Budget Participatif de Paris : comment éviter le flop l'an prochain

Alors que Paris est devenue la deuxième capitale européenne à associer les habitants aux dépenses publiques après Lisbonne, il est temps de faire le bilan pour comprendre ce qu'il faudra changer l'an prochain. En effet, pour cette première édition, Anne Hildago et Pauline Veron devront rester modestes car le bilan de cette démarche participative est en demi-teinte.

Alors que Paris est devenue la deuxième capitale européenne à associer les habitants aux dépenses publiques après Lisbonne, il est temps de faire le bilan pour comprendre ce qu'il faudra changer l'an prochain. En effet, pour cette première édition, Anne Hildago et Pauline Veron devront rester modestes car le bilan de cette démarche participative est en demi-teinte.

Mal préparé, même à grand renfort de communication, la participation ne se décrète pas, surtout à Paris. D'abord un budget participatif, dans toutes les bonnes expériences, demande de faire remonter les projets et donc les besoins des gens. À Lisbonne, dont la démarche n'est pas sans défaut, ce sont ainsi 211 projets qui sont soumis au vote durant tout le mois d'octobre.

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Pour cette première édition, les 15 projets sortent du chapeau du cabinet d'Anne Hildago et non des Parisiens. Comme le prévoyait déjà en juillet un des spécialistes du budget participatif, Yves Sintomer, dans un excellent article de Terra eco, les projets n'ont pas motivé les foules : « Quand les gens ne seront pas concernés par les projets, vont-ils voter ou se déplacer ? Si à la fin de la première année, il n’y a que 4% de participation, il faudra bien faire le bilan ». 

Alors en restreignant drastiquement la participation dans le budget participatif, atteint-on ces 4% de participation ? En voulant être bienveillant, on retiendra que le nombre d'électeurs à Paris est de 1 211 164. 40 745 personnes ont voté, soit par Internet, soit par bulletin papier dans une de 180 urnes déployées sur Paris (soit les deux, car c'était aussi possible malheureusement...). Cela fait 3,36% de participation, mais cela fait sans doute bien moins parce que le vote avait une base électorale bien plus large que celles des élections municipales.

Pour être honnête, l'an passé il y a eu à Lisbonne 30 000 votes (qui se fait par SMS), ce qui correspond à 1,6% si l'on considère le nombre d'électeurs lisboètes. Et pourtant à Lisbonne, le processus a démarré en 2008. Alors comment expliquer qu'à Grigny (69), quand le budget participatif existait encore, 10% de la population prenait part aux discussions ? Comment se fait-il qu'en Amérique Latine la population se préoccupe davantage du budget ?

 « Prenez le pouvoir, on vous le donne », « Parisiens, prenez les clés du budget », Paris comme Lisbonne ne peuvent que décevoir leurs promesses puisque ces mairies ne consacrent qu'une infime partie de leur budget. Sur les 20 millions d'euros “choisis” par les Parisiens cette année, cela ne correspond en réalité qu'à 1,4% des dépenses d'investissement. Pour prendre les clés du budget, il faudra que l'administration parisienne laisse les habitants peser sur les choix budgétaires et peut-être même inverser les priorités budgétaires comme c'est le cas en Amérique Latine.

Les possibilités ne manquent pas : part du budget consacré aux crêches, aux transports en commun, les opérations comme la Tour Triangle comme le notait Nathalie Kosciusko-Morizet jusqu'à la subvention au PSG. Si Paris veut lancer une innovation démocratique majeure, il faudra faire mieux car la Mairie de Paris reste une belle forteresse. Cela n'enlève rien à l'intérêt des projets sélectionnés par les Parisiens, les 3 projets les plus votés étant l'installation de murs végétaux, des potagers pédagogiques dans les écoles, ou réaménager le périphérique.

 Anne Souyris (EELV) a parlé de la “démocratie Facebook” pour cette première édition, et ce défaut sera corrigé en 2015 : aujourd'hui a été annoncé que les habitants pourront enfin contribuer en proposant des projets. C'est ainsi que la société civile et les forces associatives pourront dynamiser le processus.

C'est un nouveau défi qui attend d'ailleurs les associations. Si on se rappelle de Porto Alegre, il s'agit vraiment de partager le pouvoir, de donner davantage de transparence à l'attribution des dépenses et de contribuer à la justice sociale, autant d'objectifs qui devraient être au centre des préoccupations de l'exécutif parisien.

 Pour contribuer à une meilleure participation, il faudra augmenter la délibération. Une ville voisine de Lisbonne, Cascais, est très intéressante de ce point de vue et comme la démarche est meilleure, le nombre de participants et de votants est aussi supérieur à Paris ou Lisbonne. À Cascais, près de Lisbonne, pour proposer un projet, il faut aller à une des 8 réunions publiques, s'assoir à une des nombreuses tables dans un gymnase et se confronter aux problèmes d'autres habitants du territoire. 

La délibération à Cascais

Le coup de projecteur sur le budget participatif grâce à Paris est en tout cas une bonne nouvelle car d'autres villes suivront. Metz, Grenoble et Bordeaux sont intéressées pour lancer des budgets participatifs plus innovants. Sans compter les démarches dans les lycées comme dans le Nord-Pas-de-Calais (100 000 euros par lycée) ou en Ile-de-France. Le meilleur est à suivre !

 

Gilles Pradeau @learningtocount

Coordinateur d' « Apprendre à compter ».

Le premier volet du projet webdocumentaire Apprendre à compter aborde 3 expériences de budget participatif à destination des jeunes en France, en Grande-Bretagne et au Portugal. Il sera publié sur Mediapart à l'automne.

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