Attention Emmanuel, l'Hôpital n'existe pas....

J'ai voté, ce n'est un secret pour personne, pour Emmanuel Macron dès le premier tour, par adhésion donc. Un point de son programme avait emporté ma conviction, l'idée d'un régime de retraite universel, c'est à dire sortant des cadres qu'on croyait obligés, le découpage LePublic/LePrivé/lesRégimesSpéciaux. Alors retomber dans l'ornière des cadres factices, gare.....

J'ai de grandes idées sur à peu près tout, et le reste par surplus, et je voulais vous faire partager mes convictions sur l’Hôpital.

Cet Hôpital, l’Hôpital Public (L'Assistance Publique de Paris, dont je fus l'interne dévoué voici quelques décennies), je lui dois la vie, là tout récemment, je l'ai fréquenté, bien obligé, je faisais pas le fier avec mes reins en capilotade.

Je lui dois la vie, et je peux en dire du bien, tant j'y ai vu de gentillesse, de dévouement, de technicité d'à peu près tout le monde, de mes confrères médecins aux personnels soignants, et jusqu'à ces humbles qui balayaient ma chambre. Beaucoup de gentillesse, de dévouement, de technicité, et ma vie en supplément.

Et pourtant tant de choses n'y fonctionne que mal, les transmissions en premier, d'une structure à une autre dans l’Hôpital, entre les personnes parfois...

Alors j'aurais aimé contribuer, et j'avais prévu de vous transmettre ma prose sous l'accroche de "l’Hôpital n'existe pas", ce qui résumait bien ma pensée, dans ces périodes d'agitation dans l’Hôpital, et des réponses, la dernière en date du président pour qui j'ai voté, j'en dirais un mot.

Hélas, hélas,hélas, quelqu'un m'avait précédé, un de mes confrères, dans un article si clairvoyant, si lumineux, si complet, si bien argumenté qu'aligner trois mots de mon cru aurait été peine perdue.

Je sus bien contraint de vous en faire profiter !

Son titre : De quoi l'hôpital souffre-t-il vraiment .

Son auteur : Laurent Vercoustre, un vieux, en retraité comme moi. C'est, je vous l'ai dit, clairvoyant, car mon confrère tente et réussit une analyse systémique, que "mon" titre voulait expliciter. L’hôpital n'existe pas, ce n'est qu'une partie du système de soins (au sens large). On ne peut en aborder la réforme qu'en comprenant sa place (et l’histoire de cette place) dans ce système tout entier. Si vous ratez cette étape, si vous vous contentez des "vieux cadres" (les médecins "libéraux", l'Hopital Public, les auxiliaires, les analyses médicales, le médicament etc.....) vous ratez tout, vous ne comprenez rien, vous tournez en rond an vous servant d'explications vaseuses (telle l'antienne sur l’hôpital n'est pas une entreprise....).

Cet article me semble aussi important pour notre édification que l'avait été pour moi la lecture, voici bien longtemps, d'un  ouvrage édité par l'Institut Montaigne et qui portait sur la transformation du système de santé des anciens combattants des États Unis (les veterans), qui montrait, avec l'exemple inattendu d'un système coordonné de soins aux USA l'impact d'une réflexion systémique. Denise Silber en était l'auteur.

Savez vous qu'elle avaient été les principes directeurs de cette réforme, qui remonte au début des années 2000 ?  Je vous les livre, en espérant qu'ils vous soient profitables, car ils n'ont pas pris une ride, et pourraient être une base de réflexion maintenant, ici en France, pour notre pauvre système de soins, qui craque de toute part, pour la bonne raison que personne ne s'est penché sur lui depuis des décennies, prétextant souvent les urgences (et souvent les urgences budgétaires) de l'heure, remettant à plus tard, c'est à dire à jamais, l'examen en profondeur qui est indispensable, se contentant de retouches souvent cosmétiques sur les grands cadres traditionnels qu'on avait, dans les années 1950, dégagés (hopital/libéraux/médicament/labos/auxiliaires/établissements médico-sociaux, etc....)

  • Principe n° 1 : une vision nouvelle :
    • l’activité de la VHA (Veterans Health Administration) est la santé et non le management des hôpitaux ;
    • la santé consiste principalement en une activité de consultation externe ;
    • le succès d’un système de santé dépend de la gestion de l’information ;
    • la santé doit être au service des patients ;
    • la santé doit être responsable ;
    • la formation médicale et la recherche doivent répondre au bien public.
  • Principe n° 2 : le changement doit être collaboratif. Les managers doivent y participer.
  • Principe n° 3 : le management doit être en phase avec les grandes tendances de la société : l’explosion de la recherche biomédicale, le passage à une société de l’information, le vieillissement de la population des Veterans.

Pour en revenir à Emmanuel, le jeune président pour lequel j'ai voté, et qui se trouve être le camarade de promotion d'un de mes gendres, sa seule force est tenir une position où il doit être "hors cadre", c'est à dire hors les cadres routiniers, qui ont été la base de la gestion  poussive et terriblement conservatrice de la "Recherche et Développement" de notre État dominée, et c'est bien amusant, par des corps éternels et cooptés, dont le jeune Emmanuel est une sorte d'exemplification aberrante, je l'espère, si nous voulons sortir de notre ornière française.

S'il se laisse enjôler, cet enfant, par les certitudes traditionnelles qui l'ont bercé dans tout son apprentissage, s'il s'endort dans les ors des traditions éternelles, des enveloppes et des découpages de toujours, s'il redescend au niveau  du cadre "traditionnel" alors s'en est fini de nous.

Et aussi de lui, du reste.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.