Le passeport sanitaire, marqueur du pouvoir personnel

Le passe-sanitaire et le tour de passe-passe législatif marque le basculement dans l'exercice d'un pouvoir personnel qui confisque largement le pouvoir législatif. Ce président a installé la confusion et la méfiance par le déni de ses responsabilités pour masquer sa politique régressive, et s'en prend à l'irresponsabilité et l'égoïsme quand il s'agit de convaincre au plus près des populations.

Devenu président en 2017 à la suite d'un vote contre le parti d'extrême-droite, par sa politique répressive et liberticide, Macron a dynamité les dernières barrières avec ce parti qui n'est plus le seul « digne » représentant des pratiques et idéologies extrémistes (de Macron à FN via LR et gauche ralliés). Marqueurs puissants et visibles d'une dérive autocratique, nous pouvons constater quotidiennement a minima :

- l'exacerbation des tensions et divisions quand il ne s'agit pas de les provoquer pour tirer les marrons politiques du feu et apparaître les combattre,

- la désignation de boucs émissaires de toujours (à modulation nominale près) ou successifs et accumulés, selon les circonstances et opportunités profitables,

- la concentration du pouvoir en la seule personne du chef-président qui décide pour tous et en tous points,

- la surveillance élargie au plus grand nombre bien au-delà de la Police Nationale avec les technologies intrusives de surveillance de masse et ciblées.

Macron ne sait pas conduire - l'a-t-il jamais su ? - ses réformes autrement qu'en force et contraintes, par chantage ou pressions, à défaut de convaincre par sa rhétorique huilée qui dénie sa pratique et s'attribue satisfecit et courage ; contraindre toujours, quoique nié, pour arriver à ses fins quoi qu'il nous en coûte et en coûte à une démocratie délitée.

Le passe-sanitaire et le tour de passe-passe législatif marque le basculement dans l'exercice d'un pouvoir personnel qui confisque largement le pouvoir législatif.

Anti-vaccination, prétexte opportuniste

Les « anti-vaccinations » purs et durs sont bien pratiques pour imposer la loi sur le passe-sanitaire. Certes ceux et celles-ci existent bel et bien qui diffusent à n'en plus finir via les réseaux sociaux des superstitions modernes qui n'ont rien à envier aux anciennes, sans se limiter à la contestation concernant la vaccination contre le SARS-COV2 ou tout autre, mais font feu des thèses complotistes les plus fumeuses. Comme chacun sait, plus c'est gros …

Oui mais : les mensonges réitérés sur les projets de lois devenus ou non, lois, sur la gestion de la pandémie en France depuis février 2020, les dénis successifs sur ces manquements graves, les changements permanents de dispositions pratiques réglant la vie sociale et professionnelle quotidienne, les passages en force toujours justifiés… ont amené dans la population un état de confusion et d'incertitude. Faut-il rappeler les déclarations contradictoires au fil du temps tant elles sont nombreuses : du masque qui ne sert à rien, au passe-sanitaire qui ne touchera pas la vie quotidienne ? La déclaration dernière de ce Président en Polynésie (1) est un monument de projection. Elle est où, Monsieur le Président l'irresponsabilité et l'égoïsme quand votre politique aggrave les inégalités sociales, fait peser sur les plus fragiles les conséquences d'une gestion erratique de la pandémie, diminue drastiquement les prestations de l’assurance-chômage, poursuit sa politique de suppression de lits d'hôpital quand il faudrait recruter et ouvrir des lits, désigne les soignants comme mettant en danger leurs patients quand vous les avez applaudis et payés chichement avec le Ségur de la santé, quand de grandes entreprises ont reçu sous une forme ou une autre des fonds de l'état pour ensuite verser des dividendes aux actionnaires, etc etc etc... Lire ici

Confusion instaurée et entretenue

Ce président a installé la confusion par déni de ses responsabilités pour masquer sa politique. Reprocher à la population de céder aux sirènes des complotismes et anti-vac procède d'un culot-monstre qui l'exonère de sa responsabilité première.

Bien des personnes, sans être contre ce vaccin par principe, sont en proie à de multiples inquiétudes sur le vaccin. Comment ne pas les entendre, les comprendre, sans pourtant le moins du monde les partager ? (2) Comme les français (et bien d'autres populations) ne veulent pas du vaccin Astrazeneca, la France verse généreusement ces millions de dose au programme Covax (pour les pays ne pouvant pas se payer ce vaccin à hauteur des quantités nécessaires). Généreux vraiment ou simplement nécessaire pour ne pas les perdre et bien utile à ces pays qui n'ont pas, comme nous des réflexes de pays riches ?

Contraindre pour ne savoir convaincre

La vaccination est une chose, le passeport-sanitaire une autre. Macron veut contraindre à la vaccination sans la rendre obligatoire, du moins pour le moment sauf pour soignants et personnes en contact avec le public. Convaincre demanderait de prendre des moyens qui ne sont pris souvent qu'à partir de décisions locales. Vacciner les plus de 75/80 ans nécessite un porte-à-porte en milieu rural comme en quartiers et cités pauvres en même temps que toute action locale avec public. Prendre un rendez-vous par ordinateur sur Doctolib (société privée outrageusement utilisée pour un service public) n'est pas à la portée à la plupart des plus âgé·es comme d'autres qui n'ont pas cet âge. Pour vacciner à 100% cette population, comme par exemple en Espagne, Italie, Belgique demande une autre approche au plus près de cette population et non pas la contrainte du passe-sanitaire qui a de bonnes chances de passer bien au-dessus de cette tranche d'âge en l'inquiétant sans la toucher.

Passage en force, accouchement aux forceps

Le passage en force de cette loi en un temps outrageusement court - quatre jours et quatre nuits pour les débats et votes à l'Assemblée Nationale, au Sénat pour une version commune à l'issue de la commission mixte paritaire intervenue ce dimanche 25 juillet – illustre la main-mise du pouvoir exécutif sur le pouvoir législatif. Il fallait voter un texte élaboré par l'exécutif sans l'amender et au plus vite ! Qui possède dès lors le pouvoir législatif ? La procédure formelle est respectée mais le Président qui prend tout le pouvoir exécutif s'est arrogé en l'espèce le pouvoir législatif. L'opposition de droite (LR) au Sénat a certes imposé des amendements mais sans remettre en cause - et pour cause - la démarche coercitive du texte, le chantage à la rémunération quand pas encore sur l'emploi, l'utilisation du passeport sanitaire à tout propos faisant des personnes le vérifiant des auxiliaires de Police en droite ligne de la loi « Sécurité globale »: de la Police Nationale en passant par les polices municipales et privées, vigiles et toutes personnes utiles qui vérifient, vendeurs, hôtesses... bref nous assistons à la mise en place progressive d'un maillage au plus près du terrain d'auxiliaires de Police chargés de contrôler la population et d'interdire en cas de non-respect de la loi (un peu plus tard dénoncer ?). Un pas de plus vers ce qu'ont connu les démocraties populaires et que connaît Cuba : Le flicage par la population au plus près de la population.

Le pouvoir personnel du Président est patent, vérifiable et complet. Certes, on ne pourra pas licencier pour non-vaccination mais suspendre le traitement pendant deux mois plus prolongations éventuelles si ce n'est un nouveau vote le prévoyant dans quelques mois.

Des dispositions peuvent être bien difficilement applicables sauf à engager par les responsables des divers lieux fréquentés, des frais souvent prohibitifs ou hors possibilités matérielles. En fait, nous assistons à un pari du Président : un passe-sanitaire d'usage limité dans le temps en espérant qu'il n'y en aura pas besoin à l'automne. Un pari est une menace : l'obligation vaccinale et donc son contrôle systématique ou inopiné.

Ce passe-sanitaire tourne le dos à la démarche de convaincre les indécis·es, les frileux.ses, les inquiet·es abusé·es qui demandent des moyens sérieux et durables mais exerce la contrainte sans que ces dispositions assurent la couverture vaccinale aux personnes les plus exposées : les plus âgées ! Oseront-ils suspendre les pensions comme les salaires ? Cette loi tape sur ceux/celles qui sont vulnérables par l'emploi, loisirs et vacances soit, les jeunes et actifs occupés. Les autres passent à la trappe, pourtant les plus en danger. Cette philosophie de la contrainte est au cœur de la pratique politique de Macron. Contraindre la population à qui on ne peut pas faire confiance, trop indisciplinée, trop irresponsable, trop indolente. Et tant pis si la population n'a plus, pour de multiples raisons, confiance en ce président quel que soit son discours hors-sol en contradiction flagrante avec sa pratique constante. Constatons que ce discours, héritage de la formation des « élites », peut être entendu comme juste par ceux/celles qui ne le confronteraient pas au réel de sa pratique permanente. En ce sens, il pervertit le langage comme tous les régimes autoritaires, renforce la méfiance et partant, le complotisme. De plus, cette démarche de contrainte qui en appellera d'autres peut amener nombre d'indécis ou d'inquiets dans la zone d'influence des complotistes-anti-vaccins qui sévissent par la défiance. Ce passe-sanitaire renforce les jusqu'auboutismes, enferme dans une radicalisation, une intransigeance qui n'en avait pas besoin. Les premières victimes peuvent en être ces personnes elles-mêmes, victimes non seulement de leur naïveté inquiète et de la désinformation mais de cette politique qui se moque des résistances pour les briser d'en haut avec superbe plutôt que les entendre, les comprendre et agir pour convaincre avec tous les relais et moyens nécessaires.

Un précédent qui en appelle d'autres

Le passe-sanitaire est un danger majeur pour la démocratie. Il habitue la population, pour ou contre, bien au-delà de la carte d'identité et de séjour aux contrôles du quotidien, à la vie sociale et professionnelle avec un nouveau papier, quid des sans-papiers ? Car nous nous habituons à tout, y compris à ce qui nous fait bondir et protester la première fois. C'est le premier danger de ce passe-sanitaire : comme nous nous sommes habitué·es à l'état d'urgence, de guerre lasse ou tout comme (le premier sous Hollande dernier), le risque est de s'habituer à ces contrôles d'un nouveau-type et leur utilisation chronique pour tout motif vite « argumenté » par le sage présidentiel.

Pandémie durable, dispositions liberticides aussi

La pandémie mondiale due à ce coronavirus a de belles années devant elle, d'abord en raison des difficultés en cascade de vacciner le monde entier et assurer les rappels qui seront nécessaires. Pas plus que celui de la grippe, ce virus ne disparaîtra mais sera inévitablement responsable, au mieux d'épidémies voire de rebonds pandémiques, ne serait-ce que par l'émergence inévitable de variants successifs (après le variant « omega », on trouvera une nouvelle échelle nominative). Ainsi, sauf réactions efficientes de la population, si elle refuse la collusion avec l'extrême-droite toujours fascisante avec ses manipulations et faux-semblants (parce que sur le plan du changement politique on est dans l'impasse), les dispositions liberticides transitoires, le maillage des réseaux de surveillance deviendront-ils facilement permanents, pour la pandémie durable au nom du risque majeur pour la saturation de l'hôpital, tout en lui refusant un plan de moyens bien nécessaires et pas que pour la santé. Ne doutons pas que si celle-ci ne suffisait pas d'autres justifications collatérales seront toujours trouvées pour imposer avec les moyens d'imposer.

Ne nous y trompons pas, les errements de la politique de gestion de la crise sanitaire prolongée sans perspective de fin est le terrain de la mise en place de dispositions sociétales, législatives, administratives, sécuritaires et liberticides permettant un pouvoir personnel du Président avec les moyens de contrôle et de répression sans cesse élargis, s'arrogeant une bonne partie du pouvoir législatif permettant de promulguer des lois sur-mesure et tout aussi opportunistes, limitant la contestation au symbolique et à la protestation de principe. Bref un nouveau régime politique sous les ors d'une République dévoyée. L'élection de 2022 risque bien de n'y rien changer sauf en apparences et en bluff.

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A soixante-dix balais dans quelques jours, je suis vacciné sans me faire prier avec Moderna en avril. Avant un incident vraiment regrettable : Me rendant à une réunion avec mon masque en janvier dans une salle à Clermont-Ferrand, invité par une personne que j'estime pour son travail, je suis arrivé en avance avec le masque bientôt rejoint par deux autres personnes sans masque avec qui j'ai discuté. A un moment, je leur ai demandé de mettre le masque à l'intérieur : refus catégorique ! J'ai précisé que sans masque je ne pouvais que partir sans y participer mais ils n'ont rien voulu savoir parce que la liberté c'est surtout pour soi-même même si elle me mettait en danger avec l'âge et deux comorbidités avérées. J'ai donc tourné les talons.

(1) « Si demain vous contaminez votre père, votre mère ou moi-même, je suis victime de votre liberté, alors que vous aviez la possibilité d’avoir quelque chose pour vous protéger et me protéger. Et, au nom de votre liberté, vous allez peut-être avoir une forme grave [du virus] et vous allez arriver à cet hôpital. Ce sont tous ces personnels qui vont devoir vous prendre en charge et peut-être renoncer à prendre quelqu’un d’autre. (…) Ce n’est pas ça, la liberté, ça s’appelle l’irresponsabilité, l’égoïsme. »

(2) Franchement se demander avec inquiétude « on ne sait pas dans quinze ans ce que donnera le vaccin » est consternant d'innocence : Dès aujourd'hui on sait les conséquences du dérèglement climatique, l'empoisonnement par les produits agro-chimiques des sols, animaux et humains, de la démocratie et la République attaquée de toutes parts et on s'inquiète pour dans quinze ans si on est vacciné aujourd'hui ? Faudrait peut-être s'occuper de ces vrais dangers et menaces non ? Et l'alternative à la vaccination c'est quoi ? Rien ou si peu. Et le risque d'attraper le virus ou de le transmettre c'est rien ? A moins qu'on ne préfère comme on me l'a déjà dit, un peu d'huile essentielle sur la langue le matin pour stimuler les défenses de l'organisme ! Mourir du Covid ou profiter d'un Covid long bien avant 15 ans est-ce préférable pour personnes âgées ou avec comorbidités ? Faut-il attendre un variant plus dangereux aux âges plus précoces ? Vraiment c'est un comble de craindre dans quinze ans et de ne pas craindre maintenant ! La peur de l'avenir s'illustre dans cette crainte fantomatique. Croyances et inquiétude quand tu nous tiens ! La vie est inquiétante, elle finit par la mort. A ce compte, le danger est de naître, quinze ans après on ne sait pas !

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