Le management moderne est la traduction quasi parfaite de la liberté libérale : nous sommes libres d’obéir* : yavol mein oberführer ! Sans doute née en Allemagne nazie, il dévoile le sens strictement économique des locutions « capital humain », ou « ressources humaines » des bourgeois d’aujourd’hui, et prend un tour tragi-comique dans une pub de la mutuelle Malakoff-médéric, notamment, où l’entreprise clame sa flamme au « capital humain ». Comme M. Audiard le dit plaisamment : « les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». « L’humain » n’est qu’un outil (comme une pioche, par exemple) plus ou moins performant, du capital, il n’a qu’une fonction intéressante : permettre de distribuer des dividendes aux actionnaires.
Au début de l’ère macron, je comparais ce dernier à Mme Thatcher. Mais nos futurs gouvernants se rapprocheront inéluctablement de Pinochet. Alors, ceux qui ne seront pas d’accord et l’exprimeront, seront considérés comme des bourrins, « sous-hommes » comme les non-ariens du temps de M. Hitler, et comme tels, ils mériteront d’être, non pas énucléés, ni amputés, mais fusillés à balles réelles. La violence du pouvoir ne pourra plus tenter de se camoufler, elle sera claire, traduite dans la Loi, légale, officielle. N’oublions jamais que M. Hitler fut nommé, tout à fait légalement, « démocratiquement » (dirons nos journalistes en vue), chancelier du Reich par Hindenburg.
Et advienne que pourra…
*Johann Chapoutot : « Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui. » Ed. nrf essais. Gallimard.