Scène de la vie ordinaire parisienne

Il est 22h30, hier soir le 2 décembre, je prends le métro à la station Mairie de Montreuil. Ils sont cinq à extraire de la rame l'homme très fatigué. La scène est violente, insupportable. Les quelques passagers, passagères n'ont que des regards habitués émergeant de leurs masques, le train repart, l'homme est trainé sur le quai. Il est noir.

Il était 22h30, hier soir le 2 décembre, je prenais le métro à la station Mairie de Montreuil sur la ligne 9. Dans la rame au départ du terminus, il devait se trouver moins de dix personnes. Assis contre la paroi, à contre-sens de circulation du train mais face à moi à dix mètres, un homme visiblement fatigué était assis et ne portait pas de masque.

À la station suivante, Croix de Chavaux, montent dans la rame trois vigiles en uniforme RATP munis d'armes et de « gazeuses ». Je remarque que l'un de ces hommes porte autour du coup des lunettes censées protéger des gaz lacrymos.

Venus de la tête du train, ils arrivent au niveau de l'homme assoupi. Un vigile le secoue pour lui demander s'il a un masque. L'homme semble ne pas comprendre. Puis au bout d'un moment assez long, extrait un masque de sa poche de blouson, le met.

Le vigile aux lunettes dit alors : « Et bien évidemment vous n'avez pas de billet ! ». L'homme assoupi grommelle. À distance je ne distingue pas ses paroles mais comprend qu'il ne parle pas bien français.

Alors, brutalement, pendant que le métro arrive à la station Nation, les vigiles demandent à l'homme de descendre sur le quai. L'homme se débat quand les vigiles l'attrapent par les bras et les pieds pour le sortir manu-violemment. L'homme crie.

Trois autres vigiles arrivent du quai et bloquent les portes en cours de fermeture. Ils sont cinq à extraire de la rame l'homme très fatigué. La scène est violente, insupportable. Les quelques passagers, passagères n'ont que des regards habitués émergeant de leurs masques, le train repart, l'homme est trainé sur le quai.

Il est noir.

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