Autisme et Motricité : les anomalies modifient ils le diagnostic de l'autisme ?

Autisme et Motricité sont intimement mêlés, et pas seulement dans les modèles sensori-moteurs prônés par André Bullinger. Comme d'habitude, la fraîcheur neuroscientifique américaine redécouvre souvent d'antiques évidences, et ce n'est pas rien, puisqu'elle les incorpore dans la science du jour. Mais des questions intéressantes sont aussi posées, tenant aux objets même de la connaissance.....

 

 

Un compte rendu d'un article a attiré mon attention.

Tenez, je vous le livre, dans ma traduction, certainement imparfaite

 

Une étude montre que les problèmes neuromoteurs sont dans le noyau de l'autisme.
Les scientifiques de Rutgers avertissent que les psychotropes pourraient aggraver les problèmes
Lundi 12 décembre 2016
Par Ken Branson

Des neuroscientifiques de Rutgers ont établi que les problèmes de contrôle des mouvements corporels sont au cœur des troubles du spectre de l'autistisme et que l'utilisation de médicaments psychotropes pour traiter l'autisme chez les enfants empirent souvent de tels problèmes neuromoteurs.
Les résultats, publiés récemment dans Nature Scientific Reports, sont contraires à la compréhension médicale conventionnelle de l'autisme – à savoir qu'il s'agit d'une maladie mentale et que les problèmes neuromoteurs, tout en se produisant souvent en même temps que l'autisme, ne font pas partie de son noyau biologique.
"Pour la première fois, nous pouvons démontrer sans ambiguïté que les questions motrices sont des questions fondamentales qui doivent être inclus dans les critères de diagnostic de l'autisme", dit Elizabeth Torres, professeure agrégée de psychologie à l'École des arts et des sciences et co-auteur de l'étude. Son co-auteur, Kristina Denisova, une ancienne étudiante de Rutgers en psychologie, est maintenant professeure adjointe de recherche clinique à l'Université Columbia.
Selon Torres, des médicaments psychotropes sont systématiquement prescrits pour les enfants du spectre de l'autisme, même s'ils sont conçus pour les adultes. «Nos résultats soulignent la nécessité d'essais cliniques pour déterminer les effets de ces médicaments sur le développement neuromoteur des enfants», dit-elle. "Les médecins devraient réfléchir à deux fois à prescrire ces médicaments pour les enfants et les parents devraient insister pour qu'ils y réfléchissent à deux fois."
Torres a utilisé un nouvel algorithme inventé à Rutgers, qui fait partie d'une plate-forme statistique pour l'analyse individualisée du comportement (SPIBA), pour analyser les données issues de l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) de 1.048 personnes âgées de 6 à 50 ans, y compris les personnes atteintes de troubles du spectre autistique (ASD), et a examiné les modèles moteurs en fonction de la prise de médicaments psychotropes. Les données IRMf de l'état de repos proviennent de deux bases de données publiquement disponibles que Denisova a traitées pour obtenir les mouvements involontaires de la tête des participants alors qu'ils essayaient de rester immobiles dans l'aimant.
Les neuroscientifiques utilisent les scans de l’IRMf pour voir à l'intérieur des cerveaux vivants. Un patient place sa tête à l'intérieur d'une machine IRM, et la machine enregistre plusieurs images, ou «scans» du cerveau. On demande aux patients de rester allongés, mais inévitablement, ils bougent. "Tout le monde bouge," dit Torres. «Nous ne pouvons pas l’empêcher. Surtout, les mouvements sont involontaires; Le clinicien ne peut pas le voir et le patient n'en a pas conscience.
La machine d'IRM enregistre le mouvement, mais les chercheurs les corrigent systématiquement, ou «récurent» leurs scans pour éliminer les données des mouvements involontaires. Torres croit que de l'information sur le cerveau se perd de cette façon, donc elle et Denisova ont approché les données différemment des autres chercheurs.
«Nous n'avons pas commencé avec une hypothèse à tester, qui est la façon dont cette recherche est généralement fait», dit Torres. "Au lieu de cela, nous avons laissé les données révéler les tendances qu'il pourrait y avoir parmi les sujets que nous étudions. Nous nous sommes posés la question suivante: «Qu'est-ce que ces mouvements involontaires, que les chercheurs considèrent habituellement comme une nuisance, nous disent de l'autisme?
Les données leur ont dit que, comme tout le monde se déplaçait au cours des scans IRMf et que les personnes atteintes d'autisme se déplaçaient beaucoup plus, ceux qui prenaient des médicaments psychotropes se déplaçaient encore plus que ceux qui ne prenaient pas de tels médicaments. "Ce n'était pas seulement qu'ils se déplacent davantage, c'est que leurs modèles ont empiré au cours de la séance", a déclaré Torres. Pour les personnes autistes prenant plus d'une médecine psychotrope - anticonvulsivants et antidépresseurs, par exemple - la quantité de mouvements et le préjudice dans leurs modèles étaient encore plus importants.
"La question est maintenant que nous savons cela, que allons-nous faire à ce sujet?", demande Torres.

 

Donc motricité et autisme son étroitement mêlés, à tel point que les auteures de l'article en cause semblent plaider pour l'incorporation des particularités des modèles moteurs dans la définition et le diagnostic de l'autisme, dans son "noyau biologique" disent-elles. Dans son noyau conceptuel aussi sans doute. Au delà de l’intérêt d'une telle découverte-redécouverte, qui a comme intérêt, sous la forme d'une surprise naïve, d'incorporer ces constatations dans la neuro-scientificité courante, j'y vois pour ma part une occasion pour souligner combien une notion comme "l'autisme" moderne qui semble claire et porte les meilleures onctions scientifiques, qui rendraient les définitions plus anciennes caduques et préscientifiques,  est en fait sujette à des modifications, telles celles proposées par les auteurs.

On voit en outre que le "découpage" épistémologique, pratique et scientifique, entre des "fonctions", telle la fonction motrice, ou la fonction de relation sociale, ou n'importe laquelle, peut être interrogé. Ainsi sans doute existe-t-il une racine commune entre des "fonctions" pragmatico-scientifiquement séparées et/ou des interrelations complexes.

Ainsi se trouve éclairée la complexité d'une notion tarte à la crème actuelle, le "trouble neuro-développemental", qui dirait tout, et précisément, sur l'autisme, et sur la quasi totalité de ce qu'on a pu nommer, en un age de ténèbres la pathologie mentale. Ce terme est brandi, sciences à l'appui, pour montrer que la conception moderne de l'autisme renouvelle du tout au tout toutes celles qui l'ont précédées, les rendant caduques et fausses, car pré-scientifiques.

J'ai tout à fait admiré Patrick Landman quand, confronté dans un dialogue, animé par Patrick Cohen, avec le lobbyiste Florent Chapel, il a fait sien ce terme de trouble neurodéveloppemental. Cette incorporation est la voie à suivre, et elle est possible quand on relativise la novation essentielle que ce terme entraînerait. Neurodéveloppemental ne dit pas plus que survenant dans le développement et affectant des structures matérielles, neurologiques. Mais ce terme ne vide pas la matérialité neurologique de sa complexité physiologique. Les systèmes ne sont pas isolés, les "fonctions" découpées dans la connaissance scientifique non plus. Le neurodéveloppement c'est bougrement complexe, tout matériel qu'il soit, et les interrelations subtiles qu'entretiennent ces systèmes et ces fonctions sont parfois mieux perçues par un être humain attentif et un tant soit peu dégagé de la nécessités d'une démonstration à faire, par exemple que la matérialité neurologique libérerait l'être humain des chaînes de sa subjectivité et du poids des contradictions inhérentes à son humanité.

Et puis aussi, la relation entre mouvement et organisation mentale est une voie passionnante, défrichée par la psychomotricité, atout si fondamenta pour aider l'enfant autiste, approfondie par André Bullinger et sa conceptualisation hardie.

 

 

 

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