Droite sarkozienne et Gauche hollandaise ont crédibilisé le FN, à nos risques et périls

Étrange moment de notre histoire collective. L'effroi et la sidération des premiers jours a laissé la place à une peur introvertie où toute mesure privative de libertés est admise au nom de la sécurité. « Sécurité gagnée contre libertés perdues ». L'état d'urgence vient en toile de fond à la COP21 et à l'élection de tous les dangers pour nos régions dans la perspective de 2017.

 

          Étrange moment de notre histoire collective. L'effroi et la sidération des premiers jours a laissé la place à une peur introvertie où toute mesure d'exception, privative de libertés, est admise au nom de la « sécurité ». La plupart de nos concitoyens acquiescent à l'équation « Sécurité gagnée contre libertés perdues ». L'état d'urgence peut se déployer avec ses abus et ses règlements de compte, le judiciaire être marginalisé, les Assemblées voter comme un seul homme au coup de sifflet (1), les français, dans leur grande majorité, intègrent cet état d'exception comme une nécessité citoyenne, comme normalité dictée par les circonstances. La démocratie peut partir en quenouille, au fond cela n'intéresse pas grand monde. En apparence ! Le Premier Ministre peut à loisir préparer la population à la prolongation de cet état d'urgence au-delà de son terme, le 26 février, il joue sur du velours. La côte de popularité du chef de l’Etat est remontée en flèche, preuve s'il en est que cette politique paye dans les sondages (ce qui leur suffit) et peut payer en 2017. Alors la démocratie ce n'est pas le problème ! En apparence !

           Avec cette toile de fond, la COP21 a failli passer au second plan. L'attention des médias et de la population a été fort heureusement détournée pour un moment de la situation anxiogène créée par les attentats du 13 novembre et la réponse sécuritaire envahissante. La COP21 traite elle, d'une autre urgence absolue, non pas pour « sauver la planète » mais bien pour sauver la population mondiale des séismes climatiques qui l'attendent, des exodes massifs qui menacent la paix mondiale et la démocratie partout où elle existe.

 

 Une élection de tous les dangers pour nos régions, dynamique pour 2017

           C'est dans ce contexte que la campagne pour les élections régionales s'achève dans une indifférence apparente, une discrétion jamais connue, une absence de débats qui renvoie au consensus sécuritaire, tandis que se préparent les combinaisons politiciennes d'union sacrée et autres de l'entre-deux tours.

           Un enjeu pour la démocratie domine tous les autres : le Front de la haine va-t-il conquérir des régions ? Selon le sondage récent Ipsos/Le monde (2), en tête dans six régions au premier tour, il pourrait l'emporter dans quatre régions au soir du second tour ! (3) Quelle sera l'ampleur de sa victoire au soir du premier puis du second tour ? Sera-t-elle de niveau à le porter possible vainqueur en 2017 ? Des régions sous son emprise, un score à 30% et c'est la dynamique qui est lancée pour la Présidentielle de 2017.

           Pour la première fois depuis la Libération, un parti d'extrême-droite peut être porté au pouvoir. Héritiers des Ligues des années Trente, des collaborateurs sous l'Occupation, de l'O.A.S, organisant attentats sur attentats pour que les Pieds-Noirs prennent la valise à défaut du cercueil, l'extrême-droite n'a pas changé ; elle excite la haine, la vengeance, la discorde, le rejet de l'autre, du réfugié comme du voisin de palier. L'extrême-droite c'est toujours la violence sous toutes ses formes, aujourd'hui comme hier.

 

La responsabilité des politiques et des responsables politiques

           Nos hommes politiques et leurs zélateurs, peuvent s'évertuer à jouer sur la peur du FN, c'est peine perdue : le peuple des gens ordinaires celui qui ne prend pas la parole, qui ne se sent plus représenté n'en a plus aucune peur. Au contraire, ce peuple des anonymes, taraudé par un sentiment d'insécurité économique, social, physique, culturel, voit depuis tant d'années magouilleurs, escrocs, corrompu-e-s (personnes physiques, organismes privés ou d'état gangrenés par les conflits d'intérêts, sociétés) leur donner des leçons de citoyenneté et de bien vivre-ensemble alors que souvent la justice ne parvient même pas à les confondre ou si tardivement. Il entend depuis trente ans, depuis cet « été chaud des Minguettes de Vénissieux » (1981) ceux qui soufflent le vent toxique de la désignation de boucs émissaires faciles, quitte à en changer, comme espace de projection de ces sentiments exaspérés.

            Les responsables politiques et économiques, les milieux d'affaires ne mesurent pas à quel point cette France des petites gens écrasés par leur langage perverti et fallacieux ne cherchent plus qu'un chef fort, un « homme providentiel » qui va nettoyer les Écuries d'Augias - illusion dangereuse - , virer cette classe politique déconsidérée dans son ensemble. Peu à peu cette idée du « tous pourris », musique perverse permanente de l'extrême-droite, a fait son chemin dans les esprits alimentés par de multiples « affaires », par l'affairisme qu'un Ministre du Budget à portée au plus haut ! Cette image - fausse - ne s'embarrasse ni de nuance ni de complexité : elle a le mérite du simplisme, de la facilité. La pollution est aussi dans la tête.

           Durant sa présidence, Nicolas Sarkozy a brisé toutes les digues entre droite et extrême-droite en prenant la posture de l'extrémisme, par le langage et le choix des mots, par son mépris des juges et de la Justice, par l'hystérisation du débat (souvenons du ministère de l'identité nationale et du « débat » du même tonneau chassant sur les terres nauséabondes d'un FN en progression). Du coup, il a banalisé cette posture, validé l'idée que le FN est un parti comme les autres, démocrate. Il a facilité le passage des électeurs de droite à l'extrême-droite, aboli ce verrou essentiel forgé dans la période sombre de notre Histoire que fut l'Occupation. L'extrême-droite c'est le totalitarisme. Irresponsabilité ! Déni de responsabilités quand il brigue à nouveau la fonction suprême, lui et ses multiples casseroles judiciaires qui n'aboutissent pas !

           En reprenant la pensée libérale à son compte, tournant le dos à nombre de ses engagements de campagne (4), la présidence de François Hollande a non seulement échoué à réduire le chômage, cancer de notre société (et bien réussi à engager et mener des guerres qui ne règlent rien) mais plus encore : il a validé l'idée que droite ou gauche, pour les gens simples, ordinaires, anonymes, petites gens sans histoires, c'est pareil ! Responsabilité terrible !

           Quelle peut être l'alternative pour ces électeurs si droite et gauche c'est pareil ? Extrême-droite !

           François Hollande a réussi la performance de confisquer la Gauche par le choix d'un Premier Ministre minoritaire dans son propre parti. Il a réussi à pulvériser cette autre Gauche qui n'est pas la sienne, E.E.L.V. et tout ce qui peut se trouver à sa gauche. Les « figures » de la gauche ont déserté ou se sont ralliées à quelques critiques près qui donne l'apparence d'un débat qui n'existe plus ! D'autres parlent dans le désert (5). Sans alternative électorale sérieusement à gauche, le risque est grand d'un abstentionnisme important, de votes blancs élevés, de dispersion sur de multiples « petites candidatures ».

           Et maintenant la réponse aux attentats c'est moins de démocratie pour plus de sécurité ! L'état d'urgence pour longtemps, bientôt inscrit dans la Constitution, après une loi sur le Renseignement votée au printemps qui a soulevé des critiques majeures et des oppositions notamment de la part d' Amnesty International, la FIDH, la Ligue des Droits de l'Homme, Reporters Sans Frontières, la CNCDH, la CNIL, etc, etc... une loi liberticide qui organise une surveillance de masse dont on peut attendre une large inefficacité pour combattre le terrorisme et une vraie efficacité pour réduire au silence opposants politiques et contestataires ; bref museler la société civile avec l'état d'urgence aidé par les dispositifs de la loi Renseignement pour ne faire entendre que la parole d'état, celle de l'exécutif, avec le législatif à la botte et le judiciaire marginalisé.

 

Un arsenal sécuritaire qui peut servir au pire

           Le Président n'est-il pas en train de jouer l'apprenti-sorcier quand il fourbit un arsenal juridique et sécuritaire d'exceptions, un état d'urgence prolongé au-delà du 26 février, inscrit dans la Constitution ? L'extrême-droite peut se frotter les mains, elle n'en demandait pas tant : un arsenal juridique et constitutionnel répressif qu'elle saura bien utiliser parvenue au sommet de l'état. Elle en rêvait, Hollande le fait.

           Cette présidence omniprésente, s'est engagée dans le tout-sécuritaire par méfiance du peuple et de la démocratie, un peu pour la sécurité, beaucoup pour la stratégie espérée gagnante en 2017 assurant une réélection qui semblait perdue. Apprenti-sorcier ! Hollande a viré au tout-sécuritaire ce qu'a fait la droite depuis longtemps, ce que clame l'extrême-droite depuis toujours. Quand la dynamique est toujours plus de sécuritaire (sans assurer la sécurité) la trajectoire amène au FN en ligne droite inévitablement. C'est plus de démocratie qui aurait amené loin du danger de ces droites extrêmes. Il aurait été aussi plus efficace contre le terrorisme (ce n'est pas un détail) de mobiliser les français alors qu'aujourd'hui, cette politique les démobilise en leur demandant de faire confiance aux services secrets, aux forces de police et au chef suprême.

 

L'union sacrée est suicidaire

            Et maintenant, il faudrait se préparer à l'union sacrée (6) entre liste Socialiste et liste de droite partout où le FN pourrait conquérir une région ? L'union électorale circonstancielle entre gauche et droite ne respecte pas l'électeur, sème la confusion, en un mot est suicidaire. De tous temps, l'union de tous les partis « démocrates » contre l'extrême-droite, totalitaire a viré au cauchemar. C'est toujours l'extrême-droite qui gagne. Quand on en est là, on a déjà perdu ! Alors le peuple tout entier paye longtemps ce cauchemar dont personne ne sort indemne.

 

          La démocratie est perdue quand elle veut résister par autre chose que davantage de démocratie. Il faut croire que la corruption de la pensée politique soumise au pouvoir des financiers rend sourd et aveugle les responsables politiques malgré tout leur savoir, leurs compétences, leur armée de conseillers et de communicants, malgré les avis divergents, les autres options possibles qui ne sont jamais retenues, écartées comme nulles et non avenues. La responsabilité de la classe politique serait écrasante si d'aventure, pour se débarrasser des renards, les français donnaient les clés aux loups mais ce sont ces français qui en payeraient le prix comme en d'autres temps ils ont payé par leur sang et par leur larmes.

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(1) Seuls six ont voté contre. « Pas de juridisme » a dit le Premier Ministre quand un député lui faisait remarquer que la disposition légale existait déjà !

(2)  « Le Monde » daté 4 décembre

(3) Marion-Maréchal Le Pen pour la P.A.C.A et Marine Le Pen pour le le Nord-Pas-de-calais/Picardie, manque plus que Jean-Marie le patriarche qui est out.

 (4) Le candidat François Hollande a formulé ses engagements de telle manière que le Président Hollande peut donner l'interprétation qui l'arrange. Exemple : le droit à une assistance médicale à mourir.

(5) Au premier rang, Eva Joly.

(6) Rappelons que l'Union Sacrée fut demandée et obtenue par Raymond Poincaré, président de la République le 4 août 1914. Le carnage pouvait commencer.

 

 

 

 

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