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Billet de blog 21 juin 2016

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Le capitalisme libéré

Le marché : une calamité météorologique ! L’économie psychologique. Les souris devant un fromage. Pasteur et le microbe. En 1989, ine digue a cédé.

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Le capitalisme libéré

par l’effondrement du mur de Berlin.

Le terme de néolibéralisme (qui évoque agréablement la liberté, la nouveauté et, aussi, une pseudo nouvelle théorie économique) n’est inventé que pour ne plus parler de capitalisme et, donc, de son contraire, le socialisme. Aux oubliettes, par exemple, la plus-value du capital, partie non payée du salaire, et fondement du profit capitaliste. Alors, comme dans ces débats  télévisés -qui n’ont de dispute que le nom- des technobidou-économistes-experts-désignés, donnent libre cours à leur glose sur un prétendu nouveau vrai sujet. Certes, les gardiens (les gouvernements) de l’ordre économique peuvent moduler les effets du capitalisme, à minima, mais ils ne le font que lorsqu’ils y sont obligés par un rapport de forces entre dominants et dominés, qui leur est -momentanément espèrent-ils- défavorable. Ces petites adaptationsauxcirconstances ne changent pas la structure du système économique, justifié au XVIIIème siècle par  les classiques (Adam Smith « Discours sur l’origine de la richesse des nations ») : la recherche de l’intérêt personnel. Nouveau, le « laisser faire, laisser passer » ? Nouvelle, la volonté de réduction des dépenses publiques donc sociales, de déréglementation, de baisse des salaires, d’ouverture du marché alimentaire, culturel… d’ouverture des frontières aux investissements étrangers ?

Le marché : une calamité météorologique !

Nouvelle, la référence suprême à LA nature, indéfinie, mais dont un expert, Alain Minc, se réfère systématiquement, et avec délectation : «  Je ne sais pas si les marchés pensent juste, mais je sais qu’on ne peut pas penser contre les marchés ! Je suis comme un paysan qui n’aime pas la grêle, mais qui vit avec. » (Le Débat mai 95) ? Dans un périodique madrilène, Cambio (15 décembre de la même année), M. Minc, bien au chaud dans son salon parisien, après avoir ainsi comparé le marché capitaliste à une calamité météorologique, sanctifie pourtant, dans son « intérêt personnel », ladite Nature   ( « La démocratie n’est pas l’état naturel de la société. Le marché, oui… ») et dénigre la démocratie, structure politique issue d’une culture (Kézaco ?), et du choix délibéré de la population… Nouveau ?..

L’économie : psychologie et mathématiques !

Jean Tirole, lui, est le président et co-fondateur de l’École d’économie de Toulouse, richement dotée par des entreprises privées, notamment la banque BNP Paribas, et les assurances AXA. Déjà lauréat d’une multitude de prix dont, en 2010, le prix Claude Lévi-Strauss, qui vise à valoriser l'excellence de l'œuvre d'un chercheur en sciences humaines ( !), il reçoit, en 2014, sous les hourras venus, dit-on, de tous les horizons, d’E. Macron (…) à V. Pécresse,  le prix de la Banque de Suède en sciences économiques (et humaines, donc). M. Tirole est un chercheur : il cherche ! Notamment le processus naturel, humain, qui permet à un individu de déterminer cet « intérêt personnel », évoqué par Adam Smith, qui crée « la richesse des nations ». Dans un entretien accordé à la revue « La Recherche » (n°414, décembre 2007)  (http://www.larecherche.fr/savoirs/entretien/jean-tirole-economie-ameliorer-bien-etre-general-01-12-2007-73042), il constatait que  les décisions des acteurs de l’économie ne sont pas toujours rationnelles. Mais, disait-il, « nous savons de mieux en mieux modéliser ces phénomènes grâce au dialogue, entamé il y a une vingtaine d’années, entre économie et psychologie. » La psychologie est, comme l’économie, une connaissance qui s’appuie exclusivement sur l’expérience et l’observation, mais, contrairement à l’économie, elle concerne, généralement, « un » individu. Lequel ? Où ? Quand ?, M. Tirole devrait savoir que la société qui lui remet le Prix Lévi-Stauss n’est pas une juxtaposition d’individus. Les inventeurs et les adeptes successifs du capitalisme, dont l’humaniste Jean Tirole, bien sûr, ont toujours considéré comme seules dignes d’intérêt les explications qui se fondent sur cet individu « éternel », « naturel », en suspension dans le vide, excluant toute influence du milieu extérieur, sans rapport avec l’Histoire. Néo, le libéralisme ?

Dans l’article cité, Jean Tirole indique donc qu’il « attend beaucoup des neurosciences, en particulier de l’imagerie cérébrale qui permet de voir les régions du cerveau activées lorsque l’on fait un choix ». Attendre de l'imagerie médicale des informations sur la localisation des décisions et la manière dont elles sont prises relève du fantasme : depuis… quelques dizaines d’années, les neurophysiologistes, savent que les « aires » cérébrales ne sont pas cloisonnées, que les synapses qui traversent ces frontières théoriques, réparties dans toutes les zones du cerveau, et en interaction les unes avec les autres, sont aussi nombreuses que celles qui agissent à l’intérieur de toute aire prédéfinie.

Souris devant un fromage :

M. Tirole apprendra sans doute que les décisions se forgent dans les millions de neurones du lobe frontal : la belle affaire, puisque chacun d’entre eux est relié à des millions d’autres, Autrement dit, lorsqu’il observera le cerveau d’un rat de laboratoire et, peut-être d’un financier, d’un banquier, M. Tirole constatera que les neurones qui clignotent frénétiquement en imaginant un bout de fromage, traduisent une pulsion primaire issue du cerveau limbique, laquelle entraîne une abondante sécrétion de salive, en s’attardant, plus ou moins -même chez le rat dont on admet généralement le caractère méfiant-  dans le cortex préfrontal, le cortex pré moteur, le pariétal, l’occipital, l’hippocampe : la complexité inextricable à l’œuvre, dans ces millions de neurones dispersés qui participent, tant bien que mal, à la « culture », du rat, du chercheur comme du capitaliste ou du journaliste lambda, de laboratoire.  Quelques bribes de ces savantes observations, pourront même, être certifiées « objectivement » par des équations complexes dont on aura préalablement affublé les « inconnues » des « bons » chiffres, permettant sans doute de conforter, dans le lit de la complaisante bienpensance, les fondements sinon logiques, du moins « naturels », donc inéluctables , du capitalisme. Ces bidouillages mathématiques permettront, au surplus, aux experts, ravis, d’expliquer avec leur aplomb habituel, pourquoi ce qu’ils avaient prévu hier, s’avère faux aujourd’hui (problème d’inconnues…).

Pasteur et le microbe :

Alors que Louis Pasteur démontrait que l’étude de son milieu de développement était aussi importante que celle du microbe lui-même, M. Tirole déclare (article précité): « une question globale… s’analyse à partir des comportements microéconomiques… », qui seraient indépendants de l’environnement macroéconomique, sociologique, historique ? Découle de cette fausse vérité une conclusion imprudente que certains, parmi les plus hautes autorités de l’Etat, énarques, polytechniciens, les intellectuels et journalistes bienpensants, se sont empressés de répéter à l’envi : « la comptabilité de l’Etat  doit être gérée comme celle des ménages ! » S’il ne s’agit que d’additions, de soustractions, de divisions et de pourcentages, pourquoi l’ENA alors que le niveau de compétences du cours élémentaire suffit ? Juste pour inonder les cerveaux des futures cadres de la nation de l’idéologie unique du capitalisme ?

Les freins ont cédé :

Le capitalisme entame sans doute la dernière étape de son développement historique. Réduit à justifier sa suprématie par de pauvres bidouilles mathématiques, « techniques », et les performances instinctives du cerveau humain primaire, réduisant à rien la raison politique, les capacités mentales et cognitives de l’ensemble la société.

Suite à la remise du prix de la banque de Suède à M. Tirole, l’intérêt personnel ( ?) des commentateurs devait être suffisamment important pour qu’ils passent sous silence l’abîme scientifique et, globalement, culturel, ainsi récompensé. Il est bien regrettable que la bienpensance… élémentaire  -elle aussi- leur interdise d’évoquer la disparition de l’URSS comme l’élément fondamental de la vogue d’un  prétendu « nouveau » capitalisme. Un barrage a spectaculairement cédé en 1989… et la sociale démocratie, le pédalo de M. Hollande sombrent, corps et bien.

G.R.

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