Le château hanté de Liliane

Jean-Philippe Renoult revient sur Mediapart avec une nouvelle création inspirée de l'affaire Bettencourt, Out of Breath. A écouter ci-après.

Jean-Philippe Renoult revient sur Mediapart avec une nouvelle création inspirée de l'affaire Bettencourt, Out of Breath. A écouter ci-après.

Le 16 juillet 2010, un mois après notre premier article sur ce qui allait devenir l'affaire Bettencourt, Mediapart publie Vox populiste, une pièce sonore réalisée à chaud par Jean-Philippe Renoult, artiste du son sollicité pour l'occasion. Sa matière, ce sont les mails d'insultes reçus par Mediapart –«vous n'êtes que des journaleux, pas des journalistes» pour les moins offensifs, ou plutôt offensants.
Quelques mois après, en novembre, Renoult se saisit lui-même de la matière première de l'affaire, les enregistrements réalisés par le majordome de la famille Bettencourt et mis en ligne par Mediapart.
«Ce qui m'a intéressé», dit-il, «c'est que l'affaire est devenue un miroir sociologique très intéressant, un objet d'art... Alors que les enregistrements sont bas de gamme... De Maistre élocutionne très clairement. C'était déjà une création radio.»
«C'est mon téléphone, j'ai pas envie qu'on nous écoute.» C'est sur cette phrase de De Maistre, clin d'œil à la surveillance des journalistes mise en place par le pouvoir sarkozyste, que s'ouvre Out of breath. Que son auteur traduit par A bout de souffle. Une continuité avec Vox populiste, pour laquelle il s'était infligé la montée de quelque 600 marches pour mieux cracher les invectives à lui confiées.
Cette fois encore, la lenteur est au programme. «Liliane est devenue une icône au sens plastique. Mais je la prend sans qu'on l'entende. Je voulais ce que Liliane entend.» Pour cela, la bande a été ralentie. «Quand on étire le son, ça vrille un peu.»
Renoult s'attache aux hors-champs, «très très fort dans le son», et cite Orson Welles, qui disait préférer la radio au cinéma, «parce qu'à la radio l'écran est plus grand».

C'est ainsi qu'Out of breath emporte son auditeur dans le château hanté de Liliane Bettencourt, aka son hôtel particulier neuilléen. «J'ai peur que le fisc tire un fil», s'inquiète le gestionnaire de fortune en parlant de l'île d'Arros. Mais pas de flots bleus ni de palmiers ici, c'est le fil qu'on entend grincer, de plus en plus fort, telle une corde qui épaissirait au fur et mesure qu'on la secoue.
C'est un «gong pulsatif mais non métronimique» installé pour créer une tension, c'est une vieille horloge dont les coups résonnent dans une cage de bois. C'est une douleur qui lance et qui couine. «Beaucoup de Français ramènent l'argent en France. Pour vous, j'y crois pas», explique De Maistre qui cherhce une autre solution pour les comptes en Suisse. Hong Kong, Singapour? Et voilà que ça pétarade, c'est une mobylette qui passe au loin. Ne serait-ce pas la pétrolette de François-Marie Banier, qui «a fait de grosses bêtises»«j'étais pas au courant», se désole De Maistre. Mais l'orage est là, le tonnerre gronde, les éclairs claquent, il pleut, et voilà même au loin une alarme qui bipe. Puis le calme revient, presque de la musique, n'était cette tension qui persiste, ce bruit sourd, toujours là, ces pas, ces souffles. Un rythme, bientôt.

Ecoutez, c'est un film.

 

 

 

 

 

Sur Poptronics, la genèse de l'affaire

Le site de Jean-Philippe Renoult

 

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