le virus de la circulaire

Un article du 3 mars dans le Point, signé de Géraldine WOESSNER, explique comment, à cause du droit européen, la France se prive de 150 000 à 300 000 tests Covid19 par semaine. Comme moi-même, au prétexte du droit européen, j’ai été confronté à un refus d’avoir recours à la formation à distance, je trouve que ce fameux droit européen a bon dos.

Comme on dit, à circonstances exceptionnelles, réponses exceptionnelles. L’Administration, en ces temps, est tiraillée entre ces deux forces que sont, d’une part, les réponses exceptionnelles nécessaires et, d’autre part, le respect de normes dont l’imbécillité est prouvée par le fait même qu’elles empêchent l’action en temps de crise.

Quid de ces tests ? C’est que « depuis une loi du 30 mai 2013, les laboratoires de biologie médicale vétérinaire n'ont plus le droit de traiter le moindre prélèvement issu d'un corps humain, et inversement ».

En résumé, il y aurait 75 laboratoires publics en France capables de produire des tests du coronavirus mais ils se heurtent à un refus ministériel pour des raisons de normes européennes. Cette norme considère qu’il vaut mieux mourir dignement en humain que rester vivant grâce à un vétérinaire.

Du coup, les stocks de réactifs sont vendus aux Allemands. Comme il est dit en effet dans cet article, ces normes européennes « n’embarrassent ni les Allemands, ni les Belges, ni les espagnols qui mobilisent d’ores et déjà toutes les ressources disponibles, y compris leurs laboratoires vétérinaires ».

On doit comprendre alors que quand le Président de la République dit « nous sommes en guerre », il ne faut surtout pas s’attendre à ce que l’Administration française réponde en chœur « à la guerre comme à la guerre ! » car l’Administration est une entité complexe et son démon, tel un virus, se loge dans son envie de bien faire. Ce démon s’appelle « circulaire ».

Même si ce n’est pas toujours le cas – on a plein de preuves d’initiatives administratives intelligentes en cette période -, on est comme sidéré quand on se confronte à ce syndrome de la circulaire qui consiste à bloquer sur la conformité de l’extincteur alors que l’incendie fait rage. C’est comme si l’Administration entame une stérile valse en trois temps : le problème à résoudre, l’action qui serait pertinente et… l’inaction imposée par une norme.

Pourtant, entre une prudence qui ne peut qu’être rationnelle et ce syndrome de la circulaire se situe ce qu’on appelle la pragmatique, laquelle est une intelligence pratique à convoquer notamment en période de crise. La pragmatique est le vaccin qu’il faudrait à la France pour rendre définitivement inoffensif ce virus de la circulaire.

Georges HOAREAU

 

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