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Billet de blog 28 mars 2022

Agressions extrême-droite et interventions policières à Clermont ce 26 mars

Ce 26 mars, jour de manifestation à l'appel du collectif de lutte contre les extrêmes droites du Puy-de-Dôme, un dispositif policier inédit avec interventions policières dans la foule, les agressions physiques de militants antifa après la dispersion montrent l'urgence et la localisation d'une lutte dont chacun·e est responsable pour enrayer cette plongée dans les ténèbres.

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La banderole le dit bien ... © Georges-André Photos

La manifestation organisée le 26 mars par le collectif de Lutte contre les extrêmes-droites, LCED 63 constitué d'une vingtaine d'organisations syndicales, politiques, associatives et coopératives a pris une tournure bien inédite et inquiétante sur la place de la Victoire et après sa dispersion.

Sur la place, une situation inédite qui inquiète malgré l'ambiance © Georges-André Photos

Cette journée est largement motivée par un contexte national et local où la banalisation les idées d'extrême droite corrompt le corps social provoquant fatalisme et habituation. Au niveau local, les intimidations sont devenues monnaie courante par des groupuscules violents qui n'hésitent pas à l'occasion à menacer et agresser : « Clermont-Ferrand Nationaliste », une dizaine des plus violents avec d'autres groupes, Civitas et d'autres qui ont infiltré les manifestations anti-pass. Certains collent affiches et réalise des tags racistes (dénoncés par tou·tes) dans la foulée de Qanon.

Mention spéciale pour la fac de Clermont-Ferrand et ses abords où tags, intimidations et saccage ne se comptent plus : les locaux de l'UNEF sont régulièrement saccagés tandis que ces provocateurs vont et viennent en menaçant. La « Cocarde étudiante » organisation extrémiste tente de s'implanter parmi les étudiants. A la conférence anti-fasciste organisée récemment, les matraques télescopiques et autres gants coqués militaires ont voulu intimider, menacer.

Nous avons réalisé ci-dessous un montage d'extraits des menaces, intimidations et agressions abordées dans les déclarations des militant·es au nom du collectif LECD.

Extraits des déclarations sur menaces et intimidations extrême-droite à Clermont-Ferrand © Georges-André Photos

A l'occasion, quelques individus menacent et intimident à la fermeture d'un local syndical le militant présent. Sur la place de la Victoire que ces éléments voudraient s'annexer, de multiples agressions ont eu lieu depuis des mois, depuis un an surtout. La présence de groupes d'extrême droite aux alentours ou à côté des manifestations récentes sont devenus monnaie courante : 7 et 8 mars par exemple. Après la chute du Bastion Social de sinistre mémoire voilà quelques années, l'extrême-droite violente tente de s'implanter à nouveau et de créer un climat anxiogène où la crainte de tabassage inopiné ou après les dispersions prendrait le dessus comme le terreau nauséabond d'un nouveau fascisme : la lutte contre les valeurs démocratiques et la pression sur les militants est la constante permanente de ces groupes qui se sentent réconfortés par les candidat·es à la présidentielle crédités de 30% des voix au premier tour et la banalisation de ces idées du passé antidreyfusard, collaborationniste, nazis, fascistes, terroristes de l'OAS, une lignée qui veut rejouer le malheur, la violence et la guerre civile.

Les organisations du collectif LCED63 sous le titre « EXTREMES DROITES : DANGER » écrivent : « La situation politique et sociale en France devient alarmante. Les sondages montrent une progression inquiétante du vote pour les extrêmes droites, et les agressions violentes par les groupuscules contre tout ce qui leur déplaît, locaux ou personnes, atteignent un niveau jamais vu depuis des décennies. Dans le Puy-de-Dôme aussi, la menace est réelle. Le Rassemblement national est le seul parti à avoir réussi à présenter sans alliance des candidat·e·s dans les 31 cantons du département aux élections départementales en juin dernier. Dans le même temps, le développement des autres groupes d’extrême droite à Clermont-Ferrand a repris, se traduisant par des tags racistes, une présence visible (Patriotes, Civitas, Nationalistes) dans des manifestations, mais aussi par une série d’agressions physiques. Les extrêmes droites, loin de viser la cohésion sociale, divisent les habitant·e·s, en fonction de leur origine, de la couleur de leur peau, leur religion, leur vêtement, leur mode de vie ... Les propos racistes (antisémites, antimusulmans, ...), sexistes, xénophobes et LGBTIphobes, le refus de la diversité et de l’égalité se développent dans la population et sur les réseaux sociaux. Et de plus en plus ouvertement les actes de violence suivent les paroles..."

Des interventions policières sur ordre et mal venues dans la foule

Dès l'arrivée, nous constatons une présence policière supérieure à ce qu'elle peut être d'ordinaire depuis bien des manifestations. Au début du rassemblement, douze policiers nationaux, hommes et femmes, un avec LBD, un autre avec bouclier plexiglas fendent la foule pour fouiller sacs et identifier deux manifestants ce qui crée un émoi certain dans la foule véritablement surprise. Nous apprenons qu'en amont de celui-ci deux antifa ont été intercepté et conduit au poste de Police. Les policiers restent au contact des manifestants sur la place.

Un groupe important d'antifa en nombre – une vingtaine à la louche – réuni autour de leur unique drapeau sont venus dans cette manifestation comme à leur accoutumée tout de noir vêtu·es avec gants et masques voire bonnet ou cagoule. Brusquement, sur le côté gauche face à la cathédrale, trois policiers se saisissent d'une frêle personne (et ce n'est pas une image) antifa qui n'a aucun moyen d'être identifiée. Elle représente certainement un grave danger pour la sécurité publique de Clermont-Ferrand et banlieue avec son masque et sa frêle silhouette, nous n'en doutons pas ! A côté les trois policiers apparaissent bien malabars. Et chacun témoin de la scène en est choqué. Un militant CGT (sur la photo) et d'autres font bloc en tentant de s'interposer, les policiers font corps autour de la victime. Un policier plus malin que les autres, pour vaincre cette résistance, pulvérise du gaz lacrymogène qui arrose tout le monde, « flics et voyous » avec un petit vent sous le chaud soleil. Je ferme les yeux qui piquent, qui piquent. Ouf, le sérum phy lave les yeux, rince le nez. L'antifa est plaquée contre la vitre du magasin de l'autre côté de la rue puis amenée au Poste.... Ces trois-là sont tous relâché·es en fin d'après-midi mais une serait passible de poursuite.

Une présence policière inédite et pressante © Georges-André Photos
L'interception de cette personne très dangereuse au milieu des policiers © Georges-André Photos
Peu après, un policier trouve judicieux de propulser un jet de lacrymogène... © Georges-André Photos

De source policière, nous apprenons qu'ils et elles ont des ordres de la préfecture : contrôler sacs et personnes encagoulées ou masquées. Cette préfecture surveille ses policiers avec les caméras vidéo. Alors iels s'exécutent quitte à initier ce qui peut être ressenti comme une provocation bien inutile, susceptible d'entraîner des troubles à l'ordre public. Les ordres sont les ordres.

Nous apprenons que la manifestation des anti-vax va passer place de la Victoire mais aussi, un peu plus tard qu'une vingtaine de fachos prêts à faire le coup de poing sont derrière la cathédrale, une autre vingtaine devant l'Office du Tourisme à l'autre bout de la place, bien visibles pour intimider tandis qu'un autre groupe est attablé dans un bar familier et tout proche sur le côté. Il faut dire qu'outre les quelques néo-nazis de « Clermont Nationaliste », un renfort des « Guignol squad » venus d'ailleurs a regonflé les effectifs.

Un moment de flottement s'empare alors des responsables des organisations présents : rester sur place ou partir en manifestation ? La décision est prise d'effectuer surplace les déclarations de quelques organisations constitutive du LCED63. A l'issue et après le passage de la manif antivax qui, par sa musique claironnante rend difficile l'audition de l'orateur (voir vidéo), la manifestation contre les extrêmes droites se rend directement sur la place de Jaude pour dispersion.

De la place de départ à celle d'arrivée © Georges-André Photos

Des militant·es antifa agressés après dispersion

A l'issue de cette dispersion, le groupe antifa se dirige vers la maison du Peuple. Une vingtaine de néo-nazis les coursent. Parmi ces antifas, un homme et une femme trébuchent et tombent, vite roué·es de coups y compris sur la tête et restent sonné·es. Pas de conséquences au-delà sauf le choc psychique qui n'est jamais à négliger quand une bande d'énergumènes violents vous tombent dessus avec rage et plaisir, sans présager de limites ce qui fait partie de l'intimidation physique pour insuffler la crainte, la peur sinon la terreur comme leurs glorieux ancêtres chemises brunes ou noires ont montré la voie.

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Plus que jamais, les extrêmes-droites sont une seule et même extrême-droite où chacun a un rôle différencié et complémentaire pour amener notre pays et sa population à cette ruine que nous avons connu en diverses périodes de notre Histoire depuis plus d'un siècle. Lutter maintenant est devenu une nécessité pour enrayer cette montée qui n'est pas inexorable. Chacun·e en est responsable dans l'unité, hors intransigeance et sectarisme qui n'est plus de mise si elle ne l'a jamais été.

Les déclarations

Alain - LECD © Georges-André
Maë - UNEF © Georges-André
Ghislain - LECD - UD CGT © Georges-André
Mohanad LECD © Georges-André
Collectif Antifa © Georges-André
Mayke - LECD © Georges-André

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