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Billet de blog 24 avr. 2017

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Des bons et des mauvais immigrés : la communauté portugaise et le FN

Pourquoi des immigrés portugais ayant obtenu la nationalité française, ou leurs enfants, votent-ils FN ? Sont-ils nombreux à avoir voté Le Pen à ces dernières élections ? si les Portugais sont aussi racistes que n'importe qui d'autre, pourquoi l'extrême droite au Portugal est-elle si insignifiante comparée à celle des autres pays européens ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Aujourd'hui, lendemain d'élection présidentielle où Marine Le Pen s'est qualifiée pour le second tour, un appel à manifester a été lancé sur facebook : "Portugais Unis Contre le Front National".

Aujourd'hui également, est paru dans le journal portugais Diário de Notícias un texte de la journaliste Fernanda Câncio intitulé : "Portugal et l'extrême droite". Ce texte fait écho à des débats qui ont circulé dans la communauté portugaise ces derniers jours, débats et discussions qui avaient déjà eu lieu lors des dernières élections départementales de 2015 (voir le post d'Arthur Porto).

Une des questions posées par le texte est la suivante : pourquoi des immigrés portugais ayant obtenu la nationalité française, ou leurs enfants (2ème ou 3ème génération), votent-ils pour un parti qui fait de l'étranger la source de tous les maux de la société française ?

Autre question, à laquelle il est impossible de répondre : sont-ils nombreux à avoir voté Le Pen à ces dernières élections ?

Troisième question : si les Portugais sont aussi racistes que n'importe qui d'autre, pourquoi l'extrême droite au Portugal est-elle si insignifiante comparée à celle de beaucoup d'autres pays européens ?

C'est l'occasion pour moi d'initier ce blog avec quelques remarques rapides sur la question du racisme, du FN et de la communauté portugaise de France :

- Au Portugal, l'extrême droite n'existe presque pas électoralement. Mais cela ne signifie pas que le racisme est inexistant. Loin s'en faut. Fernanda Câncio, exemples à l'appui, que tout Portugais reconnaîtra, rappelle que les discours et autres comportements racistes et xénophobes ne sont pas exceptionnels que ce soit envers les Roms, les Noirs, ou les Musulmans,

- Les Portugais non-blancs, originaires des anciennes colonies, sont pratiquement "invisibles" au Portugal, cantonnés dans des ghettos. "Où sont les Noirs Portugais ?" demande Fernanda Câncio, et de rappeler que, sauf rares exceptions, ils n'apparaissent pas à la TV, au Parlement, à l'université : ils ne (se) manifestent pas.

- Fernanda Câncio rappelle l'une des principales explications données à ce racisme paradoxal des immigrés portugais de France envers les autres catégories d'immigrés : beaucoup d'entre eux, analphabètes ou presque, ont grandi sous le régime dictatorial de Salazar, soumis à une intense propagande coloniale et xénophobe, et ont transmis leur vision du monde à leurs enfants.

- Aux dernières élections français locales, la communauté d'origine étrangère la plus représentée sur les listes de candidats FN était la portugaise.

- Parmi les rares études sur le sujet, les jeunes Français d'origine portugaise seraient ceux qui voteraient  le plus FN.

- Des fils d'immigrés portugais sont investis dans le Front national Jeunesse, à des postes élevés.

- Il a été facile, pour les médias portugais, de faire des reportages sur les élections présidentielles françaises et de trouver des témoignages de Portugais ou de "Luso-descendants" qui affirment leur soutien au Front national.

- Il est assez facile de trouver dans les réseaux sociaux lusophones des commentaires de personnes soit ouvertement racistes envers les "Arabes" ou les "musulmans" soit affirmant ne pas être raciste mais déplorant le comportement ou la présence de "ces gens-là".

- Celles et ceux qui votent FN le font "à cause de l'immigration". Qu'ils soient eux-mêmes immigrés ou fils d'immigrés ne les gêne pas. "Les "Noirs" et les "Arabes" ne sont pas des immigrés comme nous, nous, nous sommes intégrés, nous ne créons pas autant de problèmes qu'eux". En résumé :"Nous sommes de bons immigrés, pas eux."

Il n'y a pas d'études "ethniques" en France, on ne saura donc jamais combien de Français d'origine portugaise ont voté FN hier. La discussion peut donc se poursuivre.

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