L'autisme est une idée : métamorphoses.

L'autisme moderne a été, selon ses thuriféraires, arraché à la gangue préscientifique grâce, entre autre, aux classifications "athéoriques" telles CIM ou DSM, qui, essentiellement descriptives, auraient l'immense vertu d'être délivrées des passions de la psychiatrie antique, celle des théories d'un fonctionnement de l'esprit, tant normal que pathologique... Mais la réalité clinique est complexe..

 

 

Je ne résiste pas à vous faire partager ma (? - google est grand) traduction d'un petit article tout chaud de "Spectrum", qui rapporte une étude intéressante, qui parle justement de certaines réalités cliniques de l'autisme, telles qu'elles évoluent le long du temps.

On connaissait les "Optimal Outcomes" qui, bien qu'autiste un jour, autiste toujours soit un dogme, vous "sortent" de l'autisme (en tout cas de ses critères normalisés dans CIM/DSM), voici, en prime, les Métamorphoses de l'autisme.....

 

Les compulsions, l'anxiété remplacent l'autisme chez certains enfants
Par Ann Griswold / 2 janvier 2017

La plupart des enfants qui perdent leur diagnostic d'autisme développent des troubles psychiatriques, selon une nouvelle étudei. Les résultats suggèrent que les médecins devraient continuer à surveiller les enfants une fois diagnostiqué avec autisme.

Selon la nouvelle étude, près de 9% des enfants atteints d'autisme parviennent à ce que l'on appelle un «résultat optimal». Mais presque tous ces enfants, des années plus tard, développent des affections connexes comme le trouble obsessionnel-compulsif, le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité, l'anxiété et la dépression.


«La majorité du groupe ayant des antécédents d'autisme est vulnérable au développement d'autres troubles psychiatriques», explique l'investigateur principal Nahit Motavalli Mukaddes, professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'Institut d'Istanbul de psychiatrie infantile en Turquie.
D'autres études ont rapporté des problèmes psychiatriques chez les enfants qui perdent leur diagnostic d'autisme, mais à des taux beaucoup plus faibles. La nouvelle étude a examiné des enfants vivant en Turquie, ainsi les taux élevés peuvent refléter des différences culturelles, le stress sociopolitique ou des variations dans
la manière dont les conditions psychiatriques sont diagnostiquées et traitées, dit Inge-Marie Eigsti, professeur de psychologie à l'université de Connecticut à Storrs, qui n’a pas participé à la nouvelle étude.


L'équipe a examiné 21 garçons et 5 filles qui avaient reçu un diagnostic d'autisme comme enfants d'âge préscolaire mais l'ont perdu au moins deux ans avant le début de l'étude. Les enfants ont entre 6 et 16 ans.


Les chercheurs ont examiné les dossiers médicaux des enfants pour vérifier leur diagnostic initial d'autisme. Ils ont ensuite évalué les enfants cliniquement pour confirmer qu'ils ne répondent plus aux critères d'autisme. Ils ont également passé en revue les résultats de l'échelle de l'évaluation de l'autisme chez l'enfant et du questionnaire sur la communication sociale, deux questionnaires pour les parents.


Surveillance vigilante:


Les chercheurs ont cherché d'autres diagnostics psychiatriques dans les dossiers médicaux des enfants. Ils ont également évalué les enfants dans la clinique et ont examiné les rapports des enfants et de leurs parents.


Tous les enfants ont des aptitudes sociales et de communication dans la gamme habituelle, conformément à d'autres études.
«Il est très important d'avoir cette confirmation avec un échantillon complètement différent et d'une culture très différente», explique Deborah Fein, professeur de psychologie à l'Université du Connecticut à Storrs, qui n'a pas été impliqué
e dans la nouvelle étude.


À la surprise des chercheurs, 24 des 26 enfants avaient été traités pour un état psychiatrique à un moment donné; 21 ont répondu aux critères des chercheurs pour un trouble psychiatrique autre que l'autisme. Les résultats ont été publiés le 12 novembre dans Pediatrics International.
Plus de la moitié des enfants ont répondu aux critères diagnostiques pour le trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention au moment de l'étude. Près de la moitié avait une phobie spécifique - anxiété grave sur un objet ou une situation, comme les araignées ou les hauteurs. Environ un enfant sur cinq avait un trouble obsessionnel-compulsif.


Les résultats suggèrent que les enfants qui perdent leur diagnostic d'autisme bénéficieront des soins continus.
«Même lorsque nous cessons leurs programmes d'éducation spéciale, nous devons poursuivre leur suivi en psychiatrie et en santé mentale pendant longtemps», a déclaré M. Mukaddes.


Son équipe prévoit continuer à suivre les enfants pour suivre leurs diagnostics au début de l'âge adulte.


Les références:

 

i Motavalli Mukaddes N. et al. Pediatr. Int. Epub avant impression (2016) PubMed

 

L'autisme est (aussi) une idée, c'est une série d'articles que je commence par ce petit compte rendu.

Idée, car justement l'idéalisation "scientifique" du nouvel autisme, qui se fonde entre autre, sur le (prétendu) athéorisme des classifications descriptives, pourrait isoler l'autisme comme une entité simple, quasiment médicale, ayant des signes (ceux décrits, soit dans DSM 5 la double série communication-relation/actions répétitives-intérets restreints-troubles dysesthésiques) une étiologie, essentiellement génétique, une physiopathologie (une atteinte du cerveau), ce que j'ai nommé le syndrome NeIGE. Ce syndrome, qui forme consensus aux USA, et presque partout ailleurs, on en déclare l'importation puis l'imposition par la force de la loi comme une priorité essentielle.

Les "optimal outcomes", tels que ceux décrits, viennent, à la marge certes, relativiser ces belles certitudes. C'est que l'autisme nouveau, aussi ça se transforme, ça devient autre chose, on saute d'une case du manuel à une autre toute différente, sans qu'on puisse utiliser l'invraisemblable outils de la (pseudo) "comorbidité", brandie quant à de l'autisme se mêle de l'hyperactivité avec déficit de l'attention, ou des TOC, ou de la dépression, ou de l'angoisse, ou tout autre chose.

La psychiatrie "atomique", qui délimite des entités "purifiées", reliées à des "anomalies cérébrales", en les associant au besoin par la baguette magique comorbidité, a bien des avantages. Elle prévient en effet les mauvais penchants à la divagation explicative et aux théories fumeuses de la psychiatrie contemplative, celle dont je suis héritier. Elle concentre l'intérêt sur le réel hic et nunc, elle permet aussi (elle est américaine) l'action concertée. La nouvelle psychiatrie est nette, propre, ob-jec-ti-ve, et surtout pro-active. A-théorique, c'est autre chose, car penser que ce qu'on voit est ce qui existe est une folie bien avancée, une théorie donc.

Mais les transmutations, les métamorphoses, les surgissements ou, comme ici, les disparitions, alors ça, elle reste coite, et sans ressource. C'est là, une démonstration de sa limite. Comment tout cela peut il s'expliquer ? Mon pauvre cerveau malade d'une certaine maladie en a guéri, mais est devenu malade d'une autre maladie, toute différente....

Le principal défaut de l'autisme descriptif moderne tient en fait en une paille dans l'acier de sa théorie : comment assurer qu'une constatation descriptive à un instant t, reliée à sa cérébralité du moment fait une "maladie" au sens médical, une atteinte d'un organe ou d'un système, stable dans le temps, ou dont les transmutations sont prévisibles ou explicables ? En l'assurant par principe, c'est à dire en corrigeant l'incertitude d'Heisenberg psychique, elle crée, dans un nombre limité d’occurrences une impossibilité, telle le passage autisme vers TOC, angoisse, hyperactivité ou nimporte quoi sans autisme.

Nous voici aussi sur le chemin d'une autre limite, trés fréquente elle, qui est reliée à la précédente. En décrivant des entités atomiques, qui se sont présentes en un même instant que par comorbidité, elle interdit toute étude justement sur les balances et métamorphoses internes, c'est à dire les modifications dynamiques du mélange symptomatique le long du temps, le long des vies des autistes. La psychiatrie moderne interdit, en principe, de s’intéresser aux vraies vies des vrais autistes. Elle réserve cette fonction aux "petites mains", ceux qui travaillent au plus près des autistes, et qui subissent alors le choc des transmutations, des dérèglements, des craqués, tels les "comportements-problèmes".

Laurent Mottron a constamment insisté sur l'amélioration spontanée de l'autisme, qui est source d'erreurs dans l'interprétation de succès dont telle ou telle intervention se vante. L’autisme, présenté comme une altération cérébrale quasiment congénitale, s'améliore avec le temps. On sait maintenant qu'il guérit (au sens de la sortie des critères descriptifs posés), qu'il disparaît, ou bien se métamorphose, se transfigure.

La psychiatrie moderne, qu'on cherche manifestement à imposer comme science d'État dans l'autisme, celle que, un peu malignement je nomme la psychiatrie néo-réaliste, qui aurait son utilité dans l'autisme, mais uniquement à l'étape initiale de son "diagnostic" (scientifique mon Président), celle qui, seule, serait tolérée, est en fait une discipline bien inquiétante. Pauvres psychiatres néo-réalistes, comme ils doivent souffrir quand ils ouvrent yeux et oreilles, et quand, au feu de l'échange avec les autistes, disparaissent les cerveaux et ses troubles quand apparaissent les êtres, le tien, le mien, le notre.....

Heureusement qu'on a maintenant prévu qu'ils n'y soient plus au delà du diagnostic initial, tout le restant étant éducatif, tif, tif......

Quelle délicatesse !

 

Métamorphoses (Metamorphosen) est  une merveilleuse pièce pour cordes écrite en 1944 par Richard Strauss, contemplation sur les destructions de la guerre qui s'abattent alors sur le Grand Reich Allemand, dans son effondrement apocalyptique. Je vous la propose dans l’interprétation de Wilhelm Fürtwangler (octobre 1947), extrêmement tendue et complexe...

Métamorphoses Furtwangler © gioiellidellamusica

 

Je trouve cette musique à la fois délicate et désespérée, avec ses métamorphoses qui s’emmêlent bientot confusément, puis s’éclaircissent, vers la fin, dans un semblant d'harmonie. Elle oppresse, envahit, puis nous sommes enfin presque libérés. Après l'obscurité des destructions et des morts, peut être un autre jour de paix (Friedenstag - opéra de Richard Strauss - 1938). Ce sera l'après guerre, le nouvel âge où je suis né, l'année de la mort de Richard Strauss. Métamorphoses.

Le temps de la guerre, de cette guerre, fut le temps de la création du concept d'Autisme, par Leo Kanner, le juif galicien émigré aux USA, mais non, non par Hans Asperger, l'autrichien, alors citoyen de ce Grand Reich Allemand. La victoire actuelle de l'autisme d'Asperger, fusionné par Lorna Wing à l'autisme décrit par Kanner, ce qui est une étape majeure de la création de l'actuel concept d'autisme, est-elle une si bonne nouvelle que ça ?

Au delà des disputes entre spécialistes de la spécialités, et en particulier sur le rôle de "messager de l'autisme" (?) joué par le juif Georg Frankl, d'Asperger, dont il était un assistant, jusqu'à Kanner, qui l’accueillit aux USA, c'est bien un choix conceptuel, subjectif, qu'on se trouve confronté. L'autisme nouveau est, certes, élargi considérablement dans un vaste ensemble, un spectre impressionnant, mais dans lesquels les "autistes selon Kanner", sont extrêmement minoritaires, comme dilués, et devenant de ce fait marginaux. Les "vrais" autistes, sont maintenant les autistes selon Asperger. Ces derniers semblent beaucoup plus proches des "neurotypiques" que nous sommes sensés être (comme jadis nous étions sensés nous définir comme névrotico-normaux), encore que touchés par un "handicap invisible". On peut alors les décrire facilement comme atteints d'un "déficit cognitif" qu'il faut parfois assez subtilement chercher pour le découvrir. Les "entrées" du Spectre de ce côté sont bien plus nombreuses que sur le pôle Kanner, dont la symptomatologie est plus visible, mais moins "cognitive" de prime abord, et davantage psychiatrique. L'autisme selon Kanner devient une bizarrerie, un particularisme, presque une anomalie dans le nouvel ensemble défini, dont on conserve pieusement le nom, ce qui achève de nous faire perdre tous nos repères conceptuels.

Le passage comme type de référence descriptive de Kanner vers Asperger est consubstantiel au nouvel autisme. Mais, encore une fois, n'est ce qu'une bonne idée ?

 

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