Georges-André
Psychologue en retraite - Photographe et Journaliste-citoyen - Militant associatif - Animateur atelier d'écriture ....
Abonné·e de Mediapart

204 Billets

4 Éditions

Billet de blog 24 févr. 2022

La logique des blocs en jeu dans l'agression russe

La guerre déclenchée par la Russie pousse à réinventer la logique funeste des blocs. Liquider le régime démocratique de Kiev pour organiser un nouveau glacis d'états-tampons autour de la Russie avec une Ukraine à la botte, semble l'objectif de Poutine mais le temps est désormais du côté des forces ukrainiennes si elles parviennent à contenir l'agression et infliger des pertes sévères à l'agresseur

Georges-André
Psychologue en retraite - Photographe et Journaliste-citoyen - Militant associatif - Animateur atelier d'écriture ....
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je ne suis à l'évidence ni expert international (on le savait) ni docteur en droit (on le savait aussi) ou de tout autre spécialité médiatique, ni même un de ces sachants prolixes et péremptoires qui nous expliquent ce qu'il faut penser, comprendre et faire. Seulement la conscience d'un certain culot d'intervenir et d'écrire à chaud dès cette journée d'entrée en guerre de la Russie. A quel titre intervenir quand je ne revendique aucun titre ? Et bien j'ose, vu que ma parole en vaut bien d'autres pour ne pas l'imposer mais qui est celle d'un citoyen engagé qui prend la parole avant qu'elle ne soit confisquée par tous ceux et celles qui savent et ne nous demandent pas notre avis, qui affolent, savent la suite, ce qu'il faut faire s'envolent, en faucons de va-ten-guerre, racontant avec aplomb souvent n'importe quoi, sans le minimum de modestie qui est lucidité sur soi et le réel.

La guerre est donc lancée depuis cette nuit par Vladimir Poutine contre l'Ukraine, une guerre annoncée pas à pas et tenue point par point par le dirigeant russe qui semble bien n'avoir pas dévié d'un pouce de son plan d'attaque en développant un dispositif opérationnel de guerre autour de 2/3 des frontières ukrainiennes et une rhétorique guerrière bien huilée entre génocide des séparatistes du Dombass et dénonciation d'agressions ukrainiennes, deux fantasmes utiles au maître du Kremlin. Enfin, soufflant le chaud pour avancer vers l'agression militaire et le froid pour mystifier les tenants de la voie diplomatique, jouer à la bonne volonté factice pour gagner du temps.

Faute d'une alternative sérieuse et en dehors d'une intervention militaire proscrite (encore heureux !) notre président a finalement été berné en allant rencontrer son homologue russe et annoncer qu'à son initiative une rencontre au sommet Biden/Poutine pourrait se tenir. Il s'y est rendu dans un geste ambigu, à la fois, président de la République et de l'Union Européenne pour quelques mois sans autre chefs d'état ou de gouvernement de l'UE qui aurait pu apporter le poids de l'Europe et non de la seule France. Bref, des gestes à fin de politique intérieure à l'approche d'une élection présidentielle pour la jouer gagnant en président qui se mouille.

Poutine veut reconstituer un glacis d'états vassaux qu'il a connu comme agent de renseignement du KGB au temps de l'URSS qui, à défaut de « pays-frères », disposait de pays à sa botte et son joug. La démocratie peut être contagieuse et ce dictateur n'en veut pas à sa porte, davantage même qu'un OTAN honnis faut de pacte de Varsovie, de guerre froide et d'équilibre de la terreur. Pour se maintenir au pouvoir aussi longtemps que sa vie lui prêtera, il faut non seulement juguler une opposition et tout élément interne de conscientisation (presse indépendante …) qui peut amener un bouillon de contestation mais encore organiser la vassalisation de nations à sa périphérie pour ne pas être tentées par des évolutions à peu près démocratiques.

A tout le moins cette offensive semble avoir pour objectif, certes d'agrandir les régions séparatistes du Dombass mais aussi et surtout renverser le pouvoir légal de Kiev pour investir un pouvoir à sa botte, pro-russe résolument main de fer. Un au-delà de ces objectifs est néanmoins possible mais désormais le temps est du côté ukrainien : Poutine doit aller vite et limiter le moins possible de pertes humaines sauf à risquer, quoi qu'il en dise, une réaction occidentale plus incisive que prévue mais aussi une résistance intérieure comme l'occupation soviétique de l'Afghanistan de 1979 avait fini par lever dans la société civile (15000 morts du côté soviétiques). Le temps est du côté de la résistance armée ukrainienne si elle parvient à contenir un temps cette offensive-éclair sur plusieurs fronts et inflige des pertes sévères aux troupes russes, bien évidemment, au prix d'un sacrifice massif de la population et des forces armées de l'Ukraine.

Les réactions occidentales annoncées avant ce déclenchement du 24 février tenaient en une formule : des actions comme on n'en a jamais vu, ni prises mais graduées, efficaces et qui ne gênent pas les économies occidentales ! Ces déclarations et « efforts diplomatiques » qui se voulaient dissuasifs ont montré leur échec patent cette nuit. Peuvent-ils ramener Poutine à la raison avec une autre gradation de sanctions avec retour de manivelle possible ? On peut en douter quand ces mesures semblent déjà bien mitées : Nord Stream 2 ne coulait pas son gaz, il ne coulera pas et n'affecte donc pas l'approvisionnement en gaz de l'Europe et spécialement de l'Allemagne. Ce n'est donc pas un arrêt de livraison mais simplement la non-augmentation des livraisons qui d'ailleurs accroîtraient la dépendance européenne au gaz russe, une initiative allemande emmenée par des anciens dirigeants européens au service de Gazprom, merci Schroeder, ex-chancelier, merci Fillon, ex-premier ministre ! Des personnalités russes ne pourront plus voyager en Europe sauf … avec un passeport diplomatique ! L'ami chinois, même prudent, peut pallier les financements des banques occidentales et les marchés fermés. Bref, des sanctions qui valent ce que valent les sanctions internationales : une réaction générique fourre-tout, bien peu efficaces mais sans cesse vantées, qui ne changent pas grand chose au cheminement des partisans de la force. On observera si dans les jours et semaines qui viennent des sanctions sérieuses et sévères sont prises ou si elle ne servent qu'une propagande du camp occidental qui ne veut pas risquer le dérapage des marchés déjà à l'ordre du jour, les pénuries et l'élévation générale des prix qui génèrent appauvrissement des populations, bref surtout éviter des réactions indésirables notamment des populations en colère ou qui ne s'en sortent plus.

Vladimir Poutine met l'Europe et les Etats-Unis, disons le « camp occidental » au pied du mur : les chemins de sa politique font un de la diplomatie et du militaire sans aucune opposition mais une complémentarité de tous les instants. Redéfinir les équilibres de sécurité en Europe revient à accepter le retour à un ordre soviétique ou plus ancien, impérial. Il laisse à penser au maître du Kremlin que la guerre, l'intervention militaire peut résoudre avantageusement les divergences en bousculant la négociation et le compromis au seul bénéfice de la force brutale. Au-delà de l'Ukraine, s'il parvenait à ses fins sans trop de casse (rapidité et perte légère) il serait conforté dans cette diplomatie de la canonnière pour d'autres théâtres européens et africains avec Wagner (Mali et Centrafrique déjà). Il n'est pas dit que dans ce monde aux deux folies qui s'opposent (capitalisme et pouvoirs non démocratiques) ce camp des ennemis de la démocratie (qui existent aussi dans nos démocraties bancales) ne puissent pas à l'échelle mondiale s'unir en une internationale anti-démocratie qui nous assiègerait.

La logique des blocs est la racine de ce mal funeste. Elle revient en force qui invite à se ranger dans l'un ou dans l'autre camp, en somme se ranger en vassal sous une bannière ou une autre. Plus que jamais pour garder sa liberté, son appréciation collective et ne pas voir et vivre avec des lunettes qui n'invitent qu'à regarder et comprendre le monde qu'en noir ou blanc, l'heure est encore au non-alignement même si rodomontades et gesticulations à grand coup de déclarations verbales tiennent lieu de politique et d'actions.

Ailleurs et en d'autres temps, un petit moustachu avait utilisé la même rhétorique de défense de minorités pour envahir une région de Tchéquie avant de poursuivre dans sa volonté guerrière et hégémonique. Vladimir n'est pas Adolf, mais comme ce dernier en aurait eu besoin avant l'inévitable, ce premier a besoin d'une opposition réelle pour limiter des appétits de domination et d'expansion, arrêter cette force destructrice qui ne comprend que la force et le rapport de force.

Il n'est pas sûr que la lâcheté des dirigeants, leurs mensonges et les corruptions qui gangrènent, aillent dans ce sens.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Fraude fiscale : la procédure opaque qui permet aux grandes entreprises de négocier
McDonald’s, Kering, Google, Amazon, L’Oréal… Le règlement d’ensemble est une procédure opaque, sans base légale, qui permet aux grandes entreprises de négocier avec le fisc leurs redressements. Un rapport exigé par le Parlement et que publie Mediapart permet de constater que l’an dernier, le rabais accordé en 2021 a dépassé le milliard d’euros.
par Pierre Januel
Journal
Cac 40 : les profiteurs de crises
Jamais les groupes du CAC 40 n’ont gagné autant d’argent. Au premier semestre, leurs résultats s’élèvent à 81,3 milliards d’euros, en hausse de 34 % sur un an. Les grands groupes, et pas seulement ceux du luxe, ont appris le bénéfice de la rareté et des positions dominantes pour imposer des hausses de prix spectaculaires. Le capitalisme de rente a de beaux jours devant lui.
par Martine Orange
Journal — Livres
Le dernier secret des manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
Il y a un an, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat confirmait dans un billet de blog de Mediapart avoir été le destinataire de textes disparus de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui, toujours dans le Club de Mediapart, il revient sur cette histoire et le secret qui l’entourait encore. « Le temps est venu de dévoiler les choses pour permettre un apaisement général », estime-t-il, révélant que les documents lui avaient été remis par la famille du résistant Yvon Morandat, qui les avait conservés.
par Sabrina Kassa
Journal
Le député Sacha Houlié relance le débat sur le droit de vote des étrangers
Le député Renaissance (ex-LREM) a déposé, début août, une proposition de loi visant à accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales. Un très « long serpent de mer », puisque le débat, ouvert en France il y a quarante ans, n’a jamais abouti.
par Nejma Brahim

La sélection du Club

Billet de blog
Décret GPS, hypocrisie et renoncements d'une mesurette pour le climat
Au cœur d'un été marqué par une sécheresse, des chaleurs et des incendies historiques, le gouvernement publie un décret feignant de contraindre les entreprises du numérique dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais ce n'est là qu'une vaste hypocrisie cachant mal les renoncements à prendre des mesures contraignantes.
par Helloat Sylvain
Billet de blog
Le bon sens écologique brisé par le mur du çon - Lettre ouverte à Élisabeth Borne
On a jamais touché le fond de l'aberration incommensurable de la société dans laquelle nous vivons. Au contraire, nous allons de surprises en surprises. Est-ce possible ? Mais oui, mais oui, c'est possible. Espérons que notre indignation, sans cesse repoussée au-delà de ses limites, puisse toucher la « radicalité écologique » de madame Borne.
par Moïra
Billet de blog
L’eau dans une France bientôt subaride
La France subaride ? Nos ancêtres auraient évoqué l’Algérie. Aujourd’hui, le Sud de la France vit avec une aridité et des températures qui sont celles du Sahara. Heureusement, quelques jours par an. Mais demain ? Le gouvernement en fait-il assez ? (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet d’édition
Canicula, étoile chien
Si la canicule n’a aucun rapport avec les canidés, ce mot vient du latin Canicula, petite chienne. Canicula, autre nom que les astronomes donnaient à Sirius, étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Pour les Grecs, le temps le plus chaud de l’année commençait au lever de Sirius, l’étoile chien qui, au solstice d’été, poursuit la course du soleil .
par vent d'autan