Manifestations, recours et mise au point

Trois parties dans ce billet : la manifestation intersyndicale éducation de ce 23 septembre, le rassemblement pour Ahlassane, étudiant clermontois menacé par une OQTF, ce 24 septembre, une mise au point du collectif contre l'extrême-droite du Puy-de-Dôme au sujet des manifestations antivax-antipass de l'été.

Trois parties dans ce billet :

  • Manifestation intersyndicale éducation ce 23 septembre
  • Rassemblement pour Ahlassane, étudiant clermontois, ce 24 septembre
  • Manifestations antivax-antipass et mise au point LECD63

Manifestation intersyndicale éducation 63

A l'appel de l'intersyndicale éducation du Puy-de-Dôme (CGT Educ'action, FNEC-F.O, F.S.U, Sud-Education-Solidaires), appelant à un rassemblement place Delille ce jeudi 23 septembre, jour de grève dans l'Education Nationale, quelques 200 à 250 personnes se sont rassemblées sous la banderole « Pour un plan d'urgence dans l'éducation (pour les postes, les salaires, l'amélioration des conditions de travail). Entre autres, des délégations de quelques établissements (voir vidéos) et les cheveux gris de retraité·es pour un cortège qui n'a pas ménagé ses efforts et l'inventivité pour crier ses revendications (« Elèves, profs, on vaut plus qu'un sous-marin ! »)

cris et slogans dans le cortège © Georges-André Photos

Extraits de cet appel : «  La rentrée 2021 est de nouveau marquée par le manque d’anticipation et la confusion de la politique suivie face à la poursuite de la crise sanitaire. Par ailleurs, alors que cette rentrée aurait nécessité la mise en place d’un plan d’urgence et la création massive de postes pour l’éducation dans un contexte qui a rendu plus compliquée la progression des apprentissages, le ministère poursuit une politique qui va à rebours des besoins du service public... refus de créer un collectif budgétaire pour la création de postes d’enseignant.es, de CPE, AED, AESH, de PsyEN, de RASED, de personnels administratifs, techniques, santé et sociaux dans les écoles, les établissements et les services pour répondre aux besoins et annuler les suppressions de postes notamment dans le 2d degré où le déploiement d’heures supplémentaires est une réponse inadaptée, publication de la circulaire de rentrée sans qu’aucune concertation préalable n’ait été organisée. De plus, son contenu relève davantage de la promotion de la politique ministérielle...

Nos organisations refusent la généralisation du contrôle continu et demandent le rétablissement du baccalauréat national pour la session 2022, avec des épreuves nationales, terminales et anonymes. »

Une réunion des personnels mobilisés s'est tenu à 14h. Cet appel renvoie également à la journée de grève interprofessionnelle du 5 octobre.

La vidéo de la manifestation © Georges-André Photos

La réforme Blanquer du baccalauréat, notamment par la prédominance du contrôle continu, menace ce diplôme comme premier diplôme universitaire pour instaurer un examen d'entrée à l'Université, façon de régler leurs effectifs, moyens et finance.

Rassemblement pour Ahlassane, étudiant clermontois

Arrivé de Guinée en janvier 2019, Ahlassane Souaré est étudiant en deuxième année de droit (L2) à l'Université de Clermont-Ferrand. Débouté du droit d'asile, en novembre 2020, il a été tiré de sa chambre par la Police aux frontières, amené à son siège sur l'aéroport d'Aulnat, interrogé puis relâché le lendemain. Il est désormais, sur décision du préfet, sous le coup d'un ordre de quitter le territoire (OQTF) ce qui mettrait fin à ses études qu'il veut poursuivre en dépit de ce climat pour le moins anxiogène.

Ce vendredi 24 septembre, le recours pour excès de pouvoir, contre la légalité de cette OQTF est examiné au tribunal administratif. Il est défendu par Maître Sylvain Gauché qui fait valoir son insertion et son implication dans ses études.

La solidarité des organisations suivantes * ont appelé à un rassemblement ce vendredi devant le Tribunal Administratif à 14h : « … D’année en année, les conditions d’accueil, de vie et d’études des étudiant·e·sétranger·ère·s se dégradent à vive allure à cause d’une politique d’accueil défaillante et indigne qui n’a d’autre objectif que de trier socialement les étudiant·e·s. L’extrême précarité de ces étudiant·e·s ne leur permet pas de vivre et d’étudier correctement. La rentrée 2021 a encore été une démonstration de la défaillance de notre système d’accueil : plusieurs dizaines d’étudiant·e·s sans logement, des centaines dans l’attente d’un titre de séjour sans récépissé, un nombre encore plus important allongeant les files d’attentes devant les distributions alimentaires… Face à ces situations, nous continuons d’organiser la solidarité sur les campus et d’accompagner chaque étudiant·e se retrouvant face à ces injustices. Nous refusons qu’un énième étudiant soit expulsé injustement l'empêchant de poursuivre son projet personnel et professionnel en France après plusieurs années d’études et de combat.... »

De l'ambiance et de la voix © Georges-André Photos
Plus d'une trentaine de personnes s'y sont retrouvées, essentiellement des étudiants sous le sigle UNEF, pour soutenir ce recours et être entendu aux étages pour que le silence ne tombe pas sur ceux-ci, de plus en plus fréquents. Pas de silence !
Pas de silence ! © Georges-André Photos
A la sortie, Maître Sylvain Gauché nous indique que la décision sera rendue la semaine prochaine dans « ce contexte juridique et politique défavorable » tout en précisant : « des confrères qui étudiaient le droit des étrangers disent qu'il y a 10 ou 20 ans, des dossiers de régularisation qui passaient alors, maintenant ne passent plus. Le ministre de l'intérieur s'en est d'ailleurs félicité. ».

Des étudiants de Clermont mobilisé·es par l'UNEF (avec drapeaux ou auto-collants Solidaires, Attac et NPA) qui ont donnés de la voix et de la force de solidarité.

En photos et slogans © Georges-André Photos

* Texte de solidarité et d'appel signé par : CGT Educ'Action 63, FSU 63, SNESUP 63, Solidaires 63, UD CGT 63, UNEF Auvergne,AFPS 63, Cimade 63, Droit Au Logement 63, Femmes de Mars, Libre Pensée 63, RESF63, France Insoumise 63, Génération insoumise, NPA 63, Parti communiste 63, PG 63

soutenu par : Marion Barraud, conseillère municipale Clermont-Ferrand EELV, André Chassaigne,député PCF, Alparslan Coskun, Conseiller municipal Clermont-Ferrand France Insoumise, Charles-André Dubreuil, Conseiller Municipal Clermont-Ferrand Génération·s, Wendy Lafaye, Conseillère Municipale Clermont-Ferrand Génération·s,Diego Landivar, Conseiller Municipal Clermont-Ferrand France Insoumise, EmilieMarche, Conseillère Régionale AURA France Insoumise, Marianne Maximi, Conseillère Municipale Clermont-Ferrand France Insoumise.

Manifestations antivax-antipass et mise au point LECD63

Sous le titre "Ne laissons pas les extrêmes droites récupérer la crise", le collectif LECD63 adressait le 21 septembre à la presse un communiqué (ci-dessous) avec pour motivation "La recrudescence, y compris à Clermont-Ferrand, des apparitions des extrêmes droites et l’emprise de leurs idées sur la population, notamment à l’occasion des manifestations contre le « passe sanitaire », a conduit le Collectif du Puy-de-Dôme de lutte contre les extrêmes droites (LCED 63*) à lancer un nouvel appel à réagir."

Dès le départ, la lutte contre le pass-sanitaire a été biaisée par les antivax, ce qui a pu fortement empêcher une mobilisation plus large et a conduit à des "infiltrations" opportunistes. Ces manifestations hebdomadaires antivax-antipass sur Clermont-Ferrand témoignent d'une mobilisation sans précédent durant l'été et de cette confusion originelle. Au travers de plusieurs témoignages de participants et responsables d'organisations recueillis directement, il est possible de dresser quelques constats :

  • Mobilisation exceptionnelle en été de 1500 à 4000 personnes (voire 5000).

  • Ni banderole, ni leader, ni débordement, une seule sono sur chariot roulant.

  • Rassemblement massif par agrégation de personnes et de petits groupes, y compris touristes-militant·es.

  • Perméabilité du rassemblement à tout groupe qui a voulu se joindre sans signe distinctif sauf très localement dans le cortège.

Ce succès de mobilisation donne une idée du volume de mécontent·es, montre la profondeur et la surface du ressentiment, de la défiance voire de la haine qui se sont enracinés à travers le cheminement de la pandémie et sa gestion. Elle a été l'occasion de mettre dans la rue militants d'extrême-droite (Civitas, Patriotes...) et complotistes au milieu d'une large foule dont certain.es portaient un sigle ou un gilet syndical.

Nous reproduisons l'intégralité de la déclaration du collectif contre l'extrême-droite (21 septembre) qui marque une clarification nécessaire et bienvenue. Reste à concrétiser une mobilisation populaire massive dont ces manifestations récurrentes étaient, avec leurs ambiguïtés, infiltrations et dérives, une prémisse forte hors organisation d'ensemble. La mobilisation populaire peut-elle éviter l'agrégation de contradictions et de contraires ? A quels risques ? Les syndicats seuls même en intersyndicales le peuvent-ils encore tant le mécontentement déborde dans l'ensemble du politique ?

« La pandémie de Covid 19 a entrainé beaucoup d’incertitudes et de confusion. Son caractère en partie inédit et sa gestion au coup par coup par les gouvernements ont facilité le renforcement des théories complotistes qui se répandent sur les réseaux sociaux.

Des idées qui s’infusent plus largement qu’on ne le pense :
Surfant sur la crise, les réseaux d’extrême droite ont su se servir des peurs, de la colère et prendre en main les mouvements de protestation. Ce serait une erreur de négliger la présence de militant·e·s d’extrême droite (Patriotes, Civitas, groupes nationalistes) dans les manifestations parce qu’ils sont numériquement minoritaires.
Lors d’une crise sanitaire et sociale comme celle de la Covid, la stratégie des extrêmes droites (notamment des groupuscules) est celle de la « guerre culturelle » qu’ils théorisent depuis plusieurs décennies. Il s’agit pour eux d’infuser jusqu’à imposer dans la société leur vision du monde, en n’hésitant pas à utiliser les techniques de manipulation par l’émotion, la récupération de concepts, y compris de gauche, et cela par détournement de sens, voire en diffusant des fake news.

Ces manifestations sont porteuses de confusions politiques et de régressions idéologiques dangereuses. Que, dans les cortèges, aient pu s’exprimer avec force la dénonciation de la vaccination, des théories complotistes ou des slogans antisémites ne saurait relever de l’anecdote, et il ne peut être anodin de défiler à leurs côtés.

Face à l’obscurantisme, défendons l’esprit critique et repolitisons la crise :
- Ceux qui nous gouvernent ne complotent pas en secret pour détruire la moitié de l’humanité. Ils agissent publiquement pour défendre les intérêts de la classe dominante. Ils y réussissent plutôt bien si on en juge par les résultats du CAC 40 et en particulier ceux des grandes industries pharmaceutiques.
- Macron n’est pas non plus « incompétent ». Il mène simplement une politique néolibérale-autoritaire bien connue, qui était déjà annoncée dans son programme et mise en œuvre avec les projets sur les retraites ou les lois sécuritaires.
- Les laboratoires ne cherchent pas à empoisonner les gens, mais à les protéger avec leurs vaccins. Ils cherchent bien à combattre la Covid, mais d’une façon qui leur rapporte, comme c’est là norme en système capitaliste.

Pour stopper la progression de l’extrême-droite :
- Dénonçons la politique néolibérale, qui privatise des pans entiers de la santé, supprime des personnels, bloque le recrutement de médecins
- Combattons la réponse néolibérale à la pandémie (refus de lever les brevets des vaccins, absence de création de moyens pour la santé, gestion sanitaire défavorisant les plus démuni·e·s, …) et la réponse sécuritaire (état d’urgence, contrôle de la vaccination des individus par les particuliers et de celle des salarié·e·s par leurs patrons, …).
- Retrouvons le sens du collectif. Face à une pandémie qui tend à isoler les individus, ne donnons pas prise à la réaction individualiste chère aux extrêmes droites (ma liberté et tant pis pour les faibles). Il faut redonner vie à la lutte collective et à la solidarité contre une politique hostile aux plus démuni·e·s et aux « premiers de corvée ».

Face aux extrêmes droites, aux complotistes et à leur vision du monde délétère, face à la politique néolibérale et répressive du gouvernement, poursuivons collectivement la lutte pour le retour à un état de droit plein et entier, pour le développement des droits sociaux et collectifs.

Collectif du Puy-de-Dôme de Lutte Contre les Extrêmes Droites (LCED 63)

* le Collectif LCED 63 est constitué d’organisations syndicales (CGT, FSU, Solidaires, UNEF, Confédération Paysanne), d'organisations politiques (PCF, France insoumise, Clermont en commun, NPA, UCL Clermont) associatives (LDH, Cimade, Osez Le Féminisme, Queer Auvergne, Amis du temps des cerises, UPC 63, Solidarité et accueil des jeunes étrangers 63) et coopératives (Mediacoop). »



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