Plus de démocratie pour résister et penser l'avenir

Triste nuit, triste réveil, triste journée pour la démocratie, pour la France, pour le peuple français, pour ces familles endeuillées. Triste bilan non encore définitif, déjà effrayant !

 L'information en continue déverse son lot de répétitions, son lot de conjectures abreuvant nos écrans d'images en boucle comme à chaque événement traumatisant.

 Oui, le terrorisme est une abomination, une barbarie qui choque, sonne, fait peur mais qu'avons-nous fait pour en arriver-là  ? Un événement imprévisible ?

  •  Qui a envahi l'Irak sous un prétexte inventé de toutes pièces d'armes de destruction massive en représailles au 11-septembre ? Qui a voulu y importer la démocratie et n'a laissé que le chaos ?
  •  Qui a laissé pourrir la situation syrienne quand le régime d'Assad a bombardé et gazé son peuple, dès le début des manifestions pacifiques à Damas, laissant là-aussi un chaos dévastateur où ne reste plus que la barbarie d'Assad face à la barbarie de l'EI ?
  •  Qui a laissé ces quartiers en déshérence où de jeunes désespérés sans repère, sans autre identité que la violence d'un «  Djihad  » décérébré, jettent leur jeunesse et leur folie meurtrière dans cette aventure morbide ?
  •  Qui, menant une politique libérale – proclamée la seule possible - au profit des financiers, des grands groupes internationaux, a laissé le chômage gangréner la société depuis quatre décennies ?
  •  Qui a laissé tant pourrir cette situation française que les extrémismes deviennent acceptables et tentant, ne laissant rien à la pensée, à la tolérance, à la fraternité ?
  •  Qui pratique cette réalpolitique faites de connivences, de silences complices, de commerces (notamment d'armes), face aux dictatures, face aux régimes qui flinguent, torturent, emprisonnent à discrétion ?
  •  Combien d'hommes et de femmes politiques corrompus, convaincus de fraudes, d'enrichissements, d'illégalités diverses longtemps ignorés et pourtant connus qui ont le service de la France plein la bouche, responsables de cette défiance terrible envers la classe politique dans son entier ?
  •  Combien de patrons malfaisants, privés et publics, qui mènent au suicide, à la dépression, au burnout leurs salariés pour gagner encore plus quelqu'en soit le prix pour les autres et la société française ?
  •  Combien d'organismes censés protéger le public sont noyautés par des « sommités indépendantes », cheval de Troie de grands groupes, alimentaires et agroalimentaires, sanitaires, pharmaceutiques, nucléaire, dans la construction … ?
  •  Combien de lanceurs d'alerte poursuivis pour démonter les connivences, les atteintes à l'ordre public, la mise en danger d'autrui ?

 

Cette démocratie inachevée, sans cesse remise en cause, sans cesse supposée donner le flan à la barbarie serait notre talon d'Achille par trop de démocratie ! NON, catégoriquement NON  ! Démocratie ne signifie pas naïveté mais c'est encore la démocratie qui permet le mieux de lutter contre les dérives de tous poils, de tous bords. A l'opposé de cette idée, de ces actes, c'est au contraire plus de démocratie et plus de justice sociale qui peut sauver la démocratie. Pas des lois d'exceptions, pas des surveillances souvent illusoires pour de maigres résultats, pas des restrictions aux libertés publiques qui ne sont que des mesures d'urgence et qui ne règle rien.

 J'entends déjà sur les ondes que « les Français sont d'accord pour restreindre leurs libertés ». De qui se moque-t-on ? Cette intoxication prépare le crépuscule de notre démocratie dans l'indifférence ou la résignation au nom d'une impérieuse nécessité qui ne se discute pas, qui n'a pas d'alternative.

 Le terrorisme s'est installé durablement sur la scène mondiale. Nous payons le prix et continuerons longtemps à payer le prix de choix économiques désastreux (mais juteux pour certains), de renoncements nationaux et internationaux, d'injustices sociales, de conflits d'intérêt déniés, de discours suffisants pour endormir le peuple.

 Le terrorisme met la démocratie en danger par les dispositions légales, politiques, administratives, sécuritaire que cette démocratie peut prendre pour répondre à cette agression (comme le Patriot Act et l'intervention américaine en Irak, avec le tragique « succès » que l'on connaît, ont été mis en œuvre aux USA pour répondre au 11-septembre). Comme si la démocratie agressée devait renoncer à être elle-même, comme si elle était réservée aux jours heureux, au ciel serein. Un surcroît de démocratie et de responsabilité est la meilleure réponse à donner à cette obscurantisme meurtrier.

 Aujourd'hui les conséquences de cette nuit tragique sont difficilement discernables, peut-être pour peu de temps. Les élections régionales, la COP21 approchent. Gardons le sang-froid qui permet de penser, de dire et d'agir sans céder aux sirènes des promesses jamais tenues de ceux qui savent susciter les pires instincts, qui enferment l'avenir dans la haine, le rejet et la peur de l'étranger.

 La démocratie a une exigence : penser.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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