Les écoles différentes

On ne peut pas dire que l’école tienne une grande place dans l’actualité médiatique, sauf quand certains journaux ont l’impression de sortir un scoop en mettant en avant une « école alternative » tout droit arrivée des États-Unis.

Ou encore en parlant d’un film, « Être et devenir » par exemple, qui plaide pour la déscolarisation des enfants en l’affublant d’un nom américain pour faire plus original.

Rendons grâce au philosophe américain Dewey dont les idées ont inspiré Ovide Decroly, Maria Montessori et Édouard Claparède, trois médecins-psychologues à l’origine de l’éducation nouvelle.

Mais pour ce qui est des écoles où les enfants sont libres, les Allemands, dès le début du XXe siècle, avaient déjà créé des écoles « libertariennes », et les « libres enfants de Summerhill » avaient déjà enthousiasmé les jeunes en 68.

Cette école « américaine » apparaît ainsi plus comme une opération de marketing commercial que comme une innovation pédagogique.

Quant à l’éducation en famille, elle est pratiquée depuis fort longtemps en France comme dans d’autres pays ; il y a quelques années, certaines de ces familles se retrouvaient dans l’association « les enfants d’abord ». Rien de nouveau donc dans ce domaine. Sinon que l’éducation familiale n’est pas une éducation à la vie en société et que la déscolarisation doit être accompagnée par la participation des jeunes à des activités collectives, par exemple, dans des associations culturelles ou sportives.

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Les écoles « alternatives » sont-elles la solution d’avenir ?

Certaines se situent dans l’enseignement public, comme le lycée autogéré de Saint-Nazaire ou l’école Decroly de Saint-Mandé ; ou encore comme ces classes « Freinet » jadis nombreuses dans des petites écoles de campagne aujourd’hui fermées, parce que « non rentables ». Elles réussissent parfois à se regrouper dans des écoles urbaines, comme à Brest.

Ou encore comme l’école Vitruve dans le 20e arrondissement de Paris, dernière survivante de l’initiative d’un inspecteur primaire, Glotton, qui présida un temps le groupe français d’éducation nouvelle (GFEN).

Officiellement intégrées, mais en même temps marginalisées, ces écoles, ces classes ne sont jamais assurées du lendemain. Cette incertitude amène parfois certains enseignants à se tourner vers des écoles privées non confessionnelles : la plus ancienne d’entre elles est l’école des Roches, fondée en Normandie en 1899. Vient ensuite l’école de Vence, construite en 1934/35 par Célestin Freinet, poussé à démissionner de l’éducation nationale par l’extrême droite. Rachetée en 1991 par l’État, elle est aujourd’hui une école publique à statut « expérimental ». L’école de la Source fut fondée en 1946 à Meudon, dans l’esprit de « l’éducation nouvelle ».

Mais les plus nombreuses de ces écoles répondent d’abord à la demande de familles insatisfaites du fonctionnement du système scolaire officiel, qu’il soit public ou privé et confessionnel.

Les plus courantes (un peu plus de 200 en France) sont les écoles Montessori. A priori, ces établissements reçoivent les très jeunes enfants, de trois à six ans ; mais elles se prolongent aussi de plus en plus souvent par des cycles deux et trois de l’école élémentaire et même parfois par des classes de collège. Leur implantation résulte en général de la rencontre d’une ou de plusieurs éducatrices avec un groupe de parents motivés.

Certaines de ces structures privées non confessionnelles sont nées d’initiatives personnelles comme le lycée Sophia créé par Philippe Ackermann ou la Living Scool, par Caroline Sost, tous deux venus du monde de l’entreprise, que rien ne prédisposait au départ à se lancer dans cette voie.

La plupart du temps, il s’agit d’écoles privées hors contrat, ce qui entraîne des frais de scolarité parfois importants (pouvant atteindre 5 à 600 € par mois et par enfant). Ce seul fait limite leur portée : elles permettent souvent à des enfants et à des adolescents en déshérence dans l’enseignement traditionnel de reprendre confiance en eux et de retrouver le goût d’apprendre. Par contre, même si les coûts de la scolarité étaient très bas, du fait de leur caractère privé, ces écoles « alternatives », quel que soit leur intérêt, pédagogique, seront toujours en marge du système éducatif national et ne participeront probablement jamais à sa refondation.

L’exemple de l’école des Roches est clair : près de 120 ans après sa création, qui en connaît seulement l’existence aujourd’hui ?

C’est pourtant cette école privée qui inspira les créateurs de « l’éducation nouvelle » au début du XXe siècle ; c’est dans cette école que Gustave Monod fut professeur dans sa jeunesse. Ce même Gustave Monod qui, dans les années d’après la guerre, fut directeur de l’enseignement secondaire en France ; qui, à ce titre, mit en place la commission Langevin Wallon et créa les « classes nouvelles » dans de nombreux lycées en 1946 (classes couvertes d’éloges en 1952 par le ministre qui… les ferma !)

Les écoles alternatives du secteur public sont gratuites et, à ce titre, accessibles à tous… « dans la limite des places disponibles » selon une formule bien connue. L’école Freinet de Brest pourrait accueillir plus d’enfants si… l’académie ouvrait une classe de plus. Et ce n’est pas un cas unique.

Ces écoles, ces classes « différentes » parce qu’elles sont à l’intérieur même du système, pourraient, quant à elles, être les ferments d’une réelle métamorphose de notre École. Mais pour cela, les enseignants-éducateurs, qui s’y sont engagés avec tout leur enthousiasme, ne pourront pas vaincre les résistances sans l’appui des femmes et des hommes de « la société civile » qui luttent dans d’autres domaines* pour faire émerger une société plus humaine.

*Voir à ce sujet cet autre texte que nous avons publié sur notre site :

 

http://blog.assoreveil.org/vers-un-nouveau-reseau-reveil/

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