Le taxi rose !

Voilà une information qui va à n’en pas douter donner un peu de gaîté à notre vie quotidienne. Monique a changé son Berlingo. Son tout nouveau est le premier taxi rose à marauder dans les 6 500 rues parisiennes.

Voilà une information qui va à n’en pas douter donner un peu de gaîté à notre vie quotidienne. Monique a changé son Berlingo. Son tout nouveau est le premier taxi rose à marauder dans les 6 500 rues parisiennes.

Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski

Monique est cocher, aime t’elle à dire, cocher et artiste peintre. La peinture est sa passion et rien ne peut la dissuader de courir une banlieue lointaine pour un tube de laque de garance ou un bleu cobalt, moins cher là-bas si bien qu’elle arrive à la boutique avec l’apéro pour le si gentil marchand, tiens !, cadeau dit-il, un tube de jaune de cadmium…

Monique est cocher quand d’autres la voient chauffeur de taxi. Monique parle le titi parisien couramment, c’est pas quelques collègues « casses couilles » qui vont me gâcher ma journée !  Faut se faire respecter quand on aime son métier ! Bon on a fait grève, fallait bien qu’on dise ça, la concurrence déloyale on n’en veut pas. Sont pas tous des voleurs les taxis qu’elle dit Monique et les VTC du moment qu’ils paient leurs taxes, zont bien le droit de bosser comme tout le monde…

Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski

Monique tu nous fais de la politique ! Moi jamais. Je ne m’occupe pas des affaires des autres mais mon taxi c’est mon métier et je l’aime. Vingt cinq ans au volant. Dix huit ans « en doublage ». Prendre une voiture le matin chez un patron et la rapporter le soir, démerde toi pour rentrer à la maison… Et non c’est pas toujours la même caisse en doublage… Et puis voilà la Préfecture a donné des licences gratuites après ces dix huit ans de salariat. Encore trois ans avec des horaires imposés, pas facile pour une femme de renter chez soi à La Courneuve après onze heures de cocher à deux heures du matin. Maintenant, enfin libre de ses horaires Monique s’est dit qu’il fallait se distinguer un peu, donner un peu de joie à ses clients.

Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski

Dimitri à Champigny lui a vendu son nouveau Berlingo. Tout blanc. Juste avant qu’il soit livré, Monique s’est mis devant sa machine à coudre. Quelques coussins, un joli tissu pour habiller la corbeille à bonbons pour les enfants. Et les petits sac de lavande pour parfumer le taxi. Un joli Pinocchio en bois laqué, une petite poupée sans tête et le tableau aux proverbes qui viendra quand l’huile aura séché… Elle s’est appliquée, Monique pour le tableau. Elles les a repris cent fois les mains de Michel Ange, elle est comme ça Monique.

Pour la couleur c’est Jo à Montrouge. Ben oui, le rose, le premier taxi rose, peint sur mesure. Un rose créé par Monique, elle en est fière. Aux mines et à la préfecture ils ont pris Monique en photo. Tu vas pas tarder à passer à la télé qu’on lui dit…

Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski

Monique la titi elle est Kabyle de Ménilmuche. C’est sa grand mère qui l’a élevée. Monique ne tarit pas d’éloges sur cette grand mère courageuse et qu’elle adorait. Monique se fiche des GPS et autres club affaires. Elle fonctionne à la mémoire et au plan. Mon trésor, mon chéri c’est ainsi qu’elle parle à ses collègues à la pause repas. Mais de chéri elle n’a plus besoin, c’est la peinture. Et puis tous ses meubles qu’elle a repeint, et l’appartement de La Courneuve qu’elle a tout refait. La terrasse, un vrai atelier, un vitrail. L’employé des HLM n’en revient pas, c’est beau chez vous. Je vois bien que la fuite c’est pas d’ici…

Monique, elle a ses destinations préférées. Elle aime bien la Place Maubert, le Quartier Latin, le Monte Carlo, le self où elle déjeune maintenant. Et si près de l’Étoile le taxi rose ne passe pas inaperçu.

Quelques fois il y a des clients malhonnêtes et ça Monique n’aime pas. Tiens la dame de Meudon l’autre jour, elle va bien se reconnaître la dame, voulait pas payer Monique. Pas d’argent pour venir d’Orly. Monique propose une banque, bloque le compteur. Elle triche pas Monique, même pour les indélicats. Non pas d’argent la dame, alors Monique appelle la police. Et dès son arrivée la dame sort les billets de son sac, la dame de Meudon, la dame de la belle maison de Meudon…

Sur le dos des sièges avant Monique propose à ses  clients la lecture des fables de La Fontaine. Sur le tableau elle écrira « parler est un besoin, écouter est un art ». C’est bien de Goethe. Monique lit aussi beaucoup.

Monique a un peu maigri. L’angoisse avant que son Berlingo ne soit repeint en rose. Une grosse dépense, mais c’est sa conception de la concurrence loyale à Monique, se distinguer avec un beau taxi rose, pas besoin de Mercédès ou d’Audi-manchées pour convaincre le client qu’on « commence à vieillir quand on cesse d’apprendre », un proverbe japonais pour le tableau.

Bientôt tous les taxis parisiens vont vouloir se faire peindre en rose Monique, les « yellow cabs » vont en faire une jaunisse.

Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski

 

Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski Taxi rose de Monique © Gilles Walusinski

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