Le néant de la « violence routière »

FORMATION & SÉCURITÉ n°287 01 / 2021, courrier des lecteurs : "La ligue Contre la Violence Routière ... a décidé d'attaquer en justice chaque Président de département ayant eu le courage de repasser des routes à 90 km/h !" Pourtant, la récente limitation à 80 km/h sur route est une pollution du code de la route en ce qu’elle tend, à plusieurs titres, au déni de l’humain dans l’homme au volant.

 

 

Les conséquences humaines des accidents de la route peuvent être catégorisés de différentes façons par différents concepts : en « accidents de la route », en « drames routiers », en « fatalité », en « sinistralité routière », etc. Il est une catégorisation qui se complait, à tort, dans une qualification violente en elle-même parce qu’accusatrice, donc culpabilisatrice, il s’agit de celle de « violence routière ». Derrière le mot violence, en effet, on pointe une intention malveillante.

 

La violence routière se définit comme l’agression d’usagers les uns envers les autres, peu importe le caractère volontaire ou non de cette agression. Cette violence est selon ce point de vue la conséquence de l’usage de l’automobile sur la route. Mais l’automobile, comme la route, dans cette affaire, sont préjugés innocents ou pas totalement responsables car dans 95% des cas, c’est son conducteur qui n’aurait pas eu le comportement adéquat.

 

Dans l’idée de violence, il y a l’idée d’une volonté, du moins, de quelqu’un capable de volonté, même si l’acte ayant causé le dommage est involontaire. Logiquement, lutter contre la « violence routière » implique alors de s’attaquer à cette volonté. Le pas idéologique est vite franchi pour cela, consistant à vouloir tuer l’humain dans l’homme au volant pour en faire un conducteur dénué d’une volonté propre, au mieux pour en faire un homme limité.

 

Comment agit cette idéologie ? Le plus naturellement possible, à la manière d’un virus – c’est à la mode -, en tentant d’entrer dans le code de la route par la pensée affectée, pour le coup, infectée, des décideurs politiques que l’on aura harcelé sur « les vies » sauvées quand la limitation de vitesse tend vers zéro… l’infamie, l’anathème et les poursuites judiciaires leur étant promis s’ils résistent à cette promesse de « sauver 800 vies » chaque année.

 

On sait que l’absurdité se niche souvent dans l’esprit ainsi affaibli des hommes de bonne foi, qui, par leur fonction, justement, doivent avoir foi en des notes de synthèses au risque alors d’une décision prise sur le pouce de la superficialité. Passer, en effet, de la limitation de 90 km/h à 80 km/h fait gagner 800 vies, mais la passer à 15 km/h fait sauver les 3000 vies restantes. Alors, pourquoi pas ? Pourquoi sauver 800 vies n’est pas absurde mais sauver 3600 le serait ?

 

Il faut le demander aux militants de la « violence routière » qui marchandent cyniquement seulement 800 vies alors qu’en exigeant des élus une vitesse de zéro maximum sur route, ils sauveraient la France entière de la sinistralité routière. C’est absurde... du coup, il faut savoir les laisser à l’absurdité de leur concept de « violence routière » qui, pris à la lettre, en voulant tendre vers zéro, est un concept immobiliste : le néant qui est visé c’est aussi leur idéologie.

 

Il convient dès lors par principe de rejeter avec force ce militantisme absurde, de ne pas adhérer à l’idée que l’accident de la route résulte d’une volonté de tuer son semblable ou soi-même ni à celle que pour casser cette soi-disant volonté, il convient de culpabiliser à outrance tous les acteurs de la sécurité routière et en premier, le conducteur lui-même. Il convient justement que le conducteur, dans le contexte d’un code de la route non pollué, soit un acteur non-coupable.

 

Le code de la route, au contraire de cette idéologie, a en effet pour but l’exercice d’une volonté collective du vivre ensemble dans un système de contraintes. Du coup, il s’attaque par le bon côté à la question de la volonté : non pas en tentant de l’annihiler, mais en la développant chez chacun, ce, ne l’oublions pas, grâce au travail des moniteurs auto-école[1]. Il s’agit de développer la volonté de partager la route par une prise de conscience de la problématique d’autrui.

 

Beaucoup de choses restent à développer en matière de prévention des risques routiers, pendant que tendre vers zéro vitesse n’est pas un développement mais une régression. Chaque fois que l’on réduit artificiellement la vitesse de 10 km/h, on régresse sur plusieurs plans et on perd une occasion de trouver d’autres solutions que celle, de facilité, consistant à contraindre encore plus l’usager en multipliant ses probabilités d’infractions. Or, à force de pression, on en fait un usager pressé.

 

Georges HOAREAU

Moniteur auto-école

 

[1] Au passage, les moniteurs font leur boulot dans un contexte technocratique assez déplorable… mais ils le font. Le contenu de l’examen « code » est en effet depuis bien longtemps une farce qui sauve à peine la face et une face qui se cache dans une technocratie incarnée dans un « cahier des charges » (dixit les auditeurs) qui fait la part belle aux paradoxes et au saugrenu…  au détriment de l’apprentissage du code utile. Bref, ce dévoiement de l’examen « code » ne les aide vraiment pas à enseigner le partage de la route.

 

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