Autisme : Réécriture de l'Histoire ?

Ah, l'Histoire, avec un grand H, c'est la voie royale. Au hasard d'un vide grenier, une découverte, celle des racines historiques de l'abord de l'autisme, chez nous, il y a bien longtemps. Je partage avec vous ces documents qui rééquilibrent le-retard-de-30-ou-même-40-ans.....

Me promenant, que vis-je, l'aube pointant, sur l'éventaire hâtivement installé d'un participant du vide grenier d'Évidenceville, le 25 août dernier ? Et bien rien moins que la preuve du caractère visionnaire de notre beau pays dans le domaine de l'autisme moderne.

Jugez plutôt : un humble disque 78 tours, 30 cm, lançant une œillade du brillant de son shellac.... Et sur l'étiquette, la preuve, ultime comme on dit présentement, ultime. Finie la honte de tant d’errements. Ah ça, pour sur, c'était mieux dans cet avant là. Pour un peu on va être proud....

Méthode HAS ça ira, ça ira 1° leçon © GB Méthode HAS ça ira, ça ira 1° leçon © GB

Méthode HAS ça ira, ça ira 2° leçon © GB Méthode HAS ça ira, ça ira 2° leçon © GB

 Les deux premières leçons d'une méthode française, certainement scientifique, au vu de leurs énoncés. Son numéro de matrice chez "HAS Master's voice" (La Voix du Maître HAS est, comme chacun sait, le nom français de la marque) situe son enregistrement au 15 novembre 1929.

Bravo les french ancêtres, comment dit-on, ah si "deeply involved", deeply.

Dès que j'en aurais écouté le contenu, je vous en cause, si je parviens à me dépavilloner bien entendu...

P.S Si vous avez les disques suivants, merci de me le faire savoir

 

La réalisation de ces étiquettes a été laborieuse. Partant d'un HMV anglais "rouge" j'ai transformé le nom His Master's voice en jouant par rotation recopiant le AS de MASTER. J'ai inventé le titre de la " methode" et l'intitulé des "leçons" sur un fond vierge reconstitué par copier-coller

Mon travail sur "Nipper" nom du chien qui figure dans le graphisme HMV s'est basé sur la peinture originale en arrière-plan d'une découpe en demi cercle. J'ai un peu entubé le malheureux animal pour accentuer son "intérêt" (deeply involved) et reconstitué l’entour.

L'histoire de Nipper est en elle même émouvante. Nipper (1884-1895) doit son nom au fait qu'il mordait volontiers les mollets des étrangers C'était le chien du frère du peintre  anglais de descendance française et huguenote Francis Barraud (1856-1924),  et celui ci en hérita quand ce frère mourut. Avant son décès ce frère  avait enregistré grâce à l'appareil à cylindre d'Edison quelques paroles. Le chien écoute, sur la peinture originale la voix enregistrée de son maître mort puisque c'est l'appareil d'Edison, le Phonograph, qui enregistre et restitue, qui y est représenté.

La firme Edison ne fut pas intéressée par l' exploitation commerciale du tableau, The Gramophonte Company si, à condition que ce soit son  son "Gramophone Berliner" qui y soit peint, repeint eécuté par Barraud. Or le gramophone n'enregistre la voix d'aucun maître, se contentant de la reproduire. Ce qui est l'émouvante représentation d'écouter "la voix des morts", voix que ces morts ont pris la peine de fixer dans la cire devint donc celle d'écouter passivement, comme un chien fidèle, la "Vocce del Padrone, voire du Duce".

Les 78 tours "HMV", et singulièrement les britanniques, possédèrent, dès 1925, une technique d'enregistrement électrique impeccable et des plus sophistiquées. Ils sont liés pour moi à la voix de Lauritz Melchior que j'écoutai adolescent sur des HMV "bruns", en particulier la mort de Siegfried dans le Crépuscule des Dieux", sur trois faces, enregistrement qui, je crois me souvenir, date de 1929, 20 années avant ma naissance, et avant guerre, bien entendu.... Il y a sans doute d'autres "pensées de l'image" qu'on pourrait suivre, car les images renvoient à d'autres images, et ainsi de suite. La "pensée en images" renvoie aux "pensées des autres images", et est donc d'une extrême ramification, elle aussi.

Quant à mon intention, c'est d'abord celle de montrer combien est dérisoire la représentation de l'action publique que nous avons volontiers en France, celle d'une Voix qui commande à des exécutants fidèles (ou paresseux), passifs et décervelés. La seconde intention est de montrer combien certains recherchent dans les "recommandations de la HAS (Haute Autorité de Santé)" ce qui ne s'y trouve pas, le commandement de ne penser l'autisme qu'en terme mécaniques, et de faire de l'autisme un processus se déroulant hors de la condition tristement humaine, où les interrelations se tissent quoiqu’on y fasse, ce qui est notre malédiction à tous, autistes ou pas. Ce sont ces interrelations qui peuvent aussi être exploitées pas les êtres humains que nous sommes sur un plan thérapeutique, et qui le sont, y compris dans les méthodes qui marchent et toujours quand elles marchent, mais aussi dans celles qui n'échouent pas tant qu'on le prétend.

Qui n'échouent pas tant, il suffit d'aller y voir. Et y compter aussi, ce qu'on nomme évaluation, voire essai randomisé. Mais ceci est une autre Histoire.....

 

 

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