Catalogne, se taire est indigne.

Nier la réalité de la nation catalane, sa culture, sa langue, sa cohérence géographique, est une absurdité historique. Mais je ne répondrai pas à la question de savoir si la Catalogne doit être indépendante ou non. Seuls les habitants du Principat peuvent y répondre, car ce sont eux qui en vivront les conséquences. Encore faudrait-il respecter leur vote.

Après 7 longues années passées à tenter de négocier un nouvel accord avec Madrid, et face au refus absolu de dialogue qui leur a été opposé, les Catalans ont voté. Sans revenir sur la légalité du scrutin du 1er octobre - après tout l’Espagne a signé des traités internationaux qui l’engagent, notamment la charte des Nations Unies dans son article 2- il est évident que sa légitimité est incontestable. J’ai vu de mes yeux à Puigcerda et à Figueres des gens voter malgré les menaces, et protéger les urnes : des familles, des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes, tout un peuple pacifique et joyeux… C’était exemplaire, tant dans l’organisation que dans la façon d’être des votants, comme l’ont d’ailleurs souligné tous les observateurs internationaux dépêchés sur place. Le résultat est là, ils ont voté pour la création d’une république catalane libérée de la monarchie espagnole, et comme dans tous scrutins les abstentionnistes peuvent s’ils le veulent s’en mordre les doigts. Ce ne sont pas les milliers de militants unionistes venus des quatre coins de l’Espagne en appelant à « l’invasion » de la Catalogne, ou traitant la mairesse de Barcelona, Ada Calau, de « pute » qui y changeront quelque chose. Dans une démocratie normale il conviendrait d’ouvrir un dialogue pour envisager les conditions du divorce, ce que Madrid refuse et qui pose un grave problème de démocratie.

Les Catalans sont maintenant confrontés à un choix très simple : soit ils déclarent unilatéralement l’indépendance, soit ils renoncent. Si depuis le 1-0 et ses violences ils ont bien compris qu’il y aurait un prix à payer en cas de départ, ils ont surtout touché du doigt que le coût de leur maintien dans l’Espagne serait bien plus élevé encore. Ils savent désormais que, contrairement au Canada et à la Grande Bretagne, qui ont ouvert le dialogue et proposé de nouvelles compétences aux autonomies en mal d’indépendance, il n’en sera pas de même avec Madrid. Tout sera mis en œuvre pour éradiquer totalement le sentiment catalan. La question de leur relation institutionnelle avec l’Espagne s’est donc transformée en question de survie.

La solution ne peut plus passer que par une médiation internationale, réclamée par les Catalans, et jusqu’ici totalement refusée par Mariano Rajoy, un homme à la tête du parti le plus corrompu d’Europe. Les slogans les plus modérés genre «diálogo sí, independencia no» qu’on a vu fleurir dans les manifestations unionistes de ce dimanche sont stupides ou déloyaux, il est trop tard pour ça. Les Catalans sont désormais contraints à une Déclaration Unilatérale d’Indépendance, que les députes voteront aussitôt qu’ils le pourront car ils en ont pris l’engagement devant leurs électeurs. Faute d’une médiation solide, Madrid prendra alors des mesures encore plus violentes et liberticides. Et c’est pourquoi je suis en colère. Il s’agit de graves atteintes à la Démocratie et nous n’en sommes qu’au début. Ça nous concerne tous, nous européens, mais aussi ceux des Espagnols qui sont attachés aux principes démocratiques, et qui ont souventnt  condamné les agissements de ce gouvernement. Laisser un Etat exercer un tel refus du dialogue et une telle violence envers une partie de sa population pour empêcher qu’elle s’exprime pacifiquement par un vote est une indignité, se taire est indigne. L’autre option c’est l’affrontement, que les ultras du Partido Popular appellent certainement de leurs vœux. En détournant les yeux sur ce déni de Démocratie, nous ouvrons la porte à des heures sombres. Une lâcheté que nous paierons tous un jour, chez nous.

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