La manifestation du 28 mars à Clermont-Ferrand fut une manif d'exception : le millier de participant·es au congrès confédéral de la CGT tenu cette semaine en périphérie, s'est joint à la manifestation. Du coup, une ambiance des plus chaleureuse et militante avec une nuée de journalistes qui, au départ, ont donné le ton des manifs parisiennes tous·es serré·es autour de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT pour quelques jours encore afin de recueillir la « dernière interview » de celui qui s'en va à ce poste au milieu du service d'ordre grandement augmenté (avec syndicalistes CGT et des autres organisations).
Le ban et l'arrière ban des syndicalistes CGT du département s'est propulsé dans la manifestation, la dixième, pour en être et saluer son secrétaire général sortant. De la même manière des responsables nationaux sont venus à Clermont : Elie Lambert, secrétaire national Solidaires, Benoit Teste, secrétaire général de la FSU mais aussi, côté politique, Manuel Bompart, coordinateur de LFI ... sans prétention d'exhaustivité. Bernard Thibault, ancien secrétaire général de la CGT avait également fait le déplacement pour saluer le militant Martinez qui a assuré aux micros et caméras qu'il continuerait à manifester tant que pourra marcher. J'en connais d'autres en ce cas. De nombreux élu·es étaient là en particulier Marina MESURE, députée européenne (LFI) qui est montée avec célérité dans la nacelle de la CGT Construction.
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Philippe Martinez a tenu la banderole un moment pour assurer la communication de début de la manifestation en particulier au côté de Marie Buisson, "sa" candidate au secrétariat général à ce congrès. Puis en un geste symbolique et fort, il a laissé cette banderole pour satisfaire aux photos des copains-camarades heureux entre tous pour ensuite se fondre à l'arrière dans la foule et se reposer un peu dans le camion pour repartir ensuite au congrès agité s'il en est.
Nous avons rencontré Pascale en début de manifestation : "Je travaille dans la fonction publique territoriale à quatre ans de la retraite normalement, quatre ou six. Je pense qu'il va falloir qu'il cède, le président, parce que les gens sont farouchement déterminés à s'opposer à cette réforme injuste qui n'est pas justifiée en plus financièrement. Puis ça ne donnera pas plus de travail aux jeunes et ça n'en apportera pas plus non plus aux seniors...Il faut tenir, tant pis on n'a plus rien à perdre, maintenant, on a plus rien à perdre... C'est 80€ de perte par jour de grève, j'ai fait le compte, j'en ai fait huit jours donc 640 € !"
La dixième ! Pour arracher ce retrait… surtout renforcer le rapport de force montrant et remontrant sa détermination, son obstination à obtenir ce retrait quand des fissures publiques apparaissent au sein de cette majorité relative - si relative ! - avec un chef inflexible, intransigeant et au-delà, qui n'accepte rien de ce que ne vient pas de lui et seulement de lui : une personnalité emmurée dans sa toute-puissance et un orgueil démesuré de celui qui se croit supérieur à tous et à toutes.
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Il y aurait beaucoup à dire sur la radicalité que chacun revendique en mots et en slogans. La lutte pour le retrait de la réforme des retraites, elle, illustre la radicalité en acte, celle qui fait les victoires et les avancées sociales et politiques, à la fois par la demande inébranlable et définitive de retrait et par l'unité de l'intersyndicale. Sans cette unité, quelle qu'en soit la difficulté, la mobilisation ne serait pas ce qu'elle est et ne l'aurait jamais été. Réclamer à corps et à cri ce retrait sans le rapport de force nécessaire dont le moyen est bien l'unité de toutes les centrales syndicales serait non seulement vain mais coup d'épée dans l'eau quitte à se trouver radical même en le hurlant.
Ce creuset de l'intersyndicale unanime sur le retrait (qui n'allait pas de soi, voire était inespéré à ses débuts), grâce à leurs différences, a non seulement mobilisé une masse historique de citoyen·nes engagé·es dans cette lutte mais permis l'élaboration collective et intégrative d'une stratégie de lutte des plus intelligente pour faire face au mur Macron. Non qu'elle assure à tous coups la victoire (je pourrais vous parler de Madame Soleil mais ce n'est plus une référence en matière de divination) mais se donne tous les moyens pour y arriver. C'est une leçon et une aventure de l'Histoire en marche.
L'unité est le carburant de la mobilisation. Sans elle, chacun suivrait sa particularité qui amènerait à diviser les forces devenues concurrentes et non plus synergiques au bénéfice du Prince qui nous gouverne. Bon il faut reconnaître également la lourde contribution de Macron et consorts que son arrogance, ses mensonges énormes éventés et toujours niés, son inflexibilité de métal ont bien servi la colère et le ressentiment réinvestis en une énorme mobilisation.
Nous ne nous y trompons pas : si « la réforme des retraites n'est pas la retraite des réformes » , casser cette spirale de destruction et de soumission par ce retrait et les moyens employés est une étape indispensable sur laquelle il n'est pas possible de transiger. A défaut, la violence et la répression reviendrait en force au quotidien.
BRIOUDE (Haute-Loire) à l'honneur
Le 25 mars, nous étions à Brioude pour le marché et avons rencontré les syndicalistes du lieu qui sur ce marché distribuaient tracts et sollicitations pour la manifestation du 28 mars au Puy-en-Velay, au son de leur sono joyeuse et militante mais en compagnie de gendarmes bien étranges en ce lieu champêtre et bucolique !
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Nous avons interrogé un syndicaliste (FO) disponible qui nous a déclaré : "La CGT a réservé trois cars au départ de Brioude et il y a déjà des inscrits. Il faut poursuivre et faire grandir le rapport de force qui fera plier ce gouvernement fragilisé par le rejet de la motion de censure à neuf voix près seulement. Depuis le 19 janvier, il n'y a pas eu une semaine sans que l'intersyndicale brivadoise n'organise des manifestations ou des rassemblements contre la réforme des retraites tantôt en allant grossir les rangs des mobilisations du Puy, tantôt ici et toujours avec succès.
Mais je vous le dis Borne met les responsables syndicaux à rude épreuve non pas parce qu'il faut lutter c'est notre choix et c'est une nécessité mais parce qu'il faut à chaque fois chercher une prise de parole originale et essayer de ne pas se répéter...."
Les déclarations
Véronique pour la Fedea
Olivia pour La Voix Lycéenne
Pour l'UNEF
Patrick pour la FSU
Alifa pour la CFTC
Henri pour la CFE-CGC
Valérie pour Sud-Solidaires
Fred pour F.O.
Valérie pour la CFDT 63
"... Nous sommes unis et solidaires pour montrer notre détermination et notre responsabilité pour dire NON à cette réforme, c'est l'heure du retrait ! Nous avons fait des propositions concrètes que le gouvernement a refusé d'écouter malgré nos alertes sur les colères montantes, les risques de creuser encore plus les inégalités sociales et de renforcer la précarité ; parce que ceux et celles qui ne sont plus en emploi après 55 ans ne le seront pas plus avec cette réforme mais resteront 2 ans de plus dans les listings de l'assurance chômage ou de l'assurance maladie, les injustices flagrantes notamment envers les femmes, les jeunes qui ne peuvent pas entrer sur le marché du travail si nous le restons plus longtemps.
Le monde du travail a évolué et pouvoir partir dès lors que nous justifions d'une retraite à taux plein ou par anticipation en reconnaissant nos pénibilités physiques ou psychiques serait un début de justice sociale ! Travailler autrement , en conjuguant bien-être au travail et respect de la planète sont les aspirations fortes du monde du travail d'aujourd'hui et vous devez l'entendre !
Une voie de sortie est possible si les 64 ans sont abandonnés, que nous remettions à plat le dossier des retraites et parlons du travail,celui de celles et ceux qui le vive au quotidien et ceux et celles qui n'en ont pas !
Nous condamnons fermement toutes formes de violences face à des manifestants pacifiques qui ne font qu'utiliser leur droit, celui d'être en grève ! Nous condamnons toutes formes de violences envers ceux et celles que nous appelons pour nous sauver des flammes pou que nous appelons lorsqu'il y a des violences faites aux femmes ! Nous ne céderons pas aux tentatives de divisions, aux tentatives de récupérations de ce mouvement social inédit et nous céderons sûrement pas aux extrêmes !..."
Ghislain pour la CGT 63
"La CGT a choisi Clermont-Ferrand pour tenir son 53ème Congrès cette semaine et c'est une fierté pour l'ensemble des militantes et militants du puy de Dôme... La CGT a décidé de réaliser ce défi logistique de conjuguer l'organisation de son Congrès national et une mobilisation sans faille contre le « méprisant » de la république...
Elisabeth Borne s'enfonce dans la provocation lorsqu'elle déclare en marge du Congrès du parti « Horizon » d'Edouard Philippe : « Nous avons fait ce que les Français attendaient de nous », en utilisant le 49.3... Quand ce n'est pas le porte-parole du gouvernement qui jette de l'huile sur le feu en déclarant : « Réforme des retraites, le texte ne signe pas la retraite des réformes. »
Une autre forme de répression, plus sournoise celle-ci, est en train de se mettre en œuvre dans les entreprises, petites ou grandes, dans les administrations et les services publics. La Direction générale du travail a publié en catimini un document qui est un véritable manuel juridique pour faciliter les licenciements des grévistes en justifiant des décisions d'autorisation pour motif disciplinaire. Macron et son ministère du travail veulent clairement faire payer aux travailleuses et travailleurs leur résistance...
Nous pouvons être fiers de la consolidation de l'unité syndicale, des arguments, des propositions alternatives déployées, qui permettent de rassembler l'ensemble du corps social, les salariés, les agents et plus largement, l'ensemble de la population. La jeunesse s'empare de plus en plus massivement de ce mouvement historique... conteste le contenu de la réforme des retraites et, parallèlement, dénonce la précarité du travail et les faibles salaires. Elle enrage contre le déni de démocratie, l'autoritarisme gouvernemental et les violences policières... A toutes celles et ceux qui imaginaient une jeunesse exclusivement individualiste, dépolitisée, nous leur répondons que les jeunes ne sont pas nés pour subir. Le printemps des conquêtes sociales va bientôt s'ouvrir à eux...
Nous ne poserons jamais un genou à terre ! Nous sommes en état de légitime défense sociale... Le journal l'Humanité a titré que la CGT organisait son Congrès au cœur du Volcan social, je vous demande de faire un maximum de bruit pour le mettre maintenant en éruption afin que cette réforme soit définitivement morte et enterrée !"