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Billet de blog 25 nov. 2021

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L'Europe-forteresse creuse sa tombe dans le faux abri de ses fantasmes d'invasion

L'épisode dramatique à la frontière Pologne/Biélorussie confirme une fois de plus la fausse sécurité d'une Europe-forteresse qui se croit en sécurité en payant pour refouler et bloquer migrants et réfugiés, ignorant ses fondements, ses valeurs, son histoire. La contre-offensive massive à rebours des renoncements successifs matraqués en certitudes au coin du bon sens est une nécessité vitale.

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Depuis le Moyen-âge et ses châteaux-forts assiégés qui résistaient un temps avant le saccage ou conusisait à l'abandon du siège par les assaillants, de temps à autre cette vieille lune illusoire de protection par la forteresse a donné différentes versions. Retenons plus récemment la version « ligne Maginot » qui a bien servi pendant quelques mois à une drôle de guerre qui s'est terminée fissa, en un mois, par contournement de cette infranchissable ligne, orgueil des stratéges de l'époque.

Voilà que l'Europe unie en remet une couche depuis quelques années avec une brutale aggravation depuis cette crise polono-biélorusse qui, déjà, s'estompe dans l'actualité brûlante: l'Europe se barricade derrière murs et barbelés pour empêcher les nouveaux barbares de pénétrer dans nos chers territoires. Le fantasme de l'Europe assiégée par les barbares (migrants, terroristes...) largement diffusée trouve des sommets de crédibilité dans ces temps de haine et de rejets.

Les barbares ? Dans le froid, la faim, coincés entre deux pays sur la frontière, de pauvres gens, hommes, femmes et enfants, vieillards qui fuient misère, faim, meurtre, viol et tortures se réclament de ce droit quand ils ne sont pas carrément une chair à canon politique comme la Biélorussie état-assassin l'a monté par charters entiers avec la bénédiction du tsar Poutine qui aime tant l'Europe Unie qui l'en voudrait désunie pour reconquérir un glacis à son ouest.

Que quelques milliers de malheureux proche-orientaux manipulé·es par ces assassins en chef déstabilisent l'Europe et ses dirigeants, entraînent de facto un prompt alignement de cette même Europe sur la frontière polonaise dont nous avons tous vu les images terribles et insoutenables, montre combien cette nouvelle ligne Maginot fragilise notre Europe en la rendant vulnérable à un point véritablement dérisoire autant que détestable.

La Pologne blanchie dans la solidarité européenne du rejet

Voilà quelques jours, quelques semaines à peine, la commission européenne envisageait de priver ce pays des fonds du plan de relance européen pour le contraindre à revenir aux fondements de l'adhésion à l'UE qui garantit (de moins en moins à l'évidence) la séparation des pouvoirs et la liberté de la presse ce que le gouvernement polonais ne respecte menaçant à court terme l'unité même de l'Europe. C'est un unanime retour en grâce de la Pologne qui, armes à la main, bloque le passage de la frontière polonaise donc de la frontière européenne. Personne ne lèvera le petit doigt pour dire que les autorités polonaises n'ont pas mis en place comme elle le devait, l'examen des demandes de statut de réfugiés. Coincés entre forces biélorusses qui poussent et forces polonaises qui bloquent, ils et elles peuvent mourir dans le froid et la faim quand le bialn officiel parle de sept morts. Qu'en sait-on réellement quand journalistes et ONG sont exclus de la zone. Médias et politiques ont parlé de question ou de problème humanitaire autrement dit marginal et second quand c'est avant tout une question politique avec, notamment, des conséquences humanitaires soit une urgence de vie ou de mort. Imagine-t-on les traumatismes subis par ces populations manipulées, rejetées, abandonnées et au premier chef, par ces enfants dont on sait les conséquences terribles sur leur vie et leur vie sociale future ?

Cette énième épisode aigu de refoulement/submersion à la frontière de l'Europe est la conséquence une fois de plus d'un aveuglement de l'Europe politique tout entière sur la nécessité d'une politique migratoire ouverte et non le chacun pour soi de ses états-membres dans le curseur du rejet plus ou moins massif qui alimente tous les fantasmes, tous les errements xénophobes et extrémistes dans l'illusion de protection et d'un soi-disant nécessaire endiguement. Le fantasme du désert des Tartares n'est pas loin.

La politique européenne autorise tous les chantages et violences

Foutaise ! Cette politique de gribouille laisse le chantage de pays non démocratiques voire assassins se perpétrer dès la moindre opportunité avec les masses de manœuvre que sont les populations en migrantes, manipulées et violentées : La Turquie avec ses millions de réfugiés dont se sert Erdogan, le Maroc en ouvrant ses portes au sud de l'Espagne, d'autres états sur la périphérie de l'Europe qui exercent un chantage avantageux, quelques milliers de malheureux en quête d'espoir suffit, provoquant infailliblement une déstabilisation récurrente. Depuis des années maintenant, l’Europe paye les états du pourtour méditerranéen pour garder les migrants en détournant les yeux du traitement réservée à ces victimes de tous les sévices et esclavages comme en Libye. L'Europe à délégué sa sécurité aux pays de sa périphérie. Le Danemark lui-même cherche plus loin encore, à déplacer les migrants qui se présenteraient jusqu'au Rwanda ! Cette politique irresponsable prépare les chantages, les pressions de toutes sortes, les affrontements pour repousser les inévitables déplacements massifs de population de zones rendues inhabitables par le réchauffement climatique dont l'objectif de limitation à 1,5° (accord de Paris) est déjà un rideau de fumée qui prépare d'autres abandons.

Cette protection outre qu'elle est ignoble et coupable au regard de l'histoire même de l'Europe après la seconde guerre mondiale est une illusion qui a et aura, si elle se poursuit, des conséquences dramatiques et sanglantes. L'URSS construisait un mur à Berlin et le rideau de fer pour empêcher sa population de passer à l'ouest. Aujourd'hui, ces murs en Autriche, en Hongrie, en Grèce, en Espagne pour se limiter à l'Europe, maintenant en Pologne et en Lituanie façonnent une vraie forteresse européenne tout en donnant aux pays à ses portes les moyens d'un chantage permanent et à peu de frais. Onze pays de l'UE ont demandé des fonds européens pour bâtir des murs !!! Tu parles d'une protection ! Croire que ces murs arrêtent et arrêterons ceux et celles qui n'ont pas d'autres choix que partir ou la mort, est une dangereuse illusion qui prépare des massacres à grande échelle, soit en laissant mourir aux frontières comme à la frontière Pologne/Biélorussie, soit en tapant voire tirant dans le tas quand la pression ne pourra plus être contenue que par la force brutale. On entend ici ou là que chacun des dirigeants européens en est conscient mais ce serait d'abord pour répondre à l'angoisse des populations ! Qui attise l'angoisse des populations sinon nos dirigeants tous anti-migrants, anti-solidarité qui criminalisent à tout va ceux qui mettent à l'abri, secourent ?

La Pologne peut être critiquée à juste titre mais que fait notre propre pays, en particulier, à Sangatte, à Grande-synthe  : il pourchasse les migrants, détruit leurs maigres effets, leur rend la vie intenable et impossible pour qu'ils et elles s'en aillent (où donc ?), continuant à faire la police des frontières pour le compte des autorités britanniques. Et hier vendredi 24 novembre c'est le drame de plus avec au moins 27 migrants morts dans le naufrage d'une embarcation en pleine Manche. La Manche sera-t-elle le nouveau cimetière des migrants pourchassés en tous lieux, désespérés, prêts à mourir plutôt que rien. C'est la même mécanique : rejeter sans aucun égard pour les droits des personnes et les valeurs dont cette Europe se réclame.

Le droit des réfugiés a été ignoré par la Pologne et ses soutiens. Certes, elle n'est ni le premier, ni le seul pays à s'asseoir sur cette législation-princeps. De plus en plus, le droit des réfugiés est nié pour ne voir dans les migrants que des hordes d'envahisseurs qu'ils ne sont pas. Bien sûr l'extrême-droite de toujours ramène cette peur millénaire de l'invasion barbare. Notre pays ne fut-il pas fécondé par ces peuples venus de l'est et du nord qui voilà plus de mille ans déferlèrent sur ce continent toujours plus à l'ouest ? Il est toujours de bonnes politiques de susciter les peurs pour arriver à ses fins mais est-ce une bonne et saine politique qui assure une réelle efficacité ?

L'Europe-forteresse contre la protection des populations

Non l'efficacité n'est pas dans l'Europe-forteresse qui prépare des régimes antidémocratiques, des changements d'échelle dans la barbarie juridique d'états de droit qui le bafouent : sortir de ce piège et du financement aux frontières est une nécessité, pas d'emboîter le pas, à droite et à gauche aussi à cette surenchère inefficace qui vulnérabilise. Un virage à 180° qui demande d'organiser un accueil sérieux et conséquent des réfugiés sans nier ce droit. Ils deviendront plus nombreux, ne serait-ce que par le changement climatique qui rendra de larges portions de territoire impossible à vivre. Sommes-nous d'ailleurs sûr·es de n'être pas un jour des migrants de l'intérieur comme la débâcle mis sur les routes juste après l'échec prévisible de la ligne Maginot ? Les gens du sud seront-ils alors accueillis ou pourchassés plus au nord ?

Ce virage demande une politique de migration à l'échelle européenne qui aujourd'hui n'existe pas. Il est impossible de considérer que 447 millions d'européens ne puissent pas accueillir quelques dizaines, quelques centaines de milliers de réfugiés et plus largement de migrants et à plusieurs reprises. Encore faudrait-il que chaque état ne fasse pas ce qu'il veut en la matière, ce qui revient toujours à fermer les frontières et advienne que pourra, comme si c'était une politique responsable quand elle n'est que fuite en avant pour des drames inévitables à grande échelle.

Il est temps que la gauche française affirme cette opposition franche à cette dérive mortifère vers l'Europe-Forteresse, l'hostilité pour les populations qui frappent à la porte, la force brutale pour repousser même les petits groupes de quelques centaines de migrants.

La pandémie nous révèle combien nous sommes interdépendants à l'échelle mondiale. Nous ne pouvons plus nous sauver seul. Sans cette prise de conscience qui appelle d'autres relations internationales, d'autres politiques pour faire face aux assassins-manipulateurs et une Chine impérialiste, nous n'aurons pas la sécurité et la protection des populations mais devrons faire face à une vulnérabilité toujours plus évidente qui entraîne la force brutale aux frontières comme en Méditerranée. Voulons-nous de ce monde qui fait fi de la vie humaine ? Ne pouvons-nous comprendre que faire fi de la vie là-bas c'est faire fi de la vie ici ? L'Europe cadenassée dans des frontières aux aguets est la fin de l'Europe. Certains des super-grands pays s'en féliciteraient.

La sécurité par la coopération, non le face-à face haineux ou peureux

Il est temps d'affirmer la nécessité d'accueillir, d'organiser les voies de l'immigration et de l'adaptation de populations déracinées, d'en prendre les moyens, d'arrêter cette course à la mer, impasse qui ne peut finir qu'en violences et en morts à grande échelle. La sécurité ne peut venir que de la coopération, pas de l'affrontement. La contre-offensive idéologique est à l'ordre du jour pour montrer une alternative réelle à ce refus bornée, somme toute stupide, de migrations qui amène la violence et la guerre.

Nous avons perdu la bataille idéologique, à nous de reconquérir ce terrain. Peuple réveille-toi, ils préparent les futurs massacres en ton nom avec ta complicité. Le silence de la mer Méditerranée recouvre les noyé.es quand nous ne voulons pas voir ni savoir, quand les ONG qui secourent sont criminalisées ou interdites d'action ; la chasse au migrant autour de Calais peut se dérouler dans l'ombre quand nous ne voulons pas savoir, ni voir ni entendre. Sans aucun doute, nous pourrions ne pas voir les futurs massacres (passifs ou actifs) à nos frontières pour toutes les raisons officielles qui nous seront données.

Le refoulement massif des exactions et des massacres cheminent infailliblement dans les populations qui en sont les victimes comme elle l'est, dans le psychisme pour les traumatismes subis. L'actualité montre sans cesse combien ceux-ci et ceux-là ne disparaissent jamais sans que la parole et les actes reconsidèrent ces horreurs enfouies qui demandent réparation. Refuser d'ouvrir les yeux sur ce traitement abominable de part et d'autres de nos frontières européennes, sur nos propos qui invitent aux rejets, qui véhiculent ces fantasmes destructeurs c'est préparer encore et encore un futur détestable qui ne s'apaisera jamais. Nous en sommes aussi responsables.

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