Torrents de montagne : ne pas endommager nos trésors !

sous prétexte d'énergie "propre", une nuée de rapaces s'abat sur nos torrents pour profiter de l'aubaine des subventions accordées à la petite hydroélectricité tout en détruisant des trésors de notre patrimoine. En y regardant de près, on voit que le seul intérêt est privé, contraire à l'intérêt public.

Petite hydroélectricité sur torrents de montagne : quelle utilité publique ?

 

A/ Hydrologie

Le régime pluvio-nival des torrents de montagne fait qu’il n’y a de l’eau qu’en été, tout le monde sait ça. Le changement climatique fait craindre une diminution des quantités, le partage de la ressource devient problématique : hydroélectricité, ou irrigation des prairies de montagne comme autrefois ?

Pour un projet hydroélectrique, le texte de la loi exige la connaissance des débits par des mesures et des statistiques fiables, faites sur au moins 5 ans. Ce n’est pratiquement jamais fait.

Les industriels présentent des simulations faites par eux, unilatéralement. Une simulation, même réaliste, même bien faite, n’est pas une série de mesures, la procédure légale n’est pas respectée.

Si vous présentez au gendarme un faux permis de conduire, même très bien imité, ou celui de votre voisin de palier, ça va pas le faire. Eh bien là, les faux papiers passent sans problème, le projet est autorisé quasi-automatiquement.

 

B/ Energie utile ?

La capacité nationale de production d’électricité, calée pour l’hiver, est le double de la consommation d’été.

Augmenter la production en été seulement c’est donc inutile

(et risque d’aboutir à des prix négatifs : on a pu voir -200€/MWh alors que le prix de marché est +30 ! et offrir alors une aubaine à la Suisse qui se fait ainsi payer par le consommateur pour remplir ses barrages…)

La montagne est équipée depuis longtemps pour la grande hydroélectricité, ce qui fait qu’elle est parcourue par des grands réseaux interconnectés, qui transportent des puissances énormes, à l’échelle nationale et transfrontalière.

Par comparaison, une « micro » centrale produit une toute petite quantité d’énergie (dite « fatale » car on n’en maîtrise pas la production, c’est le cours d’eau qui décide).

Prétendre que c’est utile localement (à côté des lignes à haute tension...) et que ça stabilise le réseau, n’est pas un argument sérieux.

 

C/ Energie propre ?

Pour démontrer l’utilité publique, le mot magique énergie « propre » (dont généralement se contente le Commissaire Enquêteur), ne suffit pas, le véritable coût doit être considéré.

L’hydroélectricité est une technologie mature, pratiquement tout ce qui pouvait raisonnablement être équipé l’est déjà, ne reste que ce qui n’est pas intéressant car trop coûteux, et qui ne mérite donc pas d’être subventionné. En effet, la petite hydroélectricité et ses conduites forcées en montagne coûtent cher en termes de travaux et d’environnement.

Selon l’UICN les microcentrales devraient être réservées aux zones non reliées au réseau.

Ainsi c’est une mission impossible que de vouloir démontrer l’absence de coût environnemental, l’absence de contradiction entre un projet d’aménagement et les orientations fondamentales à respecter (lois sur l’eau, SDAGE… c’est à dire empêcher toute nouvelle dégradation des milieux, assurer les continuités, préserver les têtes de bassin, etc).

Une énergie qui entraîne des dégâts environnementaux est elle « propre »?

 

D/ Energie « propre » mais argent sale ?

Les mécanismes de subventions accordées à l’industriel (achat obligatoire de sa production par EdF ou/et complément de rémunération) constituent une aubaine, créent une bulle spéculative, dilapident l’argent public (si l’on en croit le Président de la République et la CRE).

En effet, par la CSPE, c’est le consommateur qui paye le surcoût correspondant.

(comment qualifier l’argent pris dans la poche de quelqu’un sans lui demander son avis?)

Un tel détournement d’argent public est contraire à l’intérêt public car il stérilise des moyens qui seraient mieux employés à financer des économies d’énergie pour le consommateur.

La problématique de l’énergie dans notre pays n’est pas de produire plus, mais de gaspiller moins.

Le seul intérêt dans cette affaire est privé.

Comment pourrait on trouver un seul argument sérieux montrant un quelconque intérêt public ?

Contactée à plusieurs reprises depuis plusieurs mois, la CRE reste muette. Y aurait il quelque part un lobby plus puissant que tout?

France Hydro Electricité a œuvré lors de la concertation pour que les enjeux énergétiques et économiques de la filière soient préservés. http://www.france-hydro-electricite.fr/dossiers/potentiel-hydroelectrique/appel-a-projets-petite-hydro

 

CRE Commission de Régulation de l’Energie

CSPE Contribution au Service Public de l’Electricité

SDAGE Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux

UICN Union Internationale de Conservation de la Nature

 

 

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