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Billet de blog 14 avr. 2019

Les enfants ici c’est pas open bar !: Macron ou le Fascisme de Basse Intensité

Plusieurs circonstances m’invitent à publier ce post, particulièrement le programme diffusé par Médiapart sur les violences policières, au moment où naissent des considérations quant à l’affirmation croissante d’un autoritarisme d’État en Europe, singulièrement en France où s’accumulent les lois contre les libertés publiques et démocratiques.

Gérard Prévost
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Plusieurs circonstances m’invitent à publier ce post, particulièrement le programme diffusé par Médiapart sur les violences policières, au moment où naissent des considérations quant à l’affirmation croissante d’un autoritarisme d’État en Europe, singulièrement en France où s’accumulent les lois contre les libertés publiques et démocratiques, où s’accentue la criminalisation des mouvements sociaux ; alors que le pouvoir fait les premiers pas vers des interventions ciblées de l’armée, certains se risquent à envisager une fascisation rampante : j’en fais partie. Je m’en explique donc ci-après.

Je viens d’écouter « La dictadura científica acaba de empezar » de Los Niños Estelares. Façon rap, ils annoncent : « los nazis no perdieron la guerra ». Évidement l’avertissement vaut pour l’Amérique du sud. Les dictatures militaires qu’elle a connues se sont constitués à partir de desseins alimentés par les EEUU. De sa suprématie économique et politique sur ce continent découle toute l’histoire de l’Amérique latine depuis les indépendances. Les embargos permanents et à répétition sur l’ensemble du territoire, à Cuba et au Venezuela maintenant, accompagnent un nouveau plan Condor fondé sur des représailles économiques et à travers les attaques, par manipulation judiciaire, contre les mouvements politique de gauche : au Brésil, en Équateur, au Honduras, au Chili, en Colombie, etc. C’est aussi dans la résistance à l’intervention américaine que se développe la corruption qui gangrène ces États pour le plus grand bonheur des oligarques pétroliers, agraires et autres. De ces dispositifs émerge une forme actualisée de fascisme, un néo fascisme en quelque sorte, qui s’ajoute à la typologie antérieure des régimes politiques totalitaires. Certes, plus avancés là bas, on y trouvent les symptômes évoqués plus haut pour l’Europe et la France donc avec le gouvernement Macron.

Réduire en effet le fascisme au nazisme, comme s'il appartenait au passé, comme s’il nous était définitivement étranger, sauf à en agiter l’épouvantail dans les procédures électorales, ne sert qu’à recouvrir la constellation des fascismes tendanciels du présent produite par cette machine de guerre que nous appelons avec quelques collègues Fascisme de Basse Intensité (FBI), bien que d’autres nous ont exhorté à limiter le concept à celui d’« autoritarisme ». Dans ce monde orwellien en devenir, les mouvements de fascismes revendiqués ou dédiabolisés, ainsi que leur médiatisation calculée dans l’espace public, ont une fonction politique. Les appels au nom de la lutte contre le fascisme lors des élections présidentielles de 2002 et 2017 en France relèvent de cette fonction. Si les entrepreneurs de FBI présentent les consortiums d’extrême droite comme le risque principal, c’est uniquement pour obtenir la mobilisation des sentiments anti fascistes en leur faveur, par le recours à la peur. Pier Paolo Pasolini l’avait déjà compris, « le nouveau fascisme semble mieux fonctionner comme anti-fascisme » : plutôt Macron que Le Pen ! Ceci peut se comprendre venant de droite. Ce l’est moins venant de la gauche, surtout en regard de mouvements dont on sait de façon certaine qu’ils ne peuvent atteindre le pouvoir d’État, du moins tant qu’ils n’apparaîtront pas comme une ressource ultime pour la sauvegarde des intérêts des oligarchies financières mondialisées : le choix du moment de ces dernières se fixe sur des objectifs minimums, aujourd’hui ceux du FBI, plutôt que sur des formes de fascisme de haute intensité. De ne pas voir cela, la gauche française s’est noyée dans l’alliance avec la droite, le « Front républicain », « coupant les énergies de la meilleure force révolutionnaire ». Ce que  désignait cette formule de Walter Benjamin à propos de son réquisitoire contre l’école de la social-démocratie, dans ce qui est peut être son dernier texte avant de se suicider en 1940 (Thèse de philosophie de l'histoire), a été réalisé par la gauche au cours des dernières années.

Il ne s’agit pas d’une simple critique, maintenant classique, de la dictature du fascisme tecno-mercantil, de la relation entre une incitation illimitée à la consommation et l'industrialisme insatiable déplacée dans le présent par la dictature des marchés, mais d’un mouvement de fonds dans l’ensemble politico-économique international et diplomatique impulsé par l’activité du système financier. D’où la nécessité absolue d’une critique radicale des conditions qui, de façon invisible et inconsciente, guide la vie sociale ou, si l’on préfère, celle de l'alliance structurelle entre capitalisme et fascisme. Le terme Fascisme doit se concevoir comme concept générique dont le contenu s’est diversifié dans les années 1930 en modèles spécifiques : nazisme, franquisme, fascisme mussolinien, les régimes militaires de l’Amérique Latine, etc. S’il n’existe pas d’essence conceptuelle du fascisme formant référence unique à sa diversité, à moins d’être éventuellement une idée totalisante, anti-individualiste, comme le pensait Karl Polanyi, en revanche, au delà des spécificités de chacun de ces modèles, de leurs modalités différentielles d’exercice du pouvoir, existent des bases principielles communes d’action et de projet politique, par conséquent communes au FBI ; j’en recense au moins huit : 1- la destruction du mouvement ouvrier via les lois de dérégulation du marché du travail et la mise sous tutelle des syndicats : 2 – la restriction des libertés publiques et la limitation des possibilités de contestation social – entre autres, loi mordaza en Espagne, nouvelles lois dites anti-casseurs en France – : 3 – le contrôle de la presse et des Mass-médias par leur centralisation entre les mains de quelques propriétaires : 4 – les politiques restrictives de l’immigration et envers les réfugiés, aggravation des rapports Nord/Sud au détriment du Sud : 6 – les dispositifs de santé et de sécurité sociale orientés vers des formes de darwinisme social, par privatisation et conversion en valeur monétaire : 7 – le renforcement des dispositifs d’ordre moral sous emprise religieuse : 8 – la fragilisation de l’indépendance de la justice au profit des oligarchies politiques et financières : politisation endémique des appareils judiciaires, lois sur le secret des affaires, Ceta et tribunaux d’arbitrage, etc.

A ces traits caractéristiques des processus de fascisation s’ajoutent aujourd’hui des projets d’« entreprise à mission » dont l’objet consiste à contrôler tous les aspects de la vie humaine et à orienter le comportement des groupes sociaux, notamment par les GAFA adossés aux cartels techniques dont ils disposent : transhumanisme ou ce qui est appelé bêtement « intelligence artificielle ». S’y ajoute la visée portée par le système financier international d’un « gouvernement sans gouvernement » à travers un système socio-cybernétique fonctionnant avec des impulsions suscitées par des « centres virtuels » dans un ensemble de réseaux « auto-organisés » et interconnectés. Une telle « gouvernance » englobante augure une disparition des centres de gouvernement des territoires et, appuyée sur la révocation des « corps intermédiaires », des systèmes politiques fortement différenciés des groupes sociaux ; ce dernier aspect mériterait bien sûr un exposé détaillé.

Ces différents types s’établissent assurément à différents degrés de réalisation et d’effets dans les ensembles nationaux contemporains, néanmoins, au contraire des fascismes nationaux antérieurs partiellement internationalisés, le FBI constitue un fascisme du 21ème siècle qui se mondialise! Les mouvements sociaux y sont captés, disqualifiés et soumis à ses fins propres. Plus encore, ils servent de prétexte pour intensifier les dispositifs de l’ordre juridico-militaro-policier et de contrôle politique des populations. Avec le spécialiste du nationalisme arabe René Gallissot (IME Paris 8), nous avons étudié au Maghreb cette tendance des États autoritaires. Certes, la proposition paraît pessimiste au moment où l’Algérie connaît une insurrection pacifique d’ampleur inédite, mais elle est à prendre au sérieux. Les dispositions législatives ces dernières années en France semblent vérifier cette thèse, ou pour le dire autrement, l’accumulation de mesures de répression et de contrôle apporte la preuve d’un processus de FBI. Un collègue de l’Université Autonome de Barcelone, Gabriel Jaraba, pose quant à lui l’hypothèse d’une expérimentation de portée européenne dont la dimension stratégique, aidé par les Mass-médias qu’il appelle « quatrième pouvoir », le « parti médiatique » en somme, consiste à tester la résistance des peuples à tolérer, ou à supporter, des régimes autoritaires en des temps de crise économique, de chômage, de travail précaire, d’incertitude quant aux paiements des retraites, de la montée électorale des extrêmes droites, etc., autrement dit, jusqu’où les citoyens sont-ils disposés à accepter un régime politique autoritaire, despotique ou totalitaire, d’action brutale contre les libertés publiques, individuelles et collectives.

Ces assertions ne sont nullement complotistes, elles évoquent les processus complexes où s’inventent des dispositifs comme ceux qui ont conduit Macron au pouvoir – si bien montré par Juan Branco dans Crépuscule –, en d'autre lieux donc que dans les conseils d’administration du CAC 40, loin des structures de l’Union Européennes ou, dans le cas algérien, en marge du DRS et des clans au pouvoir en Algérie. Ceux qui agissent, sans le savoir, selon des prémisses fascisantes, me rappellent le célèbre passage du roman de Ernest Hemingway Pour qui sonne le glas, « il y a beaucoup de fascistes dans ce pays, mais ils ne savent pas encore qu’ils le sont ». Macron, par sa volonté de substituer dans tous les domaines le contrat à la loi, d’exercer un contrôle social et politique sur la population, d’être un fanatique de la privatisation des services publiques et autres biens acquits au cours de l’histoire sociale, en un mot de transformer le pays en une immense ZAD, agit comme un fasciste mais il ne le sait pas encore!

Il s'agit en conséquence de penser la constellation des fascismes actuels comme un phénomène complexe, conjoncturel et polyédrique qui présente une série de caractéristiques en interrelation dont le volume des institutions autoritaires, leur poids sur les conduites de vie et l’expression d'une série de « passions » émotionnelles qui découlent de l’abolition du sujet soumis au FBI : incapacité de faire face aux pressions de l’environnement social, repli narcissique face à l'altérité vécue comme menace, etc. La « société fasciste » globale dans laquelle nous sommes immergés relève par conséquent d’un cadre idéologique complexe en ce que les pratiques attachées se distinguent des fascismes classiques du 20ème siècle. Les hommes sont livrés aujourd’hui à des bourreaux sans voir qu’ils préparent et répandent eux-même quotidiennement et légalement leur propre « gazage ». Cette hyperstimulation, on le sait, tend à la dépendance qui s’accompagne d’une agressivité, propre de la « société de masses », contre l'« autre » et le « faible ». Évidemment, il reste toujours l'option de laisser les immigrés mourir d’épuisement dans la Méditerranée ou négliger les milliers de mort chaque année directement corrélés au chômage. Les « meurtres », si je puis dire, engagés par le FBI se produisent sous nos yeux ! C’est inouï, on en parle pas beaucoup mais la liste serait longue. J’ai vu par hasard il y a peu un film édifiant sur la culture du maïs transgénique en Argentine par la méthode Monsanto dopé au glyphosate et autres pesticides, elle est en train de provoquer des centaines de morts sur les plantations, sans compter les effets sur la santé des consommateurs actuels et futurs. Le « terrorisme industriel » qui ravage les systèmes écologiques de la planète et le « génocide industriel » qui détruit l’humanité s’insèrent dans les agencements de FBI : en somme, une sorte d’« Holocauste de Basse Intensité ». Pas pour des raisons identitaires, politiques ou ethniques d’ailleurs, mais bien fonctionnelles, économiques ou de classe. Et là où il y a des masses existe le credo de devoir obéir à des « chefs qui eux savent ce qu'il faut faire ».

Les effets de cette forme spécifique de fascisme, par rapport aux crimes massifs commis par les fascismes des configurations antérieures, renvoient au degré élevé de résignation ou, plus encore, à une indifférence tendancielle instinctive face aux événements sociaux, face à la destruction irrépressible de « l’humain » qui déplace les frontières des cimetières dans des contrées où l’ordre policier, entre autres « machines de mort », accroît ses monstruosités. Impossible de ne pas se référer à une  production industrielle de la misère comme production pure, à la fois consciente et inconsciente, du capitalisme, c’est à dire de l'exploitation omniprésente dans un « monde vécu » réduit à l’indigence. En termes analytiques, ce néofascisme renvoi donc aussi à la crise de la subjectivité contemporaine : l'expansion de multiples formes de racisme, la primauté culturelle du cynisme ou l'économie interminable du sacrifice comme principe de survie ; « le pire ou le moins pire », le seul choix proposé que nous acceptons sans résister ! Dans le monde vécu s’insinue ce que nous refusons radicalement de voir et de savoir parce que cela risque de mettre le plus intime de notre être en péril, si ce n’est la vie entière. Par la fixation dans le corps de notre auto image, c'est notre « corps propre » exproprié qui s’exprime ainsi. La pratique obsessionnelle du « selfie » par exemple est à la mesure de ce qui nous déployons contre notre souffrance et nos insuffisances. Dans les moments où nous pourrions peut-être reconstruire un « vivre en commun » s’impose sans cesse l’identification automatique au désespoir d’avoir à « survivre ». Le pouvoir du nouveau fascisme s'infiltre précisément dans cette atrophie « vivre pour survivre » qui conduit inévitablement à une érosion du « vouloir vivre », une singularité toujours vécue comme « problème personnel ». Avec le FBI, si des murs ne nous empêchent pas de sortir à l’extérieur, contrairement à Anne Frank dont l’angoisse de la claustration pourrait être aussi la notre – elle n’a pu s’en échapper qu’en allant vers sa mort à Bergsen-Belsen –, ils ne sont déjà plus entre nous et le dehors mais en nous même.

De nos jours, rien n’est plus pénible et plus impossible peut-être d’« ouvrir les yeux » ! Mais l’impossibilité de les maintenir toujours fermés rend inévitablement l’environnement insupportable : d’où la pandémie des « dépressions », des « burn out » et l'extension accélérée de nouvelles « maladies de la normalité ». Tout cela donne l’impression que le fait élémentaire d'être dans le monde s'est transformé en une prouesse qui, lorsque qu’elle devient insurmontable, laisse des vies sur le bord de la route. Ainsi le FBI va-il plus loin encore que Michel Foucault dans sa préface à l'Anti œdipe de Deleuze y Guattari, « Introduction à une vie non fasciste »,  à propos de la nécessité de combattre le fascisme, « non seulement le fascisme historique d’Hitler et de Mussolini qui a su si bien mobiliser et utiliser le désir des masses, mais aussi le fascisme qui est en nous tous, qui hante nos esprits et nos conduites quotidiennes, le fascisme qui nous fait aimer le pouvoir, désirer cette chose même qui nous domine et nous exploite » ; c’est à dire celui qui colonise nos vie et permet d’asseoir le commandement des systèmes économico-politiques oligarchiques. « Nous sommes tous en danger » assurait Pasolini ! On ne sort pas intact de survivre dans un ordre criminel tel que le notre, issu du capitalisme néolibéral avec l'ascension de l'ordre policier du moment et la suprématie naturalisée des classes bourgeoises.

A Paris gare Saint Lazare je me suis heurté à un nouveau dispositif de contrôle : désormais il sera impossible d’y pénétrer sans billet. On est averti, « à partir de l’été il faudra changer vos habitudes » assènent des écriteaux. Du coup, le FBI envahi l’espace public ; le discours de l’adaptation au cœur du FBI nous assaille jusque dans les gares pour rappeler son impératif. La « société de contrôle » décrite par Gilles Deleuze et Antonio Negri inspirés par Michel Foucault, apparaît ainsi de plus en plus obsédante. Escorté depuis Reagan par une batterie de formules répétées pendant des décennies et soutenues par de nombreuses politiques publiques, depuis les suggestions exprimées par Jacques Delors dès 1966, le rapport « Pic » de 1974 et jusqu’aux Politiques de la ville des années 1980-1990, avec les intentions de Macron et de ses ministres aujourd’hui, le discours de l’adaptation au cœur de l’idéologie néolibérale tourne en boucle, articulé sur une répression des consciences individuelles et la présence permanente des institutions de contrôle. La conception néolibérale du macronisme a pour effet d’engager les individus à produire par eux-même une société dans laquelle l’impératif d’adaptation est l’exigence morale du principe de survie. Le travail des « premiers de cordée » est de les y obliger ; soit ils s’adaptent, soit ils meurent ! C’est une des interprétations majeures du darwinisme social contemporain véhiculé par le néolibéralisme producteur de FBI. Barbara Stiegler dans son livre « Il faut s’adapter. Sur un nouvel impératif politique », en revenant aux origines lippmaniennes du néolibéralisme, montre justement et avec précision de quel creuset doctrinal sont issus les systèmes de pensée organisateurs de l’action public conduite par le macronisme. Pour Macron et ses affidés, l’adaptation est une affaire de pédagogie car les « gaulois sont réfractaires à la réforme », ou quand ça ne marche pas c’est, disent-ils, « parce qu’on est trop intelligent pour eux !». Réputées inadaptées, les autres compétences sont exclues pour cause d’invalidation par les « élites » de l’État start-up en action. C’est pourquoi le recours sans cesse réévalué, au redoublement pédagogique, au management patronal, à la gestion des ressources humaines, à la culture du coaching et au pouvoir psycho-thérapeutique, est requis pour prendre le relais de la force destructrice du fascisme classique ; on peut notamment en voir une description édifiante de ces procédures et de leurs effets dans le film de Nicolas Klotz La question humaine.

Dans le FBI, les méthodes de conviction du chef s’actualisent même dans le « grand débat » à travers la figure de ceux qui posent des questions et qui doivent écouter les sermons, sinon les semonces, du monarque pendant des heures selon une mise en scène qui aurait fait pâlir d’envie un Fidel Castro en forme ou aujourd’hui un Poutine ou un Nicolas Maduro. Et si malgré cela les récalcitrants passent à l’offensive, la possibilité de repli existe toujours : c’est Macron prêt à fuir en hélicoptère tel un vulgaire Ben Ali. On en est là de la bêtise de la bourgeoisie dont François Bégaudeau raconte l’histoire (Histoire de ta bêtise) dans la même veine que les textes d’Édouard Louis ou ceux, pour ne pas l’oublier, de François Ruffin.

Une question s’impose cependant : pourquoi toutes ces intentions n’obtiennent que des effets partiels sur le comportement des personnes ? Comme celles de ses prédécesseurs, les recettes de Macron n’obtiendront en effet pas plus de succès. Leur impuissance face à l’objectif politique d’adaptation renvoie à des mutations anthropologiques inaccessibles dans des sociétés hiérarchisées par le marché capitaliste et le rapport au travail que ce dernier implique en vue de la production des bien et services. Parce qu’elles ne peuvent mobiliser que des aspects particuliers, parcellaires de l’individu, elles restent étrangères aux autres dispositions nécessaires à la vie humaine. Autrement dit, l’adaptation, si elle peut s’opérer dans un système de contraintes, ne préjuge jamais d’une plus grande faculté des individus à se modeler globalement aux exigences de nouvelles références qui leur sont imposées. Que des individus soient en situation de changement « contraint », imposant une adaptation, quand bien même ils paraissent accepter un transfert technologique ou se plier à des règles étrangères à leur expérience et à leur vécu social, ne signifie nullement qu’ils vont modifier l’ensemble de leurs rapports au monde! Tel est le problème auquel Macron va se heurter et pour lequel le néolibéralisme n’a aucune solution. C’est pourquoi aussi il y aura toujours des apparitions sociales de résistance, comme les « gilets jaunes » en ce moment.

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