Autisme : Diagnostic et Intervention Intensive Précoces, Mission Impossible ?

Un des premiers points du 3° plan Autisme porte sur le développement du Diagnostic Précoce & de l'Intervention Intensive Précoce des Troubles du Spectre de l'Autisme. Ces deux points sont fondamentaux, mais aussi rentables, car l'on sait que plus précoce est l'action, qui ne peut être débutée qu'après un diagnostic fiable, meilleure est l'évolution générale des enfants concernés. C'est une visée, mais les conditions de sa mise en œuvre ne sont pas précisés. Tâchons de combler cette lacune.

Un Diagnostic Précoce présuppose

  • un Dépistage Étendu, ce qui implique des moyens de dépistage et l'adhésion des personnes le mieux à même d'effectuer ce dépistage, sans parler de celle des parents des enfants concernés,
  • des conditions pour pouvoir référer les enfants dépistés,
  • un dispositif étendu pour effectuer ce diagnostic, ce qui inclut l'étude des relations entre « Dépisteurs » et « Diagnostiqueurs »
  • et, bien entendu, des critères communs pour ce diagnostic.

Une Intervention Intensive et Précoce suppose

  • qu'un Diagnostic ait été effectué (cf supra)
  • qu'un lien ait été effectué, ce qui inclut l'étude des relations entre « Diagnostiqueurs » et « Intervenants »
  • que des ressources soient disponibles, c'est à dire au moins qu'elles existent, ce qui pose l'entier problème de leur financement durable, sans parler de promoteurs en capacité de les mettre en oeuvre, ni celui du processus permettant de les selectionner et de les faire exister.....
  • sous certaines conditions qualitatives (selon certaines méthodes, certains paradigmes etc..) et quantitatives (sous un certain format, en particulier de temps/semaine)

On a vu que les relations de ce processus chaîné (Dépistage ----> Diagnostic ----> Intervention) se doivent d'être optimisées1, faute de quoi le but ne pourrait être atteint. Il faut donc qu'existe entre ces divers maillons une communauté de but et d'action, bref un consensus minimal. J'ai eu parfois l'impression que cette dernière question était considérée, surtout après les divers avis de la Haute Autorité de Santé (HAS), comme résolue. Disons tout de suite qu'il s'agit d'un trompe l’œil, ces recommandations, pour logiques qu'elles paraissent, étant davantage le résultat d'un rapport de force au sein d'opinions discordantes qu'un véritable consensus2.

Mais dans tous les cas, il faut que ces dispositifs concernent l'ensemble de la communauté nationale, c'est à dire que doit exister un Accès Universel à ces services, et aussi que l'effort, en particulier financier, soit soutenable dans la durée. Un Service Universel et Durable donc.

Je n'aurais pas la cruauté de souligner combien l'ensemble de ces points sont sans réponse valable à cette heure.

Et c'est bien dommage car, à défaut d'un cadre, tous les efforts risquent de se perdre dans les sables, les volontés et les initiatives risquent de buter sur les inconsistances rencontrées, et seuls certains, mieux armés sans doute par la connaissance qu'ils ont du nouveau paradigme de l'autisme en France, pourraient tirer les marrons du feu, et peut être pas dans la direction souhaitable, en particulier au niveau de l'Universalité et de la Durabilité du Service de Diagnostics et d'Interventions Intensives Précoces des troubles du Spectre de l'Autisme…..

Bref, des questions de politique publique, et qui vont au delà des limites étroites du  3° plan autisme, qu'on a préféré tailler à la seule dimension du monde Médico-Social, restriction peut être sage, mais qui montre aussi ses limites.



1Promoting Early Identification of Autism in the Primary Care Setting: Bridging the Gap Between What We Know and What We Do by Michael Siller, Lindee Morgan, Meghan Swanson and Emily Hotez ( http://www.intechopen.com/books/recent-advances-in-autism-spectrum-disorders-volume-i )in Recent Advances in Autism Spectrum Disorders – Volume I Edited by Michael Fitzgerald, ISBN 978-953-51-1021-7, 804 pages, Publisher: InTech, Chapters published March 06, 2013 under CC BY 3.0 licence DOI: 10.5772/46001 I

 

2Ce qui pose un problème d'efficacité : si, mettons moins de 80 à 90 % des personnels concernés ou en position de l'être, ne peuvent adhérer ou se rallier au consensus proposé, celui ci n'existe pas vraiment, et ainsi l'action commune n'est pas possible. La seule solution possible est de créer un consensus moins vaste, portant sur les élément réellement en commun, quitte à l'étendre ensuite.

 

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