Affaire Kerviel : préjudice et gain, quelques questions

Pour fixer le préjudice de la Société Générale, le tribunal retient une perte de quelques 6,45 Mds € dont il déduit 1,4Mds€ de gains faits grâce à Kerviel en 2007.

Ceci parait poser un certain nombre de questions.

Il s'agit d'abord de la reconnaissance d'un profit de 1,4 Mds € résultant de la quasi intégralité des opérations faites par Kerviel. D'abord ce gain, colossal, parait démontrer que Jérôme Kerviel ne cherchait pas à nuire à la Société Générale. Ceci met en dout le caractère intentionnel qui caractérise une infraction pénale, et prive de toute crédibilité l'argumentation de la Société Générale quant à son défaut de connaissance des pratiques de JK. Peut on vraiment accepter l'argumentation de la Société Générale qui prétend s'être réveillé tout d'un coup et avoir découvert qu'il y avait 1,4Mds € de profits ? Et comment le tribunal peut il justifier que les opérations de Jérôme Kerviel étaient licites quant elles étaient profitables, mais illicites quant elles étaient à perte ? Car si les opérations de Jérôme Kerviel étaient illicites en 2007 les profits faits par cette opération devraient être confisqués !

Par ailleurs le tribunal qui a constaté une perte de 6,45 Mds€ ne s'est manifestement pas interrogé sur cette perte. On aurait du pourtant chercher à savoir qui étaient les heureux bénéficiaires du jackpot . Le tribunal évoque des risques considérables dont il aurait été inconcevable pour la Société Générale qu'ils soient pris par un trader, mais si c'est le cas, il en est de même pour ceux qui se sont portés contre partie dans ces opérations. Si ces pertes sont illicites, les gains devraient l'être aussi . Comment se fait il qui étaient de l'autre côté des opérations. En aout 2007 le Forex avait attiré l'attention de la SG sur ces opérations, et était manifestement capable de retrouver les deux côtés de la transaction (ce que la SG a refusé d'entendre). Comme le liquidateur de Madoff le fait, la Société Générale aurait pu demander la restitution de sommes manifestement mal acquises. Sur tout ceci motus. Soit la Société Générale est négligente, soit il y a un "lézard". Dans un marché où la SG était l'intervenant prépondérant, peut on imaginer qu'un autre desck, parfaitement au courant des opérations, s'est porté contrepartie et ainsi a permis une opération blanche, qui inversement permettait d'expliquer 4,9 Mds € de pertes

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