La France croupit : rance et pestilentielle.
La démocratie ne se concentre pas dans des formules juridiques censées la définir et, par l’autorité du Droit, la protéger. La Première République supprimait « l’octroi », taxe qui gênait les marchands, la Vième libère l’import-export de capitaux. Les riches deviennent toujours plus riches, mais la France et ses pauvres s’appauvrissent. Et la République française croupit.
L’Ecole est le lieu privilégié de la transmission des grandes intentions de la République et les instructions du Ministère appellent les enseignants à s’engager. Des créneaux horaires sont prévus pour mettre en œuvre une Education morale et civique (EMC) qui remplace l’ECJM (Education civique, juridique et sociale) qui, elle-même, remplaçait l’instruction civique, qui etc. Bref, elle vient après des années de programmes particulièrement ennuyeux et déconnectés de la réalité sociale, et historique, vécue par les élèves.
Hélas ! « L’aide » que dispensent les Académies aux professeurs, loin de les encourager à exprimer leurs convictions, et si elle échappe désormais au fameux « Nos ancêtres les Gaulois », se vautre encore dans les lieux communs et les images racornies d’une histoire convenue qui sent le rance. Le SNES-FSU (Syndicat National des Enseignements de Second degré), syndicat majoritaire des lycées et des collèges, dénonce le « manque de formation, de ressources pédagogiques et de temps de concertation des enseignants ». http://www.lemonde.fr/education/article/2015/08/31/un-enseignement-moral-et-civique-du-cp-au-bac_4741212_1473685.html#Q3YY9kOjJGVORVzF.99 On a pourtant trouvé les crédits nécessaires pour installer l’état d’urgence… policier : histoire universelle du pyromane pompier.
Nicolas Sarkozy, dans son livre « La République, les religions, l'espérance » (cerf, 2004), comme dans son discours à La Chapelle-en-Vercors, le 12 nov. 2009, martèle que la chrétienté est le socle de l’identité française, ce qui permettrait, selon lui, de la distinguer, sans confusion possible, des autres Etats de par le monde ! Le chanoine de Latran, tenait surtout à nier la caractéristique essentielle de la République française : sa laïcité !
Les valeurs doivent se vivre. Dans L'esprit du socialisme, Jean Jaures estimait avec justesse, que « l'on n'enseigne pas ce que l'on veut... l'on n'enseigne pas ce que l’on croit, on n'enseigne et on ne peut enseigner que ce que l'on est. » et Montesquieu avait déjà dit : « l'on est ordinairement le maître de donner à ses enfants ses connaissances; on l'est encore plus de leur donner ses passions. »
En classe d’Education morale et civique, et s’agissant de la laïcité, la lecture du poème de Voltaire « La henriade », suivie d'une discussion ouverte, avec les élèves, devrait bien être vivement conseillée aux maîtres, professeurs, directeurs, inspecteurs d'académie, ministres... présidents :
« Je ne vous peindrai point le tumulte et les cris,
Le sang de tous côtés ruisselant dans Paris,
Le fils assassiné sur le corps de son père,
Le frère avec la sœur, la fille avec la mère,
Les époux expirant sous leurs toits embrasés,
Les enfants au berceau sur la pierre écrasés :
Des fureurs des humains c’est ce qu’on doit attendre.
Mais ce que l’avenir aura peine à comprendre,
Ce que vous-même encore à peine vous croirez,
Ces monstres furieux, de carnage altérés,
Excités par la voix des prêtres sanguinaires,
Invoquaient le Seigneur en égorgeant leurs frères ;
Et, le bras tout souillé du sang des innocents,
Osaient offrir à Dieu cet exécrable encens. »
Il est extravagant que, face à des élèves, français, du fait de la décolonisation, cette part de l’histoire de France de laquelle les originaires de ces « colonies » sont exclus de fait, dans la société en général (contrôles de police – au faciès, et à l’habit - discriminations diverses) et pire, à l’école, ne soit abordée, quand elle l’est, qu’en Terminale. Le Défenseur des Droits, qui remplace la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour Égalité (HALDE), déclare dans son rapport d'activité 2015, (http://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/atoms/files/raa2015_courtv2.pdf) que l'institution a traité plus de 79.500 dossiers de réclamations dans l'année ! Tout va très bien madame la marquise…
Lors du 90e anniversaire de la bataille de Verdun, Jacques Chirac avait, lui, évoqué ces 72 000 combattants de l’ex-Empire français, morts pour la France entre 1914 et 1918, ces goumiers marocains, tirailleurs algériens, sénégalais, cochinchinois, annamites, tombés à Verdun et dont les régiments obtiennent 55 citations à l’ordre de l’armée, et 4 d’entre eux la fourragère de la Légion d’honneur.
Les enseignants craignent-ils toujours l’écorchure du gosier ? Faudra-t-il s’exiler à Rabat pour apprendre que le premier Département français libéré en 1943 fut la Corse, particulièrement grâce à trois goums (compagnies) d’un tabor (régiment) marocain qui, en trois semaines, sont venus à bout de quatre régiments allemands ?
Tant pis, sans doute, si nos enfants, de toutes origines, n’étaient pas présents au 70em anniversaire de la libération de Marseille pour entendre le Maire conclure son discours : « Il convient que nous nous souvenions et que nous apprenions aux jeunes générations avec quel courage et quelle détermination ces hommes venus de l’autre rive de la Méditerranée ont combattu pour la liberté, pour la paix. » (https://destimed.fr/Marseille-hommage-aux-Goumiers) En effet, le 2e groupe de tabors marocains (2e GTM) est, après le 2e régiment de chasseurs parachutistes, l'une des six unités d'infanterie les plus décorées de la Seconde Guerre mondiale avec le 3e régiment de tirailleurs algériens, le 4e régiment de tirailleurs tunisiens, le Régiment de marche du Tchad… Peut-être aurions-nous eu l’audace de lui faire remarquer qu’il se fait, inéluctablement, bien tard… Ces faits d’armes sont-ils cités dans les livres scolaires au même titre que ceux de Charles Martel et de Jeanne d’Arc? La France n’a-elle pas attendu 60 ans (2011), et qu’il ne reste en vie que 2% de ces vétérans, pour aligner leurs pensions sur celles des Européens ? L’heure est aux épouvantables carnages, et l’odeur, alentour… pestilentielle.
Ils descendent de ces soldats « morts pour la France », de ces harkis survivants - reclus longtemps, et honteusement, dans de misérables ghettos – ils sont les enfants de ces ouvriers, de l’automobile et de la construction qui, du fait du racisme, avaient pris l’habitude de raser les murs et qui ne sont plus, à leurs yeux, que des victimes, lâches, sans plus la moindre autorité ; des hommes qui baissent la tête ; et les bras. Ils sont dans la rue, ces gosses qu’il faut, selon M. Sarkozy, éliminer au karcher. Ils sont largués, amers, révoltés, provocateurs, à la recherche d’un espoir d’avenir d’une foi (…) que l’école, comme les édiles de cette République, n’ont pas su leur insuffler, et avec une seule règle : ne pas être ce qu’étaient leurs pères !
Encore un discours d’édile : celui de François Fillon à l'Ecole militaire, le 4 décembre 2009, était dans la trace de celui de son maître d’alors : « Être français, c'est d'abord appartenir à un très vieux pays d'enracinement ». L’image que donne l’extrême droite de « sa » France est celle d’un objet inerte, figé, pétrifié, une immobilité mortuaire, définitive, une « France des origines », tissée de « lignées anciennes ». Ces hautes figures « républicaines » ont le même mot de passe : l'enracinement. Et la même cible, évidente : « les déracinés », les « barbares » du temps de la pétrification. Oui, l’odeur est pestilentielle.
« LIBERTE EGALITE FRATERNITE » aux frontons des écoles : l’enfumage délétère s’épaissit, l’exaspération gagne, et ils présagent bien d’autres malheurs… que la mesure extrême de l’état d’urgence policier ne peut même pas estomper.
G.R.
Post-Scriptum pour répondre d’emblée à toute accusation prévisible d’angélisme ( !) ou, plus radicalement, de connivence : Louis Pasteur ne cherchait pas à trouver des excuses au microbe lorsqu’il affirmait que l’examen du milieu dans lequel ce dernier se développe était capital.