En même temps, le Vert est dans le fruit

Il y aura contradiction entre une politique libérale et le plan climat. Comment le ministre de la transition écologique et solidaire va pouvoir s'en sortir ? - démissionner si le gouvernement auquel il appartient lui paraît trop en décalage, - Se contenter de faire uniquement de la communication et avaler des couleuvres, - Réussir son plan climat, ce que je souhaiterais.

Et bien voilà,

  1. Nous avons un nouveau président à la fois très autoritaire et très libéral.
  2. Les partis politiques se sont dézingués tout seul. Macron n’y est pas pour grand-chose.
  3. La communication va remplacer l’information.
  4. Notre politique serait et de droite et de gauche.
  5. Et Christophe Barbier nous vend toujours ses avis éclairés !

Je n’arrive pas bien à lire les commentaires politiques ambiants. Il paraît qu’il n’y a pas eu de mouvement de balancier. Si, si, en 2012, la France avait élu un candidat de gauche, du moins un qui se présentait-il comme tel. En2017, il y a bien eu un balancier politique, car a été élu en 2017, un président très à droite. Certes il est jeune, mais vieillot et libéral dans la tête comme rarement et bien à droite.

 Maintenant voilà ce que l’on va vouloir nous faire croire :

  1. La théorie du ruissellement : En gros plus les riches sont riches, plus les pauvres en profiteraient, car les riches seraient obligés de dépenser, et les pauvres leur en sont tellement reconnaissants de vivre de ces miettes. La réalité est toute autre, plus les riches sont riches et plus il y a d’inégalités. Point à la ligne. La théorie du ruissèlement est fausse et elle n’a jamais été illustrée où que ce soit.
  2. Les allemands ou les américains auraient résorbé le chômage. Je ne sais pas comment nous nous sommes laissés embarquer dans cette quête du nombre de chômeurs. Le problème mondial et national n’est pas le chômage, mais la pauvreté. Et faire le lien entre les deux est une facilité qui est une erreur grossière. Il n’est qu’à regarder ce que se dépêchent de faire les nouveaux riches, c’est bien souvent d’arrêter de travailler. Cela ne concerne pas que la grande richesse, mais les héritages ou hasards de la vie qui permettent de vivre de ses rentes n’invite pas souvent à s’engager dans le bâtiment, les travaux publics ou les saisons agricoles. Aux Etats-Unis, la situation des inégalités est telle qu’une quantité incroyable d’américains ne s’inscrivent en tant que demandeurs d’emploi car ils ont abandonnés l’idée même d’un travail légal. Et ne jamais oublier qu’aux Etats-Unis plus de 0,5% (soit plus de 1% de la population active) de la population est en prison… C’est beaucoup de chômeurs en moins !
  3. On va nous écouter et prendre les bonnes idées de droite et les bonnes idées de gauche. Pour le moment, on a recruté les opportunistes de partis de gauches et de partis de droites pour en faire des laquets d’une politique économique libérale. Un ministre ex-socialiste, toujours maire de Lyon qui est dépourvu d’humanité envers les migrants. Un ministre de l’éducation de droite qui va créer quelques postes d’enseignants pour une promesse de campagne de classes divisées en deux. Mais nos élus godillots vont suivre notre président des riches sur une politique qui sera avant tout libérale… sauf pour la gouvernance qui, quant à elle sera juste autoritaire.
  4. Et enfin, il y aurait eu un formidable renouvellement. Renouvellement des têtes, c’est indéniable. Mais pour ce qui concerne les pratiques, on est juste retournés à un très faible niveau que seule la chambre introuvable de 69 avait proposé. En dehors de la compétence qui tarde déjà à se mettre en œuvre, c’est plus une culture de café du commerce qu’une culture politique qui semble présider à l’Assemblée.

 

Mais il y a des raisons d’espérer. D’abord, parce qu’il faut être positif et si l’on n’est pas positif dans ce monde où tout va toujours bien pour les riches et bien-portants, on est un rabat-joie. La raison d’espérer, la preuve que, en même temps, on peut être des deux bords, il y a un Ministre des accords de Paris qui est la véritable caution de l’ouverture. Et à y bien regarder, il n’y a guère que ce seul recrutement.

Nicolas Hulot – puisque c’est de lui dont il s’agit - a présenté son plan pour les 30 ans qui viennent, et effectivement, si ces objectifs sont atteints, nous serons en rupture avec les forces libérales présentes dans cette nouvelle façon libérale de diriger la France.

Nicolas Hulot n’a que 3 alternatives :

- démissionner si le gouvernement auquel il appartient lui paraît trop en décalage,

- Se contenter de faire uniquement de la communication et avaler des couleuvres,

- Réussir son plan climat, ce que je souhaiterais.

                      

Et ce ne sera pas facile !

Promettre sur du long terme n’est pas forcément une mauvaise idée. Certes, personne ne sera là – en poste - pour vérifier si les objectifs seront atteints. Pour cela, l’outil le plus important serait la batterie d’indicateurs qui permettraient de mesurer la progression vers ces objectifs.

Concrètement, si en 2040, il ne doit plus se vendre de moteurs thermiques pour nos voitures, il serait intéressant de mettre en place une échelle annuelle qui mesure s’il y a progression ou pas, si elle est réaliste ou pas, et enfin et surtout, si le chemin parcouru est réaliste… ou pas.

Mais à trop parler, on comprend que les choses vont se compliquer. Le Ministre de la transition énergétique veut fermer 17 réacteurs nucléaires, très bien. Mais il veut que toutes les voitures soient électriques d’ici 2040. Il va falloir trouver, entre autres indicateurs, la manière dont on va trouver les capacités de production pour charger toutes nos batteries.

Donc les indicateurs pour ces seuls objectifs devraient être :

  • Le nombre de réacteurs nucléaires fermés année après année.
  • La proposition du nombre de voitures à moteur thermique vendues année après année
  • La quantité d’énergie à produire pour ces nouveaux besoins et avec quels moyens de productions.

Je pense que ce n’est techniquement pas impossible, je pense que c’est politiquement possible. Mais, car il y a tout de même un mais. Il va falloir trouver les financements pour mettre en œuvre cette politique, ou formulé autrement, il faudra trouver quelles seront les nouvelles ressources, ou quels sont les autres investissements sur lesquels il faudra rogner.

Le point de rupture de la République en marche se trouvera là. Si les objectifs ne sont pas atteints ou paraissent insincères, la position de N. Hulot deviendra intenable devant les siens, les perturbateurs endocriniens, la remise à jour du nombre de réacteurs nucléaires, l’EPR, vont être les premiers renoncements d’une liste qui risque fort de s’allonger au point de ne plus pouvoir être supportable.

A partir de là, il ne restera plus de caution à l’intérieur du gouvernement, puis des « marcheurs ». Leur politique pourra être définitivement être considérer comme uniquement libérale, et en même temps… libérale.

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