La profession d’auto-école est un peu agitée en ce moment par une nouvelle banque de questions d’examen que l’on présente comme une « réforme ». Cette soi-disant réforme est de même nature que les précédentes, quand vingt ans après, on change les photos du diaporama par des photos plus modernes mais au contenu aussi saugrenu qu’avant, voire plus. Par exemple, on nous dit qu’il y a de la vidéo maintenant. Par cet argument purement technologique, on perçoit combien l’infantilisation des enseignants et de leurs élèves est un leitmotiv technocratique mais on perçoit aussi le peu de sérieux du ou des technocrates à l’origine de ce petit changement. Passer d’une image fixe à une image animée n’a rien d’une réforme et n’apporte rien, ni à l’évaluation, ni à l’éducation routière.
Que de nouveaux thèmes fassent leur apparition dans ce référencement ne constitue pas non plus une réforme. Certes, cela aurait pu être un développement, sauf que de développement il n’y en n’a pas ici, c’est plutôt une régression au regard des questions que j’ai pu, justement, visualiser. Ce n’est donc même pas une continuité. C’est une tentative d’incantation. Je veux dire qu’un discours venant d’en haut (Ministère) via un « dossier de presse » qui énonce des mots tels que « réforme, nouveaux thèmes, REMC (Référentiel pour l'Éducation à une Mobilité Citoyenne) et compétence » ne laisse qu’un choix au public, aux enseignants et à leurs élèves : celui de croire qu’on a réfléchi pour eux en haut lieux et que ce n’est plus la peine de penser… et ça marche.
Mais celui qui prend le temps d’aller sur le site de la sécurité routière (http://www.securite-routiere.gouv.fr/en-parler-agir/quiz-et-tests/les-nouvelles-questions-de-l-epreuve-du-code-de-la-route ) se rend vite compte qu’il y a plus de questions que l’on qualifie vulgairement de « questions à la con » que de questions servant véritablement et objectivement à évaluer une connaissance utile et nécessaire à la conduite en sécurité. Mais pour ne pas être vulgaire ici, plutôt que de connerie, je parlerai de questions saugrenues.
Par exemple, cette question : « sur un véhicule automatique : j’appuie sur le frein pour retirer la position P (Park) ». C’est de même nature que « sur une voiture à boite mécanique, j’appuie sur la pédale de débrayage pour passer une vitesse », ou encore « pour faire un virage à droite, je tourne le volant : vers la droite réponse A, vers la gauche, réponse B ». Que viennent faire ces questions dans un examen de code de la route ? Ainsi, dans cette épreuve pourtant destinée à des candidats au permis de conduire, on a des questions qui conviendraient à des ingénieurs - concepteurs de véhicules. Par exemple, « pour être en conformité avec la réglementation, ma voiture ne doit pas émettre un bruit supérieur à : 60 décibels, 74 décibels, 82 décibels, 90 décibels » ; Ou qui conviendraient à un examen de magistrats : « si on n’obéit pas à un agent qui fait signe d’arrêter, on encourt : une amende de 3750 euros et/ ou une perte de six points ».
On ne demande pas si le niveau de bruit à l’échappement est règlementé ou si le refus d’obéir à un signal donné par un agent est grave. Ce serait trop simple ! Si je peux me permettre – je prends sur moi, je me l’autorise -, cette question de décibels est le signe chez son auteur d’un bruit – au sens communicationnel du terme - dans son cerveau. Ce dernier nous dit par ailleurs que la plupart des questions sont des « questions de bon sens ». Il faut vraiment que la communauté scientifique s’interroge sur la notion de « bon sens ». Pour ma part, je crois que c’est une façon de faire taire les critiques à l’avance en culpabilisant ceux dont le bon sens ne serait pas celui de l’auteur.
Entre ces questions saugrenues et celles qui ne servent à rien, il existe paradoxalement des questions dangereuses pour la sécurité des motocyclistes. Ainsi, par exemple, pour faire prendre conscience de l’expérimentation de l’autorisation dans 11 départements de remonter les files par les motards, il est demandé « malgré la faible vitesse, je continue à regarder autour de moi ». Cette question est extraordinaire d’absurdité car elle laisse penser qu’à l’époque où la remontée de files par les motos était interdite, ou bien dans les départements où cette remontée n’est pas encore expérimentée, il n’était pas ou il n’est pas nécessaire de regarder autour de soi à faible vitesse. Dans cette même question, il est demandé « je dois rester serré à droite dans ma voie ». Là, si on fait cela, on devient dangereux pour les motards car le mouvement que j’aurais fait vers la droite pour le laisser passer est la seule façon de lui communiquer que je l’ai intégré dans ma conduite. De plus, en restant en permanence serré à droite dans ma voie, je prends des risques avec les autres véhicules qui se trouvent sur ma droite. Mais voyons comment le site de la sécurité routière justifie cette réponse consistant à « rester serré à droite dans sa voie ».
Il est dit « je dois en permanence être attentif à la route, car des motocyclistes peuvent remonter les files lors des ralentissements ». Est-ce la seule raison pour être attentif ? Mais au delà de cela, cette réponse témoigne du danger que représente ce genre de question. C’est comme si les motocyclistes ont commencé à remonter les files depuis seulement le 1er février 2016. C’est dire que les auteurs de ces questions dénient un réel, celui de la remontée de files par les motocyclistes depuis que le deux-roues existe, c’est à dire, depuis plus d’un siècle, ce, au risque de faire croire aux conducteurs novices que dans les départements où la chose n’est pas expérimentée, ce risque n’existe pas. Sur le fond, par conséquent, la conclusion que l’on peut tirer de ces questions saugrenues, c’est que leur auteur n’est pas très sérieux.
Mais une chose m’interpelle. C’est que personne ne s’offusque du contenu. Il existe un déni du droit de regard sur ces questions, du droit d’interpeller le Gouvernement sur la difficulté inutile pour l’éducation routière de ces questions d’examen. Ce serait pourtant un devoir si on avait cette éducation en point de mire. Car le Ministère de l’éducation routière construit encore plus le rejet du code de la route par les futurs conducteurs du fait de ces questions alambiquées, qui sont effectivement plus difficiles, non pas du fait d’une plus grande exigence en matière de connaissance du code de la route ou du code de la conduite, mais par l’émiettage, par l’atomisation, par la bêtise des questions. La difficulté de ces questions relève de l’artifice car ce n’est pas la connaissance utile qui est évaluée mais le détail qui tue. On aggrave encore une tendance à décontenancer le candidat plutôt qu’à l’évaluer.
Décontenancer, c’est enlever de la contenance, c’est abrutir. Il y eût par exemple cette question « que signifie le terme TWI sur le flanc d’un pneu ». Cette question n’y est plus mais avec cette soi-disant réforme elle revient par d’autres questions aussi inutiles qu’absurdes. Les auteurs de ces questions, incapables de concevoir des questions véritables qui évalueraient des connaissances fondamentales, se rattrapent avec des questions mal fondées et mal formulées, qui leur donnent l’illusion d’une plus grande exigence par rapport à la sécurité. C’est une hypothèse basse. Car peut-être en sont-ils conscients et qu’ils jouent volontairement le jeu des lobbys.
Ce qui est sûr, les candidats et les moniteurs pour qui leur métier a encore un sens sont les perdants de cette réforme. Y trouveront sans doute leur compte les éditeurs de tests et les sites internet qui vont profiter de l’aubaine pour attirer le client. C’est pour cela sans doute que personne ne bouge, même pas les associations de consommateurs qui mènent un combat médiatique pour le développement du low-cost auto-école et du « code en ligne » sans voir le dépérissement social qui se cache derrière.
Georges HOAREAU