Une retraite méritée

Je voudrais partager les idées politiquement correctes qui présentent cette réforme comme un dispositif injuste. Elle l'est probablement. Mais les arguments que j'entends sont qu'il faut défendre les retraités à 45 ou 50 ans - en tous les cas, bien avant 60 ans - au nom d'un certain mérite que, manifestement, d'autres n'ont pas.

Il y aurait ainsi à défendre le privilège des boulots plus "pénibles" desquels ne font pas partie les moniteurs auto-école (j'en suis un).

Selon qui l’on est, la retraite est un droit, ce n’est pas un privilège, ou la retraite est un privilège, ce n’est pas seulement un droit. On envisage aussi la retraite sous la forme d’une évidence : on travaille pour devenir retraité. "Je suis rentré dans ce boulot parce que la retraite est à à 50 ans" : la retraite est un projet de vie, un objectif, un but. Pourtant, la retraite est un privilège au regard de la vie animale, la vie « bio » - et c’est tant-mieux si tout était fait pour qu’il n’y ait pas de privilégiés d’entre les privilégiés -.

Ce n’est pas le cas. Je connais des personnes qui sont retraitées vers 40 ans. D’autres vers 50 ans. Si la majorité est en retraite après 60 ans, peut-on dire que ceux qui en bénéficient 10 ou 15, voire 20 années avant, sont privilégiés ? Je pense que OUI. En quoi un moniteur ou une monitrice auto-école parent de 3 enfants est-il ou est-elle moins méritant(e) en la matière qu’un enseignant ou une enseignante de l’Éducation Nationale parent de 3 enfants ? 

Alors, dans quelle mesure devrai-je partager cette lutte qui, à vue d'oeil, ressemble à une anti-révolution, puisqu'il s'agit de maintenir en l'état des privilèges ?

Je pense que dans la lutte actuelle contre la réforme des retraites, les institutions sociales plus ou moins représentatives instrumentalisent de façon hautement démagogique une lutte contre la réforme mais pour le maintien des privilèges. C’est une anti-révolution française, c’est la continuité des gilets jaunes, on est tous contre, mais pour des raisons contraires. Les extrêmes se rejoignent pour qu’à la fin une majorité paye la conservation des choses en l’État.

Voici donc le mot d'ordre que je perçois : le retraité de 45 ans pense mériter sa retraite ? Ensemble, luttons avec lui pour une méritocratie anti-républicaine !

Georges HOAREAU

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