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Billet de blog 9 février 2015

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AUTO-ÉCOLE : si Macron a raison, aurons nous raison de Macron ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les syndicats auto-écoles sont unanimes : Macron est synonyme de trahison car il ferait preuve d’un « mépris profond » à l’égard de notre profession. Bref (je reprends les termes) « il nous prend pour des cons ». Alors, emporté par une solidarité de bon aloi, je manifeste un peu aussi… Mais en y réfléchissant, je ne suis pas sûr d’avoir raison. J’ai l’impression que l’on prête à Macron des intentions qu’il n’a pas, celle par exemple, de « livrer la profession aux lobbies financiers ». Les financiers, en général, ne sont pas intéressés par la misère : ils ne l’achètent pas car ils peuvent la fabriquer !

Au contraire, il me semble voir dans son projet de loi, à Macron, une avancée, certes très perfectible, mais une avancée quand même, vers une sortie des auto-écoles du marasme économique qui les frappe. Et ce marasme économique, je l’attribue à l’impuissance chronique des syndicats à proposer un modèle économique viable à la profession d’auto-école (le moment est venu de prier un peu : mon dieu, faites que je ne sois pas lynché pour mes propos). Actuellement, cette profession joue perdant – perdant : le permis est trop cher pour les candidats pendant que les auto-écoles sont pauvres !

Depuis 1990, j’entends mes collègues moniteurs se plaindre du seuil de 20 heures que l’on impose comme minimum de formation. Macron enlève aujourd’hui cette épine de notre pied et que faisons-nous ? nous manifestons ! Non mais ! serions-nous des enfants capricieux ? Depuis toujours, j’entends mes collègues moniteurs se plaindre du manque de places d’examen et de l’incapacité des inspecteurs à atteindre un taux de réussite de 80 %. Macron met à notre disposition un corps de fonctionnaires supplémentaire, celui de la poste, et que faisons-nous ? Nous n’en voulons pas, nous manifestons pour pleurer nos inspecteurs pourtant mal aimés !

Il semble que nous voulions misérablement rester accrochés à notre petit marché de misère, pardon de sécurité routière, et que personne n’y touche ! Ce n’est pas une réaction digne et adulte. Dans cette affaire, on ne nous enlève pas grand chose, on nous en donne plutôt : on met en place de nouveaux lieux d’examens, on nous donne aussi la possibilité de sortir de nos bureaux pour faire notre travail. Même si le marché de la formation des conducteurs va s’ouvrir un peu au passage (ce qui fait peur, c’est normal), à l’arrivée, cette loi n’est ni taillée, ni macérée, pour nous faire du mal.

Moi, il me semble que si nous accompagnons le mouvement Macron, nous en sortirons grandis. Et, précisons, pas du tout dans la perspective d’accompagner le mouvement de l’adversaire pour  le battre par ippon, mais pour tout simplement permettre une révolution nécessaire de notre métier. Je pense qu’il faut être naïf ou de mauvaise foi pour ne pas voir que le métier se trouve actuellement dans un état de dégradation maximum, et je ne vois pas ce que les auto-écoles, qui depuis bien des années ont déjà tout perdu sauf leurs illusions, auraient à perdre avec cette loi Macron.

Certes, il est possible que la tâche sera facilitée pour les candidats libres et les loueurs de voitures doubles commandes. Mais notre problème, qui ne date pas de Macron, c’est véritablement celui de la paupérisation générale de notre profession, autant celle de la plupart des exploitants que celle des enseignants salariés. Notre problème n’est pas du tout que quelques acteurs supplémentaires empiètent un peu sur notre fonds de commerce, surtout que rien ne nous empêche de louer des véhicules si nous le voulons.

J’ai donc l’impression, à la réflexion, que l’on s’accroche à quelques petits principes, tels que la sécurité routière qui serait menacée – c’est n’importe quoi -, et à quelques absurdités du projet, telles que l’évaluation en ligne, pour justifier une opposition à une loi, ceci sans voir que ce que l’on gagnera sera supérieur à ce que l’on va perdre.

Georges HOAREAU Moniteur auto-école

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