L'après-midi des 1000 voeux à Clermont-Ferrand

«L'après-midi des 1000 voeux» : un évènement festif sous le signe de la rencontre. Quatre associations pour le climat ont organisé un après-midi autour de l'expression citoyenne, de la végétalisation et de la création artistique : à la rencontre des passant.e.s pour recueillir leurs 1000 voeux. Plus dramatique, le flashmob pour la solidarité aux femmes chiliennes violées en octobre dernier.

[Vous trouverez à la suite de la chronique des 1000 voeux, vidéo et photo de la performance (ou flashmob) de femmes à Clermont en solidarité avec les chiliennes victimes de viols, arme de guerre, en répression du soulèvement populaire qui se poursuit, résurgence des années Pinochet, dictateur tortionnaire de son peuple].

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 Les 1000 voeux Alternatiba 63, Extinction Rébellion Clermont-Ferrand, Cocon, Citoyens pour le climat de Clermont-Ferrand ont organisé ce samedi 8 février une manifestation pour partir à la rencontre des passant.e.s, place de Jaude, afin de recueillir leurs aspirations, leurs craintes, leurs souhaits et espoirs pour les années à venir. L’objectif ? Recueillir 1000 réactions inscrites sur 1000 feuilles de tissus qui iront arborer le bosquet pour la lutte climatique et sociale !

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Le diaporama des photos de l'après-midi est à la fin de cette chronique.

Le 3 novembre dernier, sur cette place, "des citoyen.ne.s se sont réuni.e.s sur pour participer à une action de désobéissance civile non-violente, membres ou non de groupes et collectifs locaux militant pour le climat et la justice sociale" ; Alternatiba 63, Citoyens pour le climat 63, ANV-Cop21 63, Greenpeace Clermont-Ferrand, Youth for climate Clermont-Ferrand, ATTAC 63… "Leur objectif : installer une structure végétalisée en lieu et place du célèbre sapin de Noël clermontois, place de Jaude". Cette structure, c'est le Bosquet, déplacé depuis de quelques dizaines de mètres mais toujours en place.

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Photo 1 et 3 : Il faut renforcer la structure et tout autour, installer des branches pour collecter ces mille voeux de la population en cet après-midi encore hors-saison tant le soleil brille avec une douceur que nous prenons pour ce moment festif mais qui augure de lendemains difficiles.

Photo 2 : l'installation en cours, M.le Maire de Clermont-Ferrand, Olivier Bianchi, est un des premiers à honorer les organisateurs de sa visite en remplissant un voeu que nous ne savons pas.

Photo 4 : Des bénévoles sont briefé.e.s pour aller à la rencontre des passants. D'autres se joindront à ce petit groupe durant l'après-midi.

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 Voeux mode d'emploi :

Sur la table des morceaux de tissus découpés en forme de feuille sont proposés pour écrire (au feutre) un voeu sans aucune restriction ni jugement ni question. Une ficelle permet de le suspendre à une branche pour le laisser flotter au vent léger. Tous les âges, tous les profils sont venus peu à peu dans l'après-midi, même un groupe de jeunes filles toutes de blanc vêtues dont l'une enterre sa vie d'avant le mariage sous peu !

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A côté du Bosquet, on creuse tour à tour près d'une remorque chargée d'un matériau qui pourrait être du compost et qui attend visiblement son déchargement. Tâche rude : après le terrassement soigneusement délimité, une construction est érigée peu à peu. Il faut bien l'après-midi en se relayant pour monter la structure, scier, clouter...

Pendant ce temps, les passants passent ou s'arrêtent, demandent et, interressé.e.s par cette initiative on ne peut plus non-violente, se mettent à chercher un voeu sans avoir à chercher beaucoup. La difficulté étant principalement de n'en mettre qu'un ! Très vite la structure du Bosquet se couvre de pétales de tissus portant fièrement ces voeux. Des discussions impromptues s'engagent sur le réchauffement climatique et sur la végétalisation de cette place qui tarde à venir selon les organisateurs. C'est l'occasion de se rencontrer décontracté.e.s mais aussi de dire et partager sa crainte des bouleversements en cours, climatiques et sociaux : ce ne sont pas les paroles rassurantes à bon compte qui rassurent mais l'action, le débat sans fard, les engagements tenus, la résistance collective. La justice climatique se mêle à la justice sociale dans les têtes, dans les conversations.

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C'est parti et bien parti. Chacun peut apercevoir de loin sur la place un attroupement et davantage, une joyeuse petite foule qui se presse, se prend au jeu qui n'est pas, sur le fond loin s'en faut, un jeu. Evident : cette inquiétude largement partagée à tous âges des conséquences du réchauffement climatique facilite l'engagement d'un grand nombre de visites et de voeux (vous en saurez le compte un peu plus loin). Et puis, on se parle comme rarement dans la vie de tous les jours à marcher, rouler, courir après un transport, une heure pour rentrer, une heure pour sortir.  Un brin de musique agrémente l'instant.

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Diana et son beau sourire éclatant s'installe au haut et au centre de la structure pour planter le tissu sur l'arbuste mal en point qui du coup se pare de belles couleurs qu'il n'avait plus. Soudain, dans le dos, de l'autre côté de la place au même niveau, les Rosies des manifs lancent la musique et la danse pour une chorégraphie inédite qu'elles expérimentent, en tous cas dans la capitale auvergnate ! Nous y allons, c'est à deux pas. Quelle énergie ces femmes volontaires et en bleu de travail qui clament "A cause de Macron" !

J'ai quand même l'impression de deux mondes presque parallèles : celui qui se préoccupe du climat et l'autre de la justice sociale ! Pourtant le destin de l'un est le destin de l'autre comme les deux faces d'une même feuille : Justice climatique et sociale sont un seul et même tonneau, même combat ! Pourtant, pas beaucoup des uns dans les manifs des autres sauf des individualités et des Gilets Jaunes sur les deux rives.

Nouvelle chorégraphie © GeorgesAndréPhotos
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Cette fois l'après-midi s'avance. Le soleil se cache derrière des nuages sombres. La température devient plus fraîche, le jour décline. Déjà 16h30 au moins. Le Bosquet est couvert de pétales colorés. Dévoilons donc cette réussite puisque que vous voilà à la fin ou presque de cette chronique en images : 1000 feuilles de tissus avaient été préalablement découpées et il a fallu en découper environ 50 vers 16h30 pour pouvoir continuer à accrocher des voeux. Quand on dira que le peuple ne sait pas ce qu'il veut ! La parole et des actes, pas du pain et des jeux à la sauce antique du fric-roi, tellement roi que ces roitelets ne veulent rien lâcher mais en prendre, encore et encore, toujours plus !

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Le composteur : "C'est la première pierre née de la nécessité de construire. Son rôle est d'accueillir les déchets compostables de tout le monde (un panneau descriptif de ceux-ci sera mis prochainement). Déchets au centre et diffusion sur la terre périphérique pour nourrir des plantes" me précise une organisatrice qui situe "cette action dans la continuité des actions de végétalisations précédentes et vise à se multiplier partout."

Les enfants, leurs parents, des anciens, des nouveaux, des jeunes vieux et des vieux jeunes et toutes les tranches intermédiaires sont venus cet après-midi déposer un seul voeu parmi tous ceux qui trottent dans la tête et pas qu'au nouvel an.      

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Quel âge aura ce petit bout de chou déjà bien vive qui s'amuse ici en 2030, 2040, 2050 et qui pourrait voir l'année 2100 ? C'est pour ces enfants d'abord que nous nous battons pour un autre avenir déjà bien plombé, pour elles et eux qui auront 40, 50 ou 60 ans dans ces années où la planète bien chauffée à point et les retraites indignes demanderont des comptes, de sérieux comptes à ceux qui n'auront fait qu'amuser la galerie croyant la tromper. Ils pensent s'en tirer seul.e.s par leur fric volé aux plus pauvres et aux peuples, quelle illusion ! Moi, je serai "sauvé" par le gong final et basta ! Alors lutter encore pour la solidarité et la fraternité, si fragiles, si provisoires même dans ces luttes, c'est tout ce qui me reste pour vivre debout, ne pas s'en aller comme un voleur. Résister c'est vivre.

 D'autres photos de cet après-midi ensoleillé de bien des manières

1000 voeux © GeorgesAndréPhotos

 Elles lancent ce cri les yeux bandés pour ces femmes chiliennes et toutes les femmes

Claudia, l'initiatrice chilienne sur Clermont nous explique :

Interview de Claudia

« Le patriarcat est un juge qui nous juge à la naissance. Et notre punition c'est la violence que vous ne voyez pas. Le patriarcat est un juge qui nous juge à la naissance. Et notre punition c'est cette violence que tu vois. Ce sont les féminicides, l'impunité pour les assassins. C'est la disparition, c'est le viol. Et la coupable ce n'est pas moi, ni les fringues que je portais, ni l'endroit où j'étais. Le violeur c'était toi, le violeur c'était toi. Ce sont les flics, les juges, l'état, le président. L'état oppresseur est un macho violeur. Le violeur c'était toi, le violeur c'était toi. Dors paisiblement petite fille innocente sans te soucier du bandit. Que sur ton rêve doux et souriant veille le policier qui t'aime. Le violeur c'était toi, Le violeur c'est toi

Flashmob solidarité © GeorgesAndréPhotos

Face à la Maison de la Culture © GeorgesAndréPhotos

Pour mieux comprendre cette manifestation : "Le violeur, c'est toi !": une chorégraphie féministe chilienne.

et aussi, en espagnol :  la marea feminista chilena que canta contra el machismo

Le foulard chiluen actuel pour dire oui à l'avortement Le foulard chiluen actuel pour dire oui à l'avortement

Sur ce foulard ramené du Chili : "Avortement libre, sûr et gratuit - Pas assez de trois causes" qui sont : Viol, malformation fœtale et risque pour la santé de la mère.

 

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