Souillac inside

Maire d'une commune du Tarn, je me suis rendu vendredi à Souillac, pour assister et (je croyais) participer à la réunion proposée par le président de la République. J'en fais un C.R. à mon conseil. J'ai analysé la manière dont le tout était organisé, et la communication mise en place. Et comment, il n'y a pas eu une seule seconde de débat, puisque personne n'a pu répondre au président.

Grand débat national à Souillac, c'est le canard enchaîné qui en parlait le mieux mercredi dernier, c'était "le grand floutoir".

J'ai rarement assisté à une réunion aussi mal organisée, mais peut-être aussi bien pensée.

 Le président Macron a donné une courte introduction dans laquelle il appelait au consensus. Sur ce mot tout le monde peut s'entendre, et je crois assez qu'il faudrait trouver des solutions de consensus. Mais un consensus, il faut le passer avec les autres, pas entre soi. On va voir où se situe le problème.

Il y a eu les 30 à 40 questions d'élus choisis - paraît-il - par les préfets. Si l’intervention du représentant des maires ruraux du Lot qui a « bousculé » Macron a été relayé comme un moment de grande liberté de parole, il faut bien reconnaître qu’il aura été le seul. Mais les intervenants avaient été bien choisis pour qu’il n’y ai pas de vagues. Et il n’y en a pas eues.

Vient ensuite la grande confusion. Au fur et à mesure des interventions, chacun y est allé de sa route nationale qui n’a pas été refaite, de son intercommunalité qui marche mal, de son petit quant à soi local. Dans la salle, nous étions nombreux à recevoir ces sms de personnes qui suivaient le débat, et qui nous écrivait « le rendu est nul », « affligeant », « niveau zéro de la politique », « de la soupe »… Et dans la salle aussi, un vrai malaise, du grand hors sujet qui se mettait en place.

Je vous détaille ci-après, ce que j’ai vécu lors de cette journée dans le Lot.

Ce qu’on dit les 30 à 40 maires préalablement choisis.

  • Le sujet le plus souvent évoqué : les intercommunalités, la loi NOTRE, et plus largement le naufrage que le mouvement intercommunal promet aux mairies. Il est clair qu’il faut arrêter d’intercommunaliser des compétences pour le bon plaisir de l’Etat ou des Préfets. Il faut mutualiser ce qui doit l’être et rendre aux communes ce qu’elles font mieux qu’un service regroupé. Mais il est clair que tout l’appareil d’état et plus encore celui-là que tous ces prédécesseurs détestent ce monde des petites communes. Ce sujet, le plus évoqué donc, n’est vraiment pas celui qui est évoqué par les gilets jaunes. C’est cela le plus étrange. Telle que s’est déroulé la réunion, on pouvait penser à un congrès régional des maires qui se serait passé indépendamment de ce qu’il se passe dans le pays.
  • Le moment fort, le moment de malaise. Il y a eu un moment fort, quand le maire de Trèbes à pris la parole. C’est le seul moment où il y a eu une vraie salve d’applaudissement. Je ne connais pas ce maire, j’ai vu qu’il ne s’attendait pas à ce qu’il lui est arrivé quand on lui a donné la parole. Je me reconnais dans cet élu.
    La maire de Montauban ou le grand malaise. Je l’avais connue au conseil régional dans son rôle d’opposante à Martin Malvy. Sa manière de s’exprimer est souvent très simpliste.Mais là, il y a un vrai problème. Dans la souffrance des gilets jaunes, elle voit le mal de « cette vieille dame qui se serait faite sodomiser par un algérien en situation illégale ». La maire de Montauban, quitte là, les rives de la politique pour se parler à elle-même.
  • Le sujet absent : les gilets jaunes !
    Le plus étrange dans ce débat, c’est l’absence de relais des questions posées par les gilets jaunes à 3 ou 4 exceptions près. Il me semble qu’un seul a évoqué l’ISF, alors que ce sujet a l’approbation de 77% des français. Le président Macron a dû le regretter, car alors que personne ne lui avait encoreposé la question, dans les tous premiers moments de son intervention, il a argumentésurle bien-fondé de son cadeau aux riches avec un nouvel argument, j’y reviendrais.
    Pas une question sur le RIC de la part des Maires, ni intervention de la part du président.
    Sur la réforme des institutions, les questions posées étaient pour le moins homéopathiques. Mais nous étions très loin des questions sur une éventuelle sixième République. Que les admirateurs du président se rassurent.
    Sur les GAFAM, tout le monde peut dormir tranquille, car pas une seule question n’a été posée, et plus largement sur les multinationales, sur le glyphosate, sur les paradis fiscaux, ces termes mêmes n’ont jamais été employés (sous réserve que mon attention n’ait décliné pendant les 3 heures de question).
    Tout au plus un élu, manifestement macronien, a dit qu’il fallait protéger la liberté de la presse. Et puis quelques moments de grande solitude car près de la moitié des intervenants étaient des proches de Macron qui se devaientd’intervenir pour servir le président. Il y a eu cet ex candidate de la République en Marche du Lot qui propose parmi les « solutions » de passer le permis à 17 ans. Et le référent « En Marche » qui propose de créer un nouvel impôt (sic). Certainement quelqu’un qui aura été attentif à ce qu’il se dit dans son propre camp sur le ras-le-bol fiscal. Grandes solitudes et murmures consternés dans la salle. 

La question de la méthode.

Il faut immédiatement tordre le cou à une expression, il ne s’agit pas du tout d’un grand débat. Un débat, un échange, c’est une situation ou une personne donne une opinion, une autre lui répond, et le premier peut revenir sur la réponse donnée et permettre à ce jeu de ping-pong de se poursuivre. En l’occurrence, il ne s’agit pas du tout de cela.

Etape 1 : les Préfets (de la République et accessoirement du pouvoir en place) choisissent ceux qui vont poser des questions et manifestement ceux qui ne vont pas faire de vagues.

Avant d’aller à la réunion, j’avais appelé plusieurs Maires de mon département, et principalement ceux qui remettent en cause l’action du gouvernement, et aucun ne souhaitait aller à Souillac, et il n’avait été proposé à aucun de ceux-là de prendre la parole d’ailleurs. La parole devait donc être donnée très majoritairement à des élus proches du pouvoir. Je vois que tout le monde reprend la liberté de prise de parole du « débat » l’intervention du maire du Lot, représentant l’association des maires ruraux, mais il fût bien le seul. Dans le rang où j’étais assis, nous étions 4 à vouloir contredire ce qu’il se disait, mais personne n’aura eu la parole.

Etape 2 : un moment très bref, mais très théâtral pour le démarrage de la réunion.

Il m’a semblé que quelques élus voulaient aller accueillir le président (la présidente de Région, le président du département du Lot). Il y a eu comme un moment de flottement, car pour rentrer face à la caméra principale, il fallait que le président rentre seul, en majesté. Et j’avais été surpris aussi, par la nécessite de devoir s’asseoir avant que tout ne commence. Là aussi, ce moment avait quelque chose de très calculé pour que lors de l’arrivée du président il y ait un mouvement commun où l’on voit se lever l’assistance. Il y a eu les applaudissements. J’ai lu plus tard qu’il y avait eu une ovation. Dans la salle, les applaudissements ont été mezza-voce, et surtout très courts. Pour avoir participer à quelques réunions publiques – et je ne parle pas là des campagnes ou les applaudissements sont organisés – j’ai vu plus nourri comme accueil.

Mais cette étape est très importante, car elle participe d’une mise en scène très calculée d’une vassalisation des intervenants.

Etape 3 : la fixation des règles du jeu et quid dela participation citoyenne ?

Sébastien Lecornu, qui se montrera totalement dépassé dans la dernière partie, a fixé la règle du jeu en demandant aux maires de poser leurs questions.

Pour ma part, je crois comprendre ce qu’est la participation citoyenne compte tenu que j’ai mis en place un agenda 21 qui a été reconnu comme exemplaire du point de vue de la participation. Ce qu’il s’est passé là, c’est le contraire de la participation : c’est la vassalisation que provoque le jeu des questions réponses. Dans une démarche de démocratie participative, il est important que dans la salle ou des personnes contribuent à l’élaboration d’un projet, celui qui est l’élu de plus haut rang, n’intervienne pas.Pour une raison fort simple, si l’élu de plus haut rang doit répondre, les autres personnes dans la salle ont naturellement envie de connaître ce que celui-ci pense de tel ou tel sujet. C’est une technique d’asservissement en réunion. Tous ceux que l’on met dans une posture d’attente de réponse ne proposent plus rien au « débat », mais mettent en scène l’organisateur. Ceci était très bien fait.

L’exercice était doncune mise en scène du programme et du plan d’action de Macron et jamais un débat, un échange constructif.

Etape 4 : les 30 à 40 questions (pardon, mais à un moment donné, j’ai perdu le compte)

Il faut bien se le dire, dans la salle, c’était l’overdose,long, fastidieux, lesinterventions très inégales, quelques-unes franchement ridicules, nos portables vibraient de SMS désappointés. Mais cela fait partie du jeu. En faisant prendre la parole à une telle quantité de personnes, les organisateurs étaient à peu près sûrs que tous les aspects de la politique gouvernementale seraient abordés de près ou de loin.

De plus la cacophonie forcée liée à la multiplicité des acteurs permet de faire apparaître le discours porté par un seul homme comme étant plus cohérent.

Etape 5 : le président va répondre.

A partir de l’étape 4, l’exercice pour le président devient ultra simple. Pour celui qui répond à tout, il suffit de prendre note dans l’ordre des prises de paroles les sujets abordés par tous les intervenants, et pour le président de dérouler son plan d’action sans rien changer de ce qu’il dit depuis qu’il est en place.

Ce qui m’étonne c’est que des chroniqueurs qualifient cela de « performance ». Je suis à peu près sûr que ce même exercice proposé à tout président de Régions donnerait le même résultat. Et de la même façon, si vous posiez 40 question à un menuisier sur son métier, et qu’il ait une bonne qualité à l’oral, il fournirait une qualité de réponse équivalente. En fait tout porte que ces quelques mots « la bonne qualité à l’oral ». En cela le président Macron sait manier les mots, personne ne le nie. Mais ce n’est pas forcément ce qui fait sens, j’y reviendrai plus tard.

A noter quand même qu’une bonne cinquantaine de personnes avaient déjà quitté la salle au moment où le président a pris la parole, il me semble que Carole Delga et Martin Malvy étaient partis eux aussi. J’ai fait un décompte rapide du nombre d’élus présents dans la salle. J’ai compté que 400 à 420 présents au moment de la prise de parole du président, il n’y a jamais eu 600 personnes dans cette salle.

Etape 6 : du grand « floutoir » au grand foutoir

La seconde salve de questions. Les préfets (ou les associations des maires) avaient prévu une seconde liste, mais le premier exercice avait laissé cette impression de grande lassitude et S. Lecornu a préféré faire un tour de salle des élus qui lèveraient la main. Au jugé une cinquantaine de mains se sont levées. Mais après les 2 ou 3 premiers, tout le monde a bien senti que ceux-là disaient soit exactement la même chose que les précédents, soit voulaient à tout prix se servir de l’exercice pour faire la promotion de leur commune. A partirde là, une règle nouvelle est apparue, les interventions ne devaient faire que deux minutes. Un grand brouhaha s’est installé, entre l’inaudible et l’inintérêt, un peu plus d’une heure de grande confusion. Beaucoup de personnes se levaient, et massivement les plus éloignés ont commencé à partir. Je reconnais que j’en ai fait de même. Je n’ai donc pas assisté à la seconde intervention présidentielle, mais je suppose qu’il n’y a rien eu de plus qu’au premier round car je n’ai entendu aucune allusion dans la presse de cette seconde salve.

Par cette méthode, il n’y aura eu aucun échange avec la salle. Après tout, même avec le jeu des questions réponses, on aurait pu imaginer qu’un(e) maire mécontent de la réponse présidentielle puisse reprendre la parole et dire son désaccord, mais l’organisation était conçue pour que cela ne soit jamais possible. Mais ce président n’aime pas se faire contredire en public, et tout était organisé pour que ce ne puisse être le cas.

L’intervention du président

L’exercice n’est pas très compliqué au final. C’est une pièce de théâtre dans laquelle il n’y a pas tellement besoin d’improvisation. J’insiste sur le fait que ce soit un exercice facile. Car on demande à une personne de parler de son métier. Je ne sais pas vous, mais je connais beaucoup de personnes qui peuvent être intarissables, et intéressants sur leur métier, leur savoir-faire.

Mais passé la forme il faut passer au fond.

Tout d’abord, le sujet principal n’est pas abordé. Pourquoi le pays est en crise ? Pourquoi, y a-t-il autant de monde dans les rues ? Pourquoi ce mouvement dure ? Pourquoi malgré l’usure du temps, ce mouvement conserve-t-il une popularité dans la population ? Il n’y aura pas eu grand-chose pour répondre à ces questions.

Ou plutôt, la seule réponse du mal ambiant est tenue dans une seule argumentation : il y a longtemps que cela va mal. C’est un biais astucieux, car cela permet de dire au président que ce ne serait pas de sa faute. Et dans le même temps, dans les réponses que l’on ne peut pas fournir au président, on pourrait fort bien lui dire qu’il est associé à ces politiques depuis le début du mandat Hollande, qu’il a été un des instigateurs de la partie libérale de l’ancien président, ce qui a fait perdre à, ce dernier toute légitimité auprès de ceux qui avaient été sa base. Personne non plus, pour lui répondre qu’il avait été ministre des finances qui avait été le principal avocat de la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

 

Dans la salle il n’est plus question de la crise des gilets jaunes, et donc le président parle de son action de son programme. Car il faut bien le reconnaître, puisqu’il ne s’agissait pas d’un débat, nous étions bel et bien dans un meeting de campagne. Alors, je vais reprendre quelques points et quelques argumentations du président.

 

L’ISF.

Personne ne l’avait vraiment interrogé là-dessus, mais il a trop envie d’en parler. Il n’aime pas, manifestement, qu’on le traite de président des riches. Mais pour qui l’aura entendu hier, il est LE président des riches, point. Les riches ont pratiquement toutes les vertus.

Un nouvel argument hier pour défendre l’ISF, cet argent va permettre la ré industrialisation de la France, pas moins.

A ce point de la présentation, je me permets, à mon tour, de répondre au président concernant l’ISF.

En quoi, ou à partir de quelles études, à partir de quels chiffres probants a-t-il vu que l’argent prélevés sur les plus riches avaient vocation à revenir dans l’investissement industriel national. En quoi la disparition des ex joyaux de l’industrie française comme ALSTOM par exemple aurait pu être repris par l’argent de l’ISF ? En quoi les 4 Milliards de l’ISF – à considérer que tout reviendrait en investissement industriel – influerait sur les 500 Mds de l’investissement actuel, soit moins de 1% ?

En échangeant avec quelques maires, nous parlions des très riches que nous connaissions autour de nous, et les exemples faisaient florès sur tel commerçant qui avait acheté une maison en Californie, tel autre qui avait acheté une chasse dans les pays de l’est, ou un troisième qui avait « accroché » son bateau à l’étranger (je crois avoir compris que c’était à Malte). Nous en connaissons tous. Mais nous n’en connaissions aucun qui aurait eu l’intention à un moment donné d’investir dans l’industrie française. Avec ces 4 maires avec qui j’ai discuté, tous les 4, et moi aussi, nous connaissions tous des entreprises industrielles qui ont du mal à se constituer des fonds propres et qui n’avaient pas de banques pour les accompagner, mais de cela le président n’en a pas parlé.

Lors de la réunion qui s’est tenue en Normandie, le président avait eu une autre argumentation pour dire l’inutilité de l’ISF. Il avait eu ces mots étonnants, l’argent collecté par l’ISF il n’y a pas un euro qui finirait dans les poches des gilets jaunes !

Certes l’ISF ne rapporte que 4 milliards, ce qui est fort peu si on compare aux 200 milliards de la TVA. Mais cette argumentation pose plusieurs questions.

Tout d’abord, les 4 milliards finissent bel et bien dans le budget de l’état. Et donc l’état, en le redistribuant, contribue à une péréquation dont tout le monde bénéficie, y compris les gilets jaunes.

Mais ce n’est pas le problème principal que pose cet argument. Cette réponse est symptomatique de la manière de penser de la technocratie, de cette pensée unique qui semble diriger le pays depuis plus longtemps que Macron, certes, mais qui est marquée comme jamais depuis Macron. Les gilets jaunes et la très grande majorité des français qui veulent le retour de l’ISF ne veulent pas qu’on leur parle du montant que rapporte cet impôt. Ils veulent qu’on parle à leur dignité.

Le sentiment le plus généralement partagé est qu’il est très facile pour ceux qui sont les plus riches de tricher avec l’impôt, et que la suppression de la part de l’ISF qu’a supprimé Macron est une inégalité supplémentaire.

L’autre argumentation du président, c’est que les plus riches ne le payaient plus parce qu’ils étaient assez riches pour avoir les avocats leur permettant de ne plus payer. Mais, Monsieur le président, c’est le rôle de l’état que des créer des règles pour que cette injustice fiscale, certainement la plus grave de nos temps actuels et sur l’ensemble de la planète, cesse enfin.

Enfin le dernier argument du Président, celui qui sert à jouer la montre, consiste à dire qu’il faudrait du temps pour l’évaluation. Il s’agit d’un point très intéressant. Pour ma part, et c’est certainement sur ce passé de mise en place de démarches participatives, d’agenda 21, je sais à quel point il faut mettre en place des procédures d’évaluation. Mais je m’en vais vous dire comment il faut faire cela.

Lorsque l’on met en place une mesure que l’on veut évaluer, il faut dire, dès le départ, quel est le critère que l’on va mesurer, qui va être l’organisme indépendant qui va mesurer, et à quelle échéance ou à quelle périodicité, on va mesurer cet indicateur.

Or, la présidence et au-delà le gouvernement n’a jamais donné une seule de ces informations, et en serait d’ailleurs bien incapable. Je sais par avance comment le président lui-même ou les membres de son gouvernement vont auto évaluer la réussite de la mesure. Sera-ce une baisse du chômage sur trimestre donné ? Sera-ce l’augmentation de l’investissement dans les entreprises (qui avait déjà augmenté avant la mise en place des mesures Macron) ? Mais en aucun cas, personne ne pourrait venir contester ces critères venus a posteriori. S’en suivra une querelle politique stérile sur la véracité des chiffres des uns ou des autres.

Mais c’est oublier que l’évaluation, la vraie, elle est déjà terminée, et elle est sans appel.

La disparition de cette partie de l’ISF a eu un premier effet immédiat, c’est la baisse des dons pour les associations d’intérêt général, ou ordres associations d’intérêt public. Cela donne à penser, au passage, du cynisme des personnes relevant de l’ISF qui ont arrêté de donner. Cela prouve qu’ils n’avaient aucun intérêt à l’œuvre qu’ils finançaient, et pire encore, prouve que ce geste avait pour vocation supplémentaire de ne pas donner à l’état, qui est pourtant le meilleur garant de la redistribution et de la péréquation.

L’ISF et son rétablissement est emblématique de ce mandat. La campagne de Macron a été financée par cette infime part de la population très riche. Le président, à l’image de ce qu’il se passe aux Etats-Unis, est prisonnier de ses financeurs. Tant que ne seront pas connus les noms de qui a financé la campagne, il n’y aura pas suspicion, mais il y aura certitude que la suppression de l’ISF est le retour sur investissement qu’on réussit ces gentils donateurs. Ce serait la première fois que la règle de financement des campagnes aura permis un système de corruption généralisé par cette mesure.

Pourquoi est-ce que j’emploi ce mot si fort de corruption ? Celui qui « est acheté » est condamné à rembourser. C’est cela l’impasse dans laquelle se trouve le président. 77% des français veulent le rétablissement de l’ISF. Même des sympathisants de la République en Marche le veulent. Le président Macron qui voulait le consensus en début de réunion a sous la main une mesure consensuelle. Mais il est incapable de la mettre en place car ces commanditaires ont payé pour gagner.

Et il a eu une phrase qui trahit son problème. En Normandie, il a dit, « mais si je cédais, si je rétablissais l’ISF, les gens diraient que ce président ferait comme les autres, et qu’il se coucherait dès la première manifestation venue ». Cette phrase est symptomatique du subterfuge macronien. Il se pare de ces mots pour dire qu’il est un président qui ne serait pas comme ces prédécesseurs. Mais en fait c’est juste le contraire, il fait plus fort encore, ce que l’on reprochait déjà à ces prédécesseurs.

Mais enfin, s’il rétablissait l’ISF, au fait, qui le lui reprocherait ? Les gilets jaunes ? Ses opposants de la France Insoumise ? Ceux du Rassemblement national ? Des 77% des français favorables au rétablissement de l’ISF? Non, le seul reproche qu’il aurait pourrait venir, au pire, des très riches qu’il a rendu encore plus riches par cette mesure.

Ce président qui dit qu’il veut du consensus est incapable de mettre en place la mesure la plus consensuelle demandée par la population.

La redistribution entre les 20% les plus riches et les 20 % les plus pauvres. L’inégalité de destin.

Durant les 2 heures nécessaires pour rentrer chez moi, j’ai écouté France Info pour entendre quel était le compte rendu qu’il était fait de ce débat. Je comprends à quel point il est compliqué de « prélever » 1 ou 2 minutes dans un flot de 5 heures. Bien sûr la seule intervention un peu piquante du maire rural du Lot a été citée.

Et l’autre point mis en avant, c’est le « point nouveau » apporté par le président Macron sur l’inégalité de destin. Et la radio a repris la démonstration du président des 20% les plus riches qui, avant impôt, touchent 8 fois plus que les 20% les plus pauvres. Et qui après impôt ne touchent plus que 4 fois plus.

Cette démonstration démontre le caractère égalitaire du système de l’impôt progressif.

Je me suis posé beaucoup de questions lors de cette mise en exergue.

Pourquoi une telle présentation ? Quelqu’un voudrait-il remettre en question la progressivité de l’impôt ? Quand on écoute les revendications ou qu’on lit les doléances, au contraire, les demandes vont vers plus de progressivité, la mise en place d’une tranche supplémentaire pour les plus riches. Et je ne reviens pas sur l’ISF.

Ensuite, il est important de démonter l’argumentation « mathématicienne » du président. Pourquoi prendre des tranches de 20% ?

En fait les 20% les plus riches, ne sont pas une catégorie homogène. Tous les travaux d’économistes montrent que c’est sur les tranches les plus élevées que se posent les problèmes. Sur ce graphique issus des travaux des économistes Saez, Landais et Piketty, on voit bien la distorsion qui se produit tout en haut de l’échelle avec les 1% les plus riches. On a la démonstration que justement pour les plus riches, l’impôt n’est pas progressif mais au contraire, il est même régressif. En clair, cela veut dire que l’on demande moins au (beaucoup) plus riches.

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Le chiffre de 20% vient du statisticien Pareto, qui a popularisé la règle dite de Pareto que l’on appelle aussi la règle du 80-20. Celle-ci avait permis de démontrer que les 20% des plus riches possèdent 80% du patrimoine.

Or, aujourd’hui cette règle s’est aggravée très fortement. On mesure que les 1% les plus riches possèdent autant que les 80% les plus pauvres, et cette proportion est plus alarmante encore si on la considère au niveau mondial.

En entendant cette phrase, je me suis immédiatement dit la malhonnêteté intellectuelle de cette représentation. Il serait intéressant de regarder ce qu’il se passe entre le 1% le plus riche, et le 1% le plus pauvre. Et là, surprise, on se rendrait compte que les impôts ne rétablissent pas cette nécessaire équité fiscale.

 

Toujours dans ma voiture, je me suis dit qu’aucun journaliste n’avait eu le temps de faire un tel calcul à quelques heures du débat. Mais aujourd’hui, avec deux jours de recul, je ne vois strictement rien sur ce sujet.

Je vois bien que ce qui subjugue ce que l’on appelle la « macronie », c’est l’apparition de ces chiffres qui sont pour les groupies comme une preuve d’une intelligence supérieure. Pour ma part, en temps réel, je me suis immédiatement posé la question du rapport au 1% et ce nouveau calcul fait tomber à plat toute la démonstration présidentielle.

Un de mes collègues maire, qui n’était pas tombé dans le panneau lui non plus, m’a dit, narquois, « j’ai cru qu’il allait parler des impôts sur la succession en parlant des inégalités de destin ».

La plus grande des inégalités de destin est celle liée à l’héritage. Avec ce collègue, généreux que nous étions, nous nous sommes dit à partir du moment où chaque enfant hérite de 1 million, tout le reste revient à l’état. Nous avons beaucoup ri ensemble car si nous ne nous connaissions pas, nous avions bien compris la même chose ensemble. Macron nous aurait servi que des avocats auraient tout loisirs d’organiser la fuite des capitaux, que cela décourageraient les gens de travailler, etc.

J’ai posé la question à mon collègue de savoir combien il connaissait de gens qui travaillent pour arriver à gagner des millions d’euros ou à être en possession de millions d’euros. Et nous avons partagé ce constat que nous en connaissions très peu. Par contre, nous connaissions tous des quantités de gens qui tout en étant millionnaires ne travaillaient absolument pas.

Le problème de l’ultrarichesse ne concerne pas les 20 % les plus riches mais une proportion bien plus petite. Les travaux des économistes cités si-dessus montrent même que la fraction de personnes qui trichent vraiment avec la solidarité nationale, ce sont les 1 à 0,5% les plus fortunés.

Comment fonctionne la rhétorique de Macron ?

  • On dénonce un fait juste : l’inégalité de destin.
  • On rapporte un chiffrage exact : la proportion entre les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres.
  • Et la conjonction des deux « prouve » que le raisonnement présidentiel est le bon.

Mais la démonstration est fausse car le chiffrage venant en seconde position ne correspond en rien à la problématique.

J’ai démontré ici qu’en modifiant les chiffres de cette deuxième phrase, le rapport entre les plus riches et les plus faibles n’est pas 8, certainement pas 4, mais peut-être bien 20, 30 ou 50.

Donc, CQFD, le raisonnement présidentiel est faux. S’il est bien une inégalité de destin, c’est entre les 1% les plus riches, et le reste de la population. 

La fraude sociale, et pas la fraude fiscale.

Une seule question d’une maire - et ce fût encore le cas de la maire de Montauban – sur la fraude sociale. Quelques rappels sur les fraudes sociales. Celles-ci portent sur 3 types de prestations :

  • La fraude au RSA.
  • La fraude aux arrêts maladie.
  • La fraude aux prestations familiales.

Un chiffrage de 2015 comparaît cette fraude sociale pour 1 milliard d’euros à comparer à la fraude fiscale pour 25 milliards. Mais ce dernier chiffre s’est beaucoup « actualisé ». Est-ce les effets des différents « Panama papers » ou « Malta Leaks », mais aujourd’hui la fraude fiscale approcherait beaucoup plus les 100 milliards d’euros. Un rapport de 1 à 100.

La réponse de Macron a été d’une sévérité implacable sur la fraude sociale. Personne n’a été étonné. Le renforcement sur le contrôle des chômeurs appliqué depuis le premier janvier était dans toutes les têtes. Mais rien, strictement rien sur la fraude fiscale. Le gouvernement a accentué le contrôle des pauvres au moment où il donne de l’argent aux plus riches. Le générations successives de gouvernement n’eiment rien moins que de faire se détester les pauvres entre eux.

En fait ce qu’il aurait fallu entendre, ce sont les moyens supplémentaires dont il aurait fallu doter l’inspection des finances pour mieux redresser les tricheurs adeptes des fuites de capitaux à l’étranger. Il n’a rien été dit sur la modification des lois pour stopper les systèmes de défiscalisation. Aujourd’hui, s’il est bien un endroit où le législateur devrait intervenir, c’est bien sur ces règles qui permettent de dire à tous ceux qui sortent de l’argent du pays qu’ils le font dans un cadre légal.

Le problème numéro 1 de la République est l’organisation en coupe réglée des biens publics pour les cacher dans des paradis fiscaux. Nos gouvernants se rendent complices de ces détournements. En cela, ils deviennent de plus en plus ressemblants de ces républiques que l’on qualifiait de bananières. Celles-ci pillaient les biens de leur pays pour mettre des sommes colossales dans des banques suisses. A force de ressembler à ces états corrompus, nous finirons par générer des tentatives de coups d’état dans ce que nous appelions les démocraties occidentales. Les ultra-riches peuvent être comparés à ces ex dirigeants africains poursuivis pour bien mal acquis. Pas les 20% les plus riches, mais les 1% qui fraudent avec la solidarité nationale.

Les 80 kilomètres à l’heure ou le président condescendant.

Dans une bonne pièce de théâtre, il faut pouvoir amener une dose d’humour et de plaisanteries. Pour cela, il y a eu l’épisode des 80 km/h.

J’avais déjà été surpris après le premier « débat », quand les chroniqueurs, en nombre, avaient noté une évolution du président qui allait accepter l’idée de revenir sur les 80 km/h. En six heures de « débat », il y aurait donc eu une évolution sur cette unique question. Pour avoir vu la prestation en direct, je comprends mieux.

Là aussi la façon de présenter la question est très importante.

Le président commence par dire qu’il faut pondérer tout cela et pour tout dire adapter la réponse. Personne ne peut être contre. Ensuite, il évoque ses déplacements qu’il a effectué matin. Il plaisante avec les routes tortueuses, ou, de toute façon, on ne peut pas rouler à plus de 80, donc qui ne posent pas de problèmes par rapport à cette règle. Ensuite, il trouve des routes plus dégagées ou effectivement, on pourrait aller plus vite. Et par cet artifice, il fait au mieux sourire la salle.

A écouter la présentation, cela donne l’impression que le gouvernement, du moins lui, ne serait pour rien dans cette question. La petite moquerie sur les routes mauvaises du territoire, c’est le point condescendant qui fait rire l’assistance. Et ensuite, magnanime, je vais vous laisser prendre des risques à 90… là où il n’y en a pas.

C’est à ce moment-là que j’ai compris tous les commentateurs qui évoque le président quand celui-ci se sent « en majesté ».

Les grands absents de la soirée.

Il ya bien d’autre thèmes pour lesquels je pourrais de la même façon décortiquer ses réponses qui ne correspondent pas à l’actualité de nos difficultés, mais le compte rendu est déjà long.

Et parmi les grands enjeux politiques qui attendent nos générations, il en est un certain nombre qui pourront pointer au titre des grands absents.

Manifestement Nicolas Hulot aurait trouvé de nouvelles raisons de quitter une fois de plus le gouvernement ! La transition écologique aura été un des grands absents de la soirée. Avec un tel parterre rural, il ne me semble pas avoir entendu le mot glyphosate. Il n’y a pas beaucoup à penser de l’extinction des espèces (à part l’ours), il n’y a pas non plus de grands enjeux énergétiques, la disparition de la biodiversité ne doit pas inquiéter grand monde.

Au-delà d’une liste qui pourrait finir par devenir caricaturale, la réflexion de fond est la disparition de la transition écologique après la démission de N. Hulot.

En confiant cette responsabilité à celui qui apparaissait comme le plus légitime, et ne lui donnant aucun moyen ou aucune latitude de décision, Macron a réussi à fournir une réponse très proche des nouveaux dirigeants de la planète, à savoir supprimer l’agenda écologique du gouvernement.

Au moment où il a évoqué la fraude sociale, je l’ai écrit plus haut, il n’a nullement fourni les moyens de comprendre comment il allait lutter contre la fraude fiscale. L’expression « paradis fiscaux » n’est pas venu dans ses deux heures d’intervention. Pourtant, j’ai lu et entendu souvent sur les ronds-points, de la part de gilets jaunes, mais plus largement et depuis fort longtemps, le problème que posent les paradis fiscaux partout à travers le monde. Ceux-ci sont devenus la règle de l’économie mondialisée. Pour le commun des mortels, les paradis fiscaux sont la preuve que les puissants de ce monde trichent tous. Comment voulez-vous expliquer à un artisan, un commerçant, ou une profession libérale qui encaisse une partie de son travail « au noir », sans déclarer, qu’il est un tricheur ?

A chaque fois qu’il m’a été donné de dire que tricher du premier euro était de la même veine que le comportement des ultra riches qui planquent leur argent dans les paradis fiscaux, chaque fois, je me suis fait répondre : les riches le font en toute impunité, pourquoi pas nous ? Difficile de relancer.

C’est quoi la macronie ?

Enfin cette réunion aura été pour moi l’occasion de découvrir ce que l’on appelle la macronie. En fait, je comprends pourquoi ce n’est pas un parti politique, c’est un fan club. Dans la salle qui avait été en grande partie remplie par ce que l’Occitanie compte d’élus LREM, que j’estime à vue de nez à une centaine de personnes présentes, le comportement que j’ai le plus observé est… la pamoison.

C’est très drôle car j’ai vu des élus de Midi-Pyrénées que je connais depuis fort longtemps qui me disaient spontanément à quel point il était génial… pour certains même avant qu’il ne parle.

Mais la macronie, c’est aussi d’autres comportements. Ce sont ces députés – de Haute Garonne, me semble-t-il – qui se photographient à tour de rôle debout avec les élus assis en masse en fond de photo. Je ne suis pas un expert en photo, mais je vois bien le sentiment qu’il y avait à distinguer l’élu(e) qui fait partie de l’élite et la masse besogneuse des ruraux de l’étape.

Mais le plus explicite est l’attitude de toutes ces personnes qui accompagnent les élus. On les suppose être des assistants des ministres, peut-être de la présidence. Ils sont tous très jeunes, sont sans cesse sur leur smartphone, debout ou à tourner autour de la salle, facilement reconnaissables. C’est très intéressant d’observer ce qu’il se passe dans cette coulisse.

Les maires qui se sont succédés pour intervenir, il faut le dire aussi ont eu des niveaux de pertinence inégaux. Mais pour tout ce monde que l’on qualifie de « parisien », les haussements de sourcils, les regards entendus, les mimiques déconfites sont autant de révélateurs du « président chez les ploucs ».

Macron a répondu au maire du Lot qui l’interpellait sur sa façon de parler, de mépriser les gens en niant la stigmatisation. Mais ce mépris n’est pas que celui du président, nous sommes des ploucs pour ces gens-là. C’est juste effrayant.

Le consensus.

Je suis resté six heures dans la salle de ce « grand débat ». A peu près pour moitié assis dans l’assemblée et autant debout pour observer et tenter de mieux comprendre ce qu’il se passait.

Il n’y a aucun débat petit ou grand. Ces gouvernants pensent que le mouvement va forcément s’épuiser, s’arrêter. Je crois également que c’est ce qui va arriver. Non pas que les revendications vont être prises en compte, mais parce que le feuilleton va paraître trop long. Les citoyens consommateurs que nous sommes, vont se lasser. Pour qu’un feuilleton intéresse, il faut que l’intrigue évolue. Petit à petit l’histoire ne se renouvelle pas. Il y aura lassitude.

Si dans les premières minutes Macron a employé le mot de consensus. Il n’en a été aucunement question dans sa réponse de près de deux heures.

Dans l’esprit de cet homme, consensus veut dire que tout le monde suive son raisonnement. Il pense avoir raison, et ses réponses, qui n’en étaient pas, était juste une seule articulation : J’ai raison et si vous n’êtes pas d’accord, c’est que vous ne comprenez pas ce qu’il se passe.

Adopter un consensus, c’est autre chose, cela veut dire accepter des positions des autres formations politiques qui font l’échiquier politique présent dans le pays. En lieu et place d’un tel raisonnement, il ne s’appuie que sur sa majorité à l’assemblée.

Pour cela, le premier consensus consisterait à modifier les règles de la République. Faut-il l’appeler sixième République ? Je ne le sais pas, mais il faut vraiment faire avancer ces textes. Les résultats du sondage de l’IFOP du 16 janvier concernant les élections européennes donnent 23 % à une liste en Marche. Les 13 autres listes font 77%. La particularité de ces autres listes ? Aucune des formations politiques qui en sont à l’origine ne veut travailler avec Macron.

Certes LREM n’est pas la première formation à gouverner tout en étant minoritaire. Mais c’est la première fois que la proportion que représente les formations qui soutiennent le président en place est si faible. Les textes qui régissent cette République permettent de fournir un gouvernement stable à une formation qui n’est pas forcément majoritaire dans le pays. Mais jusqu’à présent, les coalitions au pouvoir parvenaient presque tout le temps à atteindre des scores respectables ou du moins importants. Mais la cinquième République s’est abimée à partir du moment où les partis au pouvoir ne représentaient plus 50% des citoyens, puis ce chiffre est tombé à 40, puis à 30. Aujourd’hui, un parti qui ne fait que 24% des exprimés, et sans apport de toute nouvelle formation peut gouverner sans rendre de comptes.

L’éclatement politique est tel que ce chiffre peut conduire à ce qu’une formation politique autour des 20% puisse gouverner le pays en étant ultra minoritaire et imposer son point de vue.

C’est pour cela que je crois que la seule issue est un travail sur le consensus. C’est clair que ce que j’ai vu hier ne correspond à aucun moment à une logique de consensus. Il n’est question que de passage en force. Ce débat sert à attendre les élections européennes, à attendre la lassitude des téléspectateurs devant un spectacle qui ne se renouvelle pas assez.

Il n’est nullement question de débat, encore moins de démocratie participative. Il s’agit d’une banale opération de communication sans volonté d’apporter une amélioration pour les plus démunis.

Il ne faut pas croire que le gouvernement a un problème de communication. Ce que j’ai vu me fait dire qu’il possède parfaitement les codes de la communication. Il s’en sert sans vergogne pour faire avancer le pays à marche forcée.

Mon dernier sentiment va à la République. Depuis maintenant 5 ans, je me suis détaché de toute formation politique. J’ai un regard distancié avec le théâtre des investitures qui concernent toutes les formations politiques. Il me semble voir disparaître le fait démocratique.

Ceux qui sont les plus fortunés de ce monde ne sont pas concernés par ce problème. A partir d’un certain niveau de richesse, le régime politique ne pose aucune difficulté. Les multinationales n’ont aucun problème à investir en Chine par exemple. Ce qui gêne le plus le système financier, ce sont les règles démocratiques. En France, il s’agit de la République. Je suis très attaché au fait républicain. Je suis inquiet, car je vois que ceci n’existe pas dans le « logiciel » de notre président, et que dans les alternatives qui se profilent, c’est aussi la République qui est en danger.

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