, en exigeant des organisations démocratiques la signature de ce que j’appellerais « un protocole à sens unique », puisque c’est lui seul qui déciderait de son contenu. En France, il y a un million et demi d’associations. Toutes devront signer ce « pseudo-protocole » si elles veulent être « labelliser ». Ça revient à leur imposer une idéologie d’Etat par un chantage aux subventions et aux agréments. On comprend ce qui pourrait arriver à une association dont l’objet affirmé, dans sa déclaration de fondation, serait considéré comme contraire aux supposées « valeurs républicaines », avec toute la subjectivité que cela représente... »

Au défi du combat unitaire contre les menées liberticides © Georges-André Photos
SPECTACLE EXCEPTIONNEL par sa simplicité, par sa puissance, par sa force inaltérable aussi.  Avez-vus vu ces comédiennes de rouge et de noir vêtues, magnifiques sur ce spectacle qui l'est tout autant, monter et descendre ces escabeaux pour un texte court qui résonne fort ? Spectacle à part entière, vrai perle de témoignages, vraie mise en scène avec presque rien qui est déjà beaucoup, offerte en cet après-midi ? Juste quelques micros, pas seulement la voix sur cette place, pour entendre mieux leur propos qui déchirent lentement comme tranquillement de presque banalités du temps, tant celui-ci est sombre de brutalités devenues quotidiennes, auraient permis bien plus d'écho...A revoir absolument à tout âge ou presque.
Sur l'escabeau ou sur des chaises .... © Georges-Andrés Photos
Ghislain Dugourd pour la CGT porte son écrit avec puissance, conviction et passion. Il rappelle ce 150ème anniversaire de la Commune de Paris, plus actuel que jamais face aux Versaillais qui nous gouvernent. La Commune s'était prononcée pour  ...
La Commune plus actuelle que jamais et plus encore © Georges-André Photos

La pause-musique après ces paroles fortes, hélas totalement fondées, fait recette ... si l'on peut dire !...

Pas de légende, écouter la musique et ... danser s'il vous plaît de danser © Georges-André Photos

Les interventions reprennent ensuite avec La Piraterie collective de l'Ecole supérieure d'Art de Clermont. Elles interviennent deux fois dans une prise de paroles à voix multiples. Ces plasticiennes ont choisi leur camp et décoiffent !

Ells sont en ébullition dans la Piraterie collective © Georges-André Photos

Nicolas pour Solidaires

Solidaires © Georges-André Photos

L'AFPS par la voix de Philippe dresse un réquisitoire contre la politique actuelle : "... Depuis plus d’un an, le gouvernement s’est engagé dans un processus visant à restreindre les libertés au motif de renforcer la sécurité. Depuis l’horrible assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre dernier, ce processus s’est accéléré, menaçant encore plus les libertés de s’exprimer et de manifester. Ces menaces concernent directement les militants de la cause palestinienne et renforcent les attaques dont ils sont déjà l’objet notamment les amalgames visant à faire taire toute critique de l’État d’Israël. Ainsi, malgré la condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, le ministre de la Justice, par une « dépêche » indigne adressée aux procureurs, continue à inciter ceux-ci à criminaliser les appels au boycott visant l’État d’Israël et sa politique. Et l’on vient de voir le 16 mars dernier à Lyon un procès intenté par la firme pharmaceutique israélienne TEVA, contre la directrice de publication du site Europalestine, pour avoir rendu compte d’une action de boycott de TEVA organisée à Lyon en 2015. [...] Par ailleurs, il faut rappeler que les matériels (drones et reconnaissance faciale) sont souvent fournis à la France par Israël et que des parlementaires, des médias ou des universitaires n’hésitent pas à évoquer l’exemplarité des méthodes israéliennes dans sa répression du peuple palestinien qui résiste à la colonisation..."

Le réquisitoire de l'AFPS 63 © Georges-André Photos

Le temps des cerises et l'Education Populaire avec Guy : "Salut à vous artistes, artisans, techniciens, professionnels de toutes catégories, salut à vous, femmes et hommes de la Culture vivante, de la Culture qui ne peut pas être intermittente ou précaire, la Culture qui est la vie, notre vie individuelle, notre vie collective, la Culture, ce ciment de notre société humaine..."

Guy pour Le temps des Cerises © Georges-André Photos

Vérité et Justice pour Wissam par la voix de sa jeune soeur rappelle que l'affaire Wissam n'est pas seulement familiale mais peut concerner chacun.e. d'entre nous. Nous signalons, de notre initiative, que le livre "Vérité Wissam" des Éditions du Croquant sortira en librairie le 8 avril, il est disponible en pré-commande par le lien : https://editions-croquant.org/actualite-politique-et-sociale/716-wissam-verite.html

Gaëlle pour la coordination des intermittents du travail et des précaires. Vous pouvez mieux la découvrir en vous reportant sur mon précédent billet du 19 mars. Elle vitupère et agit contre la prime d'activité discriminatoire selon la régularité des revenus : pionnière en ce domaine et passionnée. Pétition à signer.

Passionnée et pionnière contre la non-égalitaire prime d'activité © Georges-André Photos

L'UNEF ferme la marche mais pas sa voix, par l'intermédiaire de Mayke :

UNEF © Georges-André Photos

Il est presque cinq heures, heure à laquelle devait se terminer cet événement. Il en est encore loin et plusieurs groupes ou artistes doivent se produire ce qui enchante nombre de présents avides de musique et de liberté. Vous en reprendrez bien un verre pour la route juste pour les oreilles et entre les oreilles ?

Un petit verre seulement, pour les oreilles et entre les oreilles © Georges-André Photos

Une journée, un événement, une unité exceptionnelle.
Il faudra bien qu'elle ne le soit plus ici et ailleurs
pour défendre nos libertés et gagner !

C'est ce que demande le peuple !

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