Du bio dans les discours, pas dans les actes…

A l’heure où le microcosme politique bruisse du régal d’une nouvelle campagne présidentielle, le moment est venu de mettre en lumière les mensonges du gouvernement Hollande concernant l’agriculture biologique.

Le 31 mai 2013 Stéphane Le Foll, inénarrable ministre de l’agriculture, dévoilait le plan Bio 2017 : « Avec un objectif d’ici fin 2017 à la fois de doubler les surfaces et d’augmenter fortement la consommation française de produits issus de l’agriculture biologique, ce plan vise à donner une nouvelle impulsion au développement et à la structuration de cette filière en France ». Beau discours prononcé avec élan, nous voulions y croire. Pourtant, à l’épreuve des faits, force est de constater  qu’il ne s’agira que d’un reniement de plus.

En effet, dès 2014 l’action gouvernementale commençait à montrer son vrai visage. Cette année-là, la Dotation au maintien ou à la conversion des exploitations agricoles à l’agriculture biologique a bien failli être amputée de 25%. Il a fallu une mobilisation importante pour changer la donne. Mais ensuite, la complexité des dossiers complémentaires à instruire fut telle que beaucoup renoncèrent, se privant d’une aide à laquelle ils pouvaient légitiment prétendre. Certains de nos collègues se sont alors retrouvés dans une situation difficile.

Ça aurait pu être un accident, mais la situation n’a fait qu’empirer. A la date d’aujourd’hui, (13/09/2016), et dans l’indifférence générale, les agriculteurs bio français n’ont toujours pas reçu la dotation 2015, normalement payable fin 2015, ce qui crée de graves difficultés financières dans les exploitations, notamment les plus petites.

Pour 2016, et contrairement aux années précédentes, l’instruction administrative des dossiers n’a même pas commencé ! faute de circulaire d’application du ministère… Cela augure mal de leur paiement fin 2016, créant une tension supplémentaire sur les plus fragiles, freinant embauches et investissements chez les plus solides. Or ces aides font partie de décisions Européennes qui s’appliquent à tous les pays, et sont destinées à accompagner l’agriculture européenne vers le bio, elles font partie du pilier B de la PAC. Nos collègues européens des autres pays les ont touchées, ce qui crée de nouvelles distorsions vécues à tort comme une injustice européenne de plus, alimentant un sentiment anti-européen accru, et la tentation d’un vote de repli dévastateur. La vérité c’est que l’Etat Français ne les a tout simplement pas anticipées et n’a plus d’argent. Il faut dire que les multiples guerres engagées aux quatre coins de la planète, comme les cadeaux fiscaux en vue de la présidentielle, ont un coût…

Sur le terrain nous constatons maintenant un reflux vers l’agriculture chimique, plus rentable, ou le renoncement aux labels bio, couteux, par des producteurs pris à la gorge par les banques, l’administration, et les règlements nationaux en perpétuels changements, imposant des adaptations parfois contradictoires, toujours chères.

Le ministre, lui, se réjouit du regain de vigueur du candidat Hollande à se lancer dans la course à la présidentielle, comme lors de sa récente prestation à Wagram. Hé bien pas nous ! et nous ne dirons rien des candidats écologistes, plus occupés par leur plan de carrière que par la cause qu’ils revendiquent avec cynisme.

Aujourd’hui la France est entrainée dans une spirale populiste où les bonimenteurs de tous bords semblent avoir gagné la partie. Tout mensonge est bon, pourvu qu’il assure la victoire. L’agriculture, comme la démocratie, ne peut s’épanouir dans un tel contexte délétère. Il est à craindre que 2017 nous conduise à une crise inégalée, en agriculture comme en démocratie. Nous serons alors seuls, nous citoyens, à en payer le prix.

Un couple d’agriculteur Bio

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.