Nouvel examen de code : quel est le goût du plat que vous voyez sur la photo ?

La réforme de l'examen est un flop. Annoncée comme une révolution, elle l'est en sens inverse de ce qui était attendue : c'est la révolte des candidats et des enseignants. Cette révolte remet aussi en question la posture béni oui-oui des syndicats d'auto-écoles, lesquels sont pourtant dans leur rôle : des syndicats d'exploitants et non pas d'exploités.

Avant d’être l’échec des candidats, le nouvel examen de code est l’échec des technocrates de la délégation à la Sécurité Routière. Il est donc manifeste que cette réforme est un flop, c’est normal, c’est un défi à la psychologie. Ainsi de l’alibi d’une évaluation de la capacité des candidats à percevoir le risque ou d’avoir un comportement adapté à partir d’une image.

Il en résulte des questions insensées, absurdes, piégeuses. Le nouvel examen témoigne d’une arrogance et d’un mépris à l’égard des candidats au permis de conduire tout en étant aussi le résultat d’un concours d’imbécillité naïve. C’est tellement vrai que certains collègues ont jugé plausibles que les auteurs de ces questions  étaient Eric et Quentin du Petit journal de Canal Plus.

Toutefois, si une majorité d’enseignants condamne cet examen, on remarque que les syndicats d’auto-école, tant le CNPA que UNIC, appuyés par le président du groupe ECF, relativisent l’échec de la réforme en l’expliquant par un manque d’implication des enseignants. Eux qui n’ont jamais pu jusque là empêcher la descente aux enfers d’une profession qu’ils sont censés défendre, les voilà qui font porter aux enseignants la responsabilité de cet échec. Ceci explique cela !

Ils pensent que ce nouvel examen est un moyen d’obliger les enseignants à retourner dans les salles de code. Pour faire de nous des décodeurs de l’absurde sans doute ! Si des enseignants ont déserté les salles de code, ce qui reste d'ailleurs à démontrer, c’est qu’ils ont été poussés à la porte. Ainsi, la seule réaction des syndicats devant la tendance à la gratuité de l’enseignement du code est de même nature que les regrets après un décès : quelques paroles de dépit, aucune proposition, aucune réaction sensée.

Néanmoins, ce que les dirigeants de ces syndicats font semblant d’ignorer c’est que la majorité des candidats à ce nouvel examen avaient bénéficié de cours de code en salle et ont échoué quand même. C’est le problème de ceux qui ne sont plus sur le terrain. On perd le contact avec le réel pour celui de la folie. Par exemple, l’idée que l’on peut « évaluer la perception des risques » et « évaluer des comportements » en « lisant » une image. A un CAP de cuisinier, ils ne renieraient pas cette question : quel est le goût de ce plat que vous voyez sur la photo ?

 

Georges HOAREAU

Moniteur auto-école

 

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