L’humanisme de la société disparaît avec le dogme du quantitatif. Ce dogme résulte du culte de la technique . On prétend pouvoir tout mesurer pour quantifier et mettre en paramètres. Les données quantifiées sont collectées, enregistrées, traitées. La mécanisation du calcul ne pouvait être que des aides à la décision, l’informatique ouvre des possibilités qui sont transformées en besoins et en solutions pour la décision. L’économie et la finance sont dominées par les techniques quantitatives. Dans les services la qualité est appréciée quantitativement, elle est normalisée : on note, on fait du « rating », on classe. Tout est classé suivant des critères quantitatifs, y compris les systèmes de droit, les performances des enseignants et chercheurs, la culture . Le calcul est censé être la seule base de décision, tous les aspects subjectifs tels que l’intuition disparaît, la spécificité individuelle disparaît. Pour permettre l’utilisation d’équations mathématiques et de formules probabilistes, pour permettre les traitements informatiques, toute individualisation est ignorée. Non seulement il y a déshumanisation, absence de prise en compte de tout aspect comportemental mais il y a aussi transformation de tout objet d’étude en clone , en objet interchangeable, en actif redondant. Les notions qui étaient des notions reposant fondamentalement sur des critères psychologiques sont déshumanisées : le crédit était fondé sur la confiance, il ne se décide plus que sur la base du rating.
Cette tendance s’est développée parce que le déterminisme probabiliste correspond aux philosophies de déterminisme social aussi bien qu’aux philosophies de marchandisation. Elle a paru une rationalisation alors qu’il est absurde de croire que la raison, l’invention et l’intelligence se mettent en formules . La crise financière démontre l’échec dramatique de cette arrogance, la refondation de la société passe par le retour à l’humanisme , au retour du qualitatif sur le quantitatif. Le propre de l'homme est la volonté , il n'est pas le jouet inerte du passé, l'ignorance n'est pas le hasard, les facteurs subjectifs sont imprévisibles : les martingales ne relèvent que des casinos, les "cygnes noirs" ne sont pas de l'imprévisible, mais de l'inconnu, la puissance de l'informatique n'est rien au regard de l'intuition.