Gilles Rotillon
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Billet de blog 20 août 2020

Le climat ET la fin du mois

Dans ce court billet, je présente rapidement mon dernier livre et je propose aux lecteurs de le discuter (sereinement et sérieusement).

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Le climat ET la fin du mois

Mon livre est maintenant disponible dans toutes les bonnes boucheries, charcuteries, épiceries et même dans les librairies. On peut évidemment le commander sur internet, notamment aux éditions Maia (maia.editions@gmail.com).

Dans ce livre je passe en revue les différentes propositions qui sont faites pour lutter contre le réchauffement climatique, en les classant selon leur orientation principale, dont je distingue trois types : les propositions à caractère anthropologique, visant essentiellement à modifier les comportements, celles à caractère institutionnel dont les COP sont le modèle et celles s’appuyant sur la technologie.

La première partie est consacrée à leur examen critique et conclut qu’aucune d’entre elles ne permet de répondre au défi du réchauffement climatique.

La seconde partie propose une réflexion sur les raisons qui font que depuis plus de trente ans tout ce qui a été mis en œuvre n’a réussi à déboucher que sur une augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) et pose un diagnostic sur la responsabilité de cette situation. Ce n’est pas « l’homme », mauvaise abstraction qui dans sa généralité ne fait que culpabiliser stérilement tout un chacun, mais le mode de production capitaliste qui engendre tous les dérèglements environnementaux qui s’accélèrent et la croissance des inégalités, destructrice de la paix sociale.

Se pose alors la question logique de la sortie du capitalisme, dont on se doute bien que je ne me risque pas à expliciter le mode d’emploi, ayant une capacité à prévoir l’avenir assez limitée, mais à en indiquer les deux grandes orientations qui peuvent y conduire. L’une est celle du renforcement des bases déjà existantes d’une société nouvelle où la loi du profit n’est plus le moteur du développement, bases matérielles créées par l’augmentation de la productivité et qui fournit les conditions nécessaires à une satisfaction des besoins essentiels de tous et bases institutionnelles avec des droits à défendre (droit de grève, code du travail, laïcité, …). Ce qui implique d’engager les actions qui approfondissent les conquêtes sociales favorables aux travailleurs et luttent contre leurs remises en cause. L’autre direction qui m’apparaît devoir être suivie concerne les activités associatives de toutes natures qui créent des liens sociaux basés sur l’échange (non-marchand), la convivialité, la coopération et où s’expérimentent les innovations sociales favorisant le vivre-ensemble.

Si j’ai écrit ce livre ce n’est pas pour passer le temps mais pour essayer de susciter un débat public à partir du constat d’une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, (GES), et donc du réchauffement climatique, alors même que ce sujet fait aujourd’hui la une des médias et que tous les politiques jurent leurs grands dieux que c’est une de leurs priorités. Devant cette contradiction entre un discours volontariste et un résultat catastrophique, j’ai voulu proposer une autre analyse des causes que celles qui ont la faveur des médias. J’ai en effet le sentiment que si le réchauffement se poursuit malgré toutes les proclamations et les politiques menées pour le stopper, c’est que les diagnostics qui en sont fait ne sont pas les bons. En particulier, celui que de très nombreux économistes s’acharnent à proposer, assorti d’une solution dont ils assurent l’efficacité, celle d’une taxe carbone universelle pour chaque tonne émise quel qu’en soit l’émetteur.

On ne compte plus les tribunes, les déclarations, les conférences qui martèlent cette « solution » dont ils nous certifient qu’elle bénéficiera aux « générations futures », bien qu’au prix du sang et des larmes que nous devrions accepter aujourd’hui.

Le professeur Gollier est un des plus fervents partisans de cette solution et il se dépense sans compter pour la promouvoir. C’est d’abord grâce à lui que je me suis mis à écrire ce livre, qui est une réponse au sien, Le climat après la fin du mois, où il défend cette taxe universelle et la nécessité du sang et des larmes, (sans trop préciser qui sont ceux qui doivent les supporter). Alors qu’il oppose l’action pour un climat supportable et celle pour des fins de mois moins dures, je défends au contraire l’idée que nous n’aurons un climat supportable quesi les fins de mois deviennent moins dures, autrement dit que les inégalités se réduisent. Mais une fois écrit, on peut aussi l’interpréter autrement. Le climat ET la fin du mois, c’est finalement indiquer la conjonction des deux directions que je suggère d’emprunter. Le climat c’est le thème porteur qui pourrait servir de révélateur à la responsabilité du capitalisme, (qu’il faudrait ensuite étendre à la dimension anthropologique), et la fin du mois met l’accent sur la nécessaire réduction des inégalités, qui implique le renforcement des luttes contre les réformes néolibérales qui les accentuent. Plus généralement elle relève de la prise en compte de la vie « ordinaire », avec son temps contraint et son temps émancipateur au travers des activités librement choisies et dans lesquelles prend vraiment sens l’enrichissement individuel. Et c’est de la jonction de ces deux combats que l’on peut espérer le développement d’un mouvement de masse suffisamment puissant pour accélérer la sortie du capitalisme.

Compte tenu de la position dominante du professeur Gollier dans le débat public et la publicité qu’a suscitée son livre, (il est notamment responsable de la question climatique dans la Commission sur les grands défis économiques présidée par Jean Tirole et Olivier Blanchard), il m’a paru nécessaire de discuter dans le détail la proposition qu’il défend avec tant d’ardeur et que tant d’économistes font leur, arguant de plus de leur nombre pour décrédibiliser ceux qui ne les suivent pas. Position évidemment facilitée par l’oreille complaisante que la plupart des médias leur tendent, tout en marginalisant ceux qui sont d’avis contraires.

La première partie de mon livre est donc consacrée à l’analyse des diagnostics du réchauffement climatique actuellement les plus courants et des remèdes qui en découleraient, avec un zoom sur la solution des économistes, compte tenu à la fois de son importance dans les médias et de ma position personnelle d’économiste « dissident ». J’ai évidemment essayé de m’adresser au plus grand nombre et de ne pas jargonner. Mais il faut bien reconnaître que les deux premiers chapitres, le premier consacré à la réfutation en détail du livre du professeur Gollier et le second à un débat plus conceptuel sur la valorisation monétaire de la nature, sont d’un abord plus difficile que la suite. Il était malheureusement indispensable de rentrer avec quelques détails dans la construction théorique proposée par le professeur Gollier pour la réfuter autrement que par des arguments d’autorité ou pas assez précis. J’espère que cette entrée en matière un peu rude ne dissuadera pas le lecteur d’aller plus loin.

La seconde partie, (qui peut d’ailleurs être lue indépendamment en acceptant le constat fait dans la première partie de l’échec actuel de la lutte contre le réchauffement), est quant à elle consacrée à discuter de l’orientation qu’à mon sens il serait nécessaire de prendre si on voulait vraiment réduire le plus possible les effets, hélas déjà bien présents, des émissions de GES. Je suis persuadé que c’est de la discussion collective et de l’action de tous ceux qui se sentent concernés que peut venir la solution. Ce livre présente mon point de vue actuel et n’a pas pour visée de le défendre envers et contre tout. C’est juste un premier essai pour démarrer un processus dont la poursuite ne dépend plus que de ceux qui voudront y participer. C’est pourquoi, j’espère que tous ceux qui liront ce livre feront savoir ce qu’ils en pensent, ce qu’ils partagent et ce qu’ils discutent, évidemment avec des arguments rationnels et pas dus à des réactions épidermiques. La page web consacrée à mon livre par les éditions Maia pourrait être le lieu où ce débat commence. J’ai jeté la première pierre, à mes lecteurs de continuer le chemin.

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