Interrogé dans le JDD du 28 mai, Nicolas Hulot, désormais ministre d’Etat du gouvernement Philippe, estime qu’un espoir s’est levé pendant la campagne, on le sent bien… « On » et, d’évidence, lui le premier. Son « sentiment », cependant, contredit une réalité têtue : si M. Gattaz –on- semblait en effet réjoui de la victoire de M. Macron, dit le jeune, l’individu qui personnifiait cette « espérance » n’a jamais rassemblé que 18% des inscrits au premier tour et, au deuxième, sa victoire consistait, avant tout, à éviter celle de la hideuse Mme Alliot-Le Pen.
Pourtant, en 2012, sur RMC/BFMTV, Nicolas Hulot avait admis avoir voté pour le candidat du Front de gauche, M. Mélenchon, au premier tour car, disait-il, "Je n'ai pas voté pour Eva Joly, j'ai trouvé plus de conviction chez Jean-Luc Mélenchon. J'ai voté François Hollande au second tour"… http://www.lejdd.fr/politique/hulot-ministre-de-macron-explique-son-choix-au-jdd-ce-quil-faut-retenir-3343385
En 2017, en ce qui concerne J-L Mélenchon, M. Hulot est péremptoire : "C'est le seul qui a bossé sur l'écologie". "C'est celui avec lequel j'ai le plus de plaisir à dialoguer. Sur certains dossiers c'est même lui qui m'en apprend, notamment sur la mer. Ah ça quand il bosse Mélenchon, il ne fait pas semblant". Mais, selon lui, Mélenchon n’avait plus cette conviction de 2012 !
De là à envisager de le soutenir à l'élection présidentielle, il y avait donc un grand pas que l'écologiste n'était pas prêt à franchir, comme il l’avait fait 5 ans plus tôt. "Mélenchon est trop clivant. S'il n'était pas si clivant, je me poserais des questions", dit-il. Oui, c’est vrai, le clivage demandait de choisir entre un aspirateur ramasse-tout : « 18% », mandaté par le marché, et une politique économique volontariste, progressiste, fondée, ancrée, sur l’écologie, et d’application immédiate : « 15% ». Est-ce que ce sont ces 3% de différence qui font le « clivage » prétendu par M. Hulot ou bien celui de la droite prédatrice et de la gauche écologiste ? M. Hulot a, simplement, choisi la droite ! Dans le même article du JDD, il explique que M. Macron lui a dit : « J’ai bien conscience que l’enjeu que tu portes est un enjeu essentiel qui conditionne tout le reste. Je n’en ai peut-être pas pris encore toute la mesure et c’est bien pour cela que j’ai besoin de toi ». Et il admet : « Je fonctionne à l’instinct ». Il a donc accepté d’entrer dans un gouvernement nommé par un Président qui ne maîtrise pas le sujet et dont le chef fut un personnage central dans le lobby du nucléaire français lorsqu’il était directeur des affaires publiques chez Areva, de 2007 à 2010, et qu’en qualité de député, il a toujours voté contre les lois sur la transition énergétique et sur la biodiversité. Question « convictions », M. Hulot est servi ! Il se rendra sans doute rapidement compte que son instinct l’a trahi : piteuse fin de carrière d’un homme qui se voyait bien en sauveur de l’humanité !
www.lemonde.fr/planete/article/2017/05/16/edouard-philippe-un-chef-de-gouvernement-pas-tres-vert_5128693_3244.html#xtvZGrotoZgKEYyB.99
Et avec un Président « et de droite et de gauche », qui ne comprend rien à l’écologie, un Premier ministre anti-écolo, et un ministre d’Etat (mazette !) qui ne comprend rien à la politique, nous voilà bien gouvernés. Quant à l’image de M. Hulot, avec ce chapelet d’incohérences, elle s’est sérieusement ternie.
Mais tout va bien, du moins c’est ce que nous répètent, depuis les élections, les journalistes : que le président fait un « sans faute » qu’il est « jeune, beau, talentueux, souriant ». Si, avec ça, le chômage ne recule pas, et la pauvreté ne disparait pas, c’est sans doute que le ciel n’est pas avec nous et que l’instinct des partisans du « ni gauche ni droite » les aura trompés.
En attendant que les cerveaux vacants s’emplissent plus vite que le tonneau des Danaïdes, les plans de licenciements et de fermetures d’entreprises continuent, à la Seita, chez Tati, à Arc, Nestlé, GM&S automobile, Vivarte, William Saurin ou Mim Textile. Et, avec la réforme du code du travail, on prépare la légalisation de la précarisation du travail et la fabrique de travailleurs pauvres. Mais pour certains humanistes, les travailleurs (comme les noyés en Méditerranée) ont un tort irrémédiable : ils ne sont pas des animaux… GR.