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Billet de blog 24 févr. 2022

La logique des blocs en jeu dans l'agression russe

La guerre déclenchée par la Russie pousse à réinventer la logique funeste des blocs. Liquider le régime démocratique de Kiev pour organiser un nouveau glacis d'états-tampons autour de la Russie avec une Ukraine à la botte, semble l'objectif de Poutine mais le temps est désormais du côté des forces ukrainiennes si elles parviennent à contenir l'agression et infliger des pertes sévères à l'agresseur

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Je ne suis à l'évidence ni expert international (on le savait) ni docteur en droit (on le savait aussi) ou de tout autre spécialité médiatique, ni même un de ces sachants prolixes et péremptoires qui nous expliquent ce qu'il faut penser, comprendre et faire. Seulement la conscience d'un certain culot d'intervenir et d'écrire à chaud dès cette journée d'entrée en guerre de la Russie. A quel titre intervenir quand je ne revendique aucun titre ? Et bien j'ose, vu que ma parole en vaut bien d'autres pour ne pas l'imposer mais qui est celle d'un citoyen engagé qui prend la parole avant qu'elle ne soit confisquée par tous ceux et celles qui savent et ne nous demandent pas notre avis, qui affolent, savent la suite, ce qu'il faut faire s'envolent, en faucons de va-ten-guerre, racontant avec aplomb souvent n'importe quoi, sans le minimum de modestie qui est lucidité sur soi et le réel.

La guerre est donc lancée depuis cette nuit par Vladimir Poutine contre l'Ukraine, une guerre annoncée pas à pas et tenue point par point par le dirigeant russe qui semble bien n'avoir pas dévié d'un pouce de son plan d'attaque en développant un dispositif opérationnel de guerre autour de 2/3 des frontières ukrainiennes et une rhétorique guerrière bien huilée entre génocide des séparatistes du Dombass et dénonciation d'agressions ukrainiennes, deux fantasmes utiles au maître du Kremlin. Enfin, soufflant le chaud pour avancer vers l'agression militaire et le froid pour mystifier les tenants de la voie diplomatique, jouer à la bonne volonté factice pour gagner du temps.

Faute d'une alternative sérieuse et en dehors d'une intervention militaire proscrite (encore heureux !) notre président a finalement été berné en allant rencontrer son homologue russe et annoncer qu'à son initiative une rencontre au sommet Biden/Poutine pourrait se tenir. Il s'y est rendu dans un geste ambigu, à la fois, président de la République et de l'Union Européenne pour quelques mois sans autre chefs d'état ou de gouvernement de l'UE qui aurait pu apporter le poids de l'Europe et non de la seule France. Bref, des gestes à fin de politique intérieure à l'approche d'une élection présidentielle pour la jouer gagnant en président qui se mouille.

Poutine veut reconstituer un glacis d'états vassaux qu'il a connu comme agent de renseignement du KGB au temps de l'URSS qui, à défaut de « pays-frères », disposait de pays à sa botte et son joug. La démocratie peut être contagieuse et ce dictateur n'en veut pas à sa porte, davantage même qu'un OTAN honnis faut de pacte de Varsovie, de guerre froide et d'équilibre de la terreur. Pour se maintenir au pouvoir aussi longtemps que sa vie lui prêtera, il faut non seulement juguler une opposition et tout élément interne de conscientisation (presse indépendante …) qui peut amener un bouillon de contestation mais encore organiser la vassalisation de nations à sa périphérie pour ne pas être tentées par des évolutions à peu près démocratiques.

A tout le moins cette offensive semble avoir pour objectif, certes d'agrandir les régions séparatistes du Dombass mais aussi et surtout renverser le pouvoir légal de Kiev pour investir un pouvoir à sa botte, pro-russe résolument main de fer. Un au-delà de ces objectifs est néanmoins possible mais désormais le temps est du côté ukrainien : Poutine doit aller vite et limiter le moins possible de pertes humaines sauf à risquer, quoi qu'il en dise, une réaction occidentale plus incisive que prévue mais aussi une résistance intérieure comme l'occupation soviétique de l'Afghanistan de 1979 avait fini par lever dans la société civile (15000 morts du côté soviétiques). Le temps est du côté de la résistance armée ukrainienne si elle parvient à contenir un temps cette offensive-éclair sur plusieurs fronts et inflige des pertes sévères aux troupes russes, bien évidemment, au prix d'un sacrifice massif de la population et des forces armées de l'Ukraine.

Les réactions occidentales annoncées avant ce déclenchement du 24 février tenaient en une formule : des actions comme on n'en a jamais vu, ni prises mais graduées, efficaces et qui ne gênent pas les économies occidentales ! Ces déclarations et « efforts diplomatiques » qui se voulaient dissuasifs ont montré leur échec patent cette nuit. Peuvent-ils ramener Poutine à la raison avec une autre gradation de sanctions avec retour de manivelle possible ? On peut en douter quand ces mesures semblent déjà bien mitées : Nord Stream 2 ne coulait pas son gaz, il ne coulera pas et n'affecte donc pas l'approvisionnement en gaz de l'Europe et spécialement de l'Allemagne. Ce n'est donc pas un arrêt de livraison mais simplement la non-augmentation des livraisons qui d'ailleurs accroîtraient la dépendance européenne au gaz russe, une initiative allemande emmenée par des anciens dirigeants européens au service de Gazprom, merci Schroeder, ex-chancelier, merci Fillon, ex-premier ministre ! Des personnalités russes ne pourront plus voyager en Europe sauf … avec un passeport diplomatique ! L'ami chinois, même prudent, peut pallier les financements des banques occidentales et les marchés fermés. Bref, des sanctions qui valent ce que valent les sanctions internationales : une réaction générique fourre-tout, bien peu efficaces mais sans cesse vantées, qui ne changent pas grand chose au cheminement des partisans de la force. On observera si dans les jours et semaines qui viennent des sanctions sérieuses et sévères sont prises ou si elle ne servent qu'une propagande du camp occidental qui ne veut pas risquer le dérapage des marchés déjà à l'ordre du jour, les pénuries et l'élévation générale des prix qui génèrent appauvrissement des populations, bref surtout éviter des réactions indésirables notamment des populations en colère ou qui ne s'en sortent plus.

Vladimir Poutine met l'Europe et les Etats-Unis, disons le « camp occidental » au pied du mur : les chemins de sa politique font un de la diplomatie et du militaire sans aucune opposition mais une complémentarité de tous les instants. Redéfinir les équilibres de sécurité en Europe revient à accepter le retour à un ordre soviétique ou plus ancien, impérial. Il laisse à penser au maître du Kremlin que la guerre, l'intervention militaire peut résoudre avantageusement les divergences en bousculant la négociation et le compromis au seul bénéfice de la force brutale. Au-delà de l'Ukraine, s'il parvenait à ses fins sans trop de casse (rapidité et perte légère) il serait conforté dans cette diplomatie de la canonnière pour d'autres théâtres européens et africains avec Wagner (Mali et Centrafrique déjà). Il n'est pas dit que dans ce monde aux deux folies qui s'opposent (capitalisme et pouvoirs non démocratiques) ce camp des ennemis de la démocratie (qui existent aussi dans nos démocraties bancales) ne puissent pas à l'échelle mondiale s'unir en une internationale anti-démocratie qui nous assiègerait.

La logique des blocs est la racine de ce mal funeste. Elle revient en force qui invite à se ranger dans l'un ou dans l'autre camp, en somme se ranger en vassal sous une bannière ou une autre. Plus que jamais pour garder sa liberté, son appréciation collective et ne pas voir et vivre avec des lunettes qui n'invitent qu'à regarder et comprendre le monde qu'en noir ou blanc, l'heure est encore au non-alignement même si rodomontades et gesticulations à grand coup de déclarations verbales tiennent lieu de politique et d'actions.

Ailleurs et en d'autres temps, un petit moustachu avait utilisé la même rhétorique de défense de minorités pour envahir une région de Tchéquie avant de poursuivre dans sa volonté guerrière et hégémonique. Vladimir n'est pas Adolf, mais comme ce dernier en aurait eu besoin avant l'inévitable, ce premier a besoin d'une opposition réelle pour limiter des appétits de domination et d'expansion, arrêter cette force destructrice qui ne comprend que la force et le rapport de force.

Il n'est pas sûr que la lâcheté des dirigeants, leurs mensonges et les corruptions qui gangrènent, aillent dans ce sens.

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