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Billet de blog 23 juin 2015

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Grenoble innove avec son budget participatif

Le budget participatif continue de se déployer dans les villes en France. Entre Metz, Paris, Montreuil ou encore Grenoble, chaque ville adapte le principe en fonction d'objectifs politiques distincts, s'inspirant assez lointainement de Porto Alegre finalement.

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Le budget participatif continue de se déployer dans les villes en France. Entre Metz, Paris, Montreuil ou encore Grenoble, chaque ville adapte le principe en fonction d'objectifs politiques distincts, s'inspirant assez lointainement de Porto Alegre finalement.

Un contexte différent

Le contexte politique national d'austérité forcée poursuit la “mise sous tutelle” financière des collectivités locales qu'on observe depuis une décennie. Les forces associatives n'ont jamais été pivot dans les négociations autour des règles du budget participatif, contrairement au Brésil. La justice sociale n'apparait pas dans les règlements comme un objectif à atteindre au travers du budget participatif. Mais 25 ans plus tard après le début de Porto Alegre, des innovations restent possibles au delà des coups de communication. Le défi reste le même : comment gérer les conflits autour de la répartition de l'argent public au niveau d'un territoire ?

Des propositions sont faites (par internet ou via des réunions), les projets sont étudiés par les services municipaux, parfois fusionnés, et ensuite sont soumis au vote des habitants. Mais comment organiser un vote dans de bonnes conditions à Paris quand plus de 5000 projets ont été soumis ? Qui va bien vouloir lire la description des projets pour faire des choix éclairés ? À Paris, bien peu de projets seront présentés le 4 juillet avant d'être soumis au vote à la rentrée. On ne sait pas comment les projets sont choisis, fusionnés : c'est une boite noire qui pourrait avoir vite mauvaise réputation.

Grenoble a fait le choix d'un processus ouvert

Ce samedi à Grenoble, 240 participants étaient accueillis pour discuter 164 propositions déposées sur le site internet et qui rentraient dans les critères définis par la mairie. L'objectif de la matinée était d'arriver à une liste concertée de 30 projets qui seraient soumis au vote en septembre. Un deuxième enjeu était de stimuler l'intelligence collective et la coopération en passant de l'individuel au collectif.

Tous les participants étaient placés de manière aléatoire avec d'autres Grenoblois à une des 27 tables. Pourquoi l'aléatoire ? C'est la meilleure manière de discuter avec des personnes auxquelles on ne ressemble pas forcément. C'est le moyen le plus efficace d'être confronté à d'autres visions de la ville. 27 agents de la ville ont aussi joué le jeu de modérateurs pour que chacun puisse s'exprimer à chacune des tables (alors que certains n'avaient encore jamais animé de discussions avec des habitants).

Cette discussion a chaque table était la première partie de ce travail de sélection : d'abord la sélection de 2 projets au terme d'une discussion à sa table, puis chaque table présentait ses deux projets à l'ensemble des autres tables et s'engageait ensuite une discussion sur l'utilité des projets avant de laisser tous les participants voter par ordre de préférence pour les meilleurs projets. C'est ainsi que s'est effectuée la sélection finale de 30 projets parmi les 54 projets présentés à la salle entière et aux élus grenoblois.

Un bilan convivial grâce à la délibération

La matinée s'est prolongée jusqu'à 15h et quasiment tous les participants sont restés jusqu'à la fin pour écouter les résultats des votes. L'esprit coopératif a été renforcé par le fait que les personnes apprenaient d'abord à connaître les projets présentés à leur table : convaincre de l'utilité de son projet était le premier défi, parfois facile, parfois plus difficile pour les participants... Cette préparation leur permettait aussi de peaufiner leur discours de présentation d'une minute si le projet était retenu comme prioritaire à leur table.

En fait, comme animateur, j'ai pu noter au moins trois réactions intéressantes :

  • je retire mon idée de projet parce que je pense que le vôtre est bien mieux
  • je suis déçu parce que mon projet n'a pas été retenu par mes voisins et c'est la faute à la malchance ou l'aléatoire
  • mon projet est retenu mais pas le vôtre qui serait pourtant utile, donc je vais intégrer certaines caractéristiques quand je présenterai le mien

Le budget participatif aussi questionne les rapports de force alors qu'on expérimente pour cette première année : de 164 projets, on arrive progressivement à 30 projets, mais quelle est la qualité de ces projets ? Est-ce la foire d'empoigne au profit des collectifs déjà très forts, avec des représentants blancs, masculins et vieux ?

Cette inquiétude est balayée par les résultats des trois premiers projets plébiscités par les votes : entre Aïcha qui préconise la généralisation de poulaillers, la mise aux normes d'un local et d'un appartement pour le Refuge ou le projet d'un skate park dans un parc des berges de l'Isère, ce sont des projets qui n'étaient pas portés par des collectifs représentés en masse. Mieux encore, le projet de skate park, porté par Félix, Jérôme, Margot et Torry, a gagné notamment car ces participants étaient assis à quatre tables différentes et ont fait le choix de fusionner leurs idées. C'était difficile à prévoir car Margot, Torry et Félix ne se connaissaient pas avant ce débat public. C'est donc bien le fruit de cette délibération.

Certains participants ont loué la convivialité qui manque parfois à Internet, c'est le cas d'Henni, pourtant sceptique sur la qualité de certains projets présentés : « Il est probable que le projet du Refuge n'aurait pas été sélectionné autrement : quand je vote moi-même sur internet, je ne lis même pas la moitié avant de me décider de voter. Là, c'était bien d'être obligé d'écouter tous les projets pour choisir ensuite en toute connaissance de cause. »

La prochaine étape est l'analyse fine de ces 30 projets par les services techniques pour chiffrer leur coût et les présenter ensuite au vote les 18 et 19 septembre. Affaire à suivre !

Gilles Pradeau

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